Politique

France : Robert Ménard, à droite toute !

Élu maire de Béziers (sud de la France) en mars, l’ancien journaliste a confié les rênes de son cabinet à deux activistes d’extrême droite. Même le Front national, qui soutient l’édile, s’en étonne…

Mis à jour le 13 mai 2014 à 09:07

À 60 ans, Robert Ménard entame une nouvelle carrière. © Alain Robert/Apercu/Sipa

Il est des gestes plus forts que les mots. Et qui en disent long. Comment Robert Ménard, l’ancien secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF) élu maire de Béziers (sud de la France) avec le soutien du Front national (FN), peut-il désormais nier ses affinités avec l’extrême droite alors qu’il a nommé à la tête de son cabinet deux figures connues des milieux les plus radicaux ? Christophe Pacotte d’abord, membre du Bloc identitaire, et André-Yves Beck, un ultra, fondateur du groupuscule nationaliste Nouvelle Résistance.

Qu’est-il arrivé à ce fils de pieds-noirs né à Oran il y a soixante ans pour qu’il passe du statut de héraut de la liberté de la presse à celui d’homme politique épousant les thèses les plus nauséabondes ? Le parcours de cet étudiant en philosophie engagé dans la Ligue communiste révolutionnaire avant d’entamer une carrière de journaliste politique dans la presse régionale est déroutant. À l’époque déjà, son toupet et sa pugnacité avaient marqué les esprits de ses confrères. Mais c’est au sein de RSF que ce trublion aussi courageux qu’infatigable – accusé de régner sur l’ONG d’une main de fer – réalise ses plus gros coups. Nombreux sont les autocrates du continent africain – et d’ailleurs – qui ont eu un jour affaire à lui, et qui s’en souviennent.

Son combat salutaire pour la liberté de la presse – et des journalistes emprisonnés – s’est progressivement élargi à la liberté d’expression, trop fréquemment invoquée pour défendre l’indéfendable. En 2011, il publie Vive Le Pen !, un pamphlet censé dénoncer les atteintes à ce droit inaliénable. Il lui aura surtout permis de soutenir un FN qui lui en est toujours reconnaissant.

J.A., qui entretenait avec lui des relations de longue date, avait alors décidé de s’éloigner d’un Robert Ménard qui n’en était déjà plus à son premier dérapage. La réaction acerbe de ce dernier, sous forme de polémique avec François Soudan, ne s’était pas fait attendre.

"Ménard a gagné grâce au FN"

La semaine dernière, sur le plateau de Canal+, c’est à un numéro d’équilibriste qu’il s’est livré. Les affinités idéologiques de ses deux responsables de cabinet ? "La troisième est membre du parti socialiste", rétorque-t-il, comme si cela suffisait à rendre les autres plus respectables. Les propos islamophobes d’André-Yves Beck ? "Je les condamne", répond Ménard, tout en louant les résultats obtenus par Beck au côté de Jacques Bompard, le maire FN d’Orange, avec lequel il a collaboré dix-neuf ans. Plus fracassante encore, sa réaction face à un tweet controversé du député UMP Thierry Mariani ("L’enlèvement [de jeunes Nigérianes] par la secte Boko Haram rappelle que l’Afrique n’a pas attendu l’Occident pour pratiquer l’esclavage") : "Le moment [choisi pour l’écrire] est absurde" mais "factuellement, c’est vrai. Le dire ne me semble pas un problème".

Il avait pourtant tenté de rassurer, prenant même ses distances avec le FN, en évitant par exemple de se rendre au meeting de Marine Le Pen organisé à Béziers le 9 mai. De quoi irriter Louis Aliot, le vice-président du parti : "Tout le monde sait que Ménard a gagné grâce au FN. Cette étiquette semble le déranger, pourtant il s’entoure de gens beaucoup plus radicaux que nous", a-t-il confié à Midi libre. Si même Aliot le dit…