Scène de liesse à Brazzaville chez des supporters de Denis Sassou Nguesso après sa réelection à la présidence du Congo, le 24 mars 2016. © EDUARDO SOTERAS/AFP.

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Congo : « Désendettement, investissements ! », les priorités d’Anatole Collinet Makosso

À l’approche des législatives, le chef du gouvernement dresse le bilan de sa première année passée à la primature. Et détaille les actions qu’il devra rapidement engager pour remettre le pays sur les rails du développement.

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Par - Envoyé spécial à Brazzaville
Mis à jour le 9 mai 2022 à 12:20

Le Premier ministre congolais Anatole Collinet Makosso. © Alexandre Gouzou pour JA.

Mission accomplie pour Anatole Collinet Makosso et les membres de son gouvernement. Nommés le 12 mai 2021, ils avaient comme objectifs de trouver d’urgence un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) et de finaliser la reprise d’une coopération budgétaire au point mort depuis 2018.

C’est chose faite, depuis le début de cette année. Brazzaville a même immédiatement perçu une première tranche de 90 millions de dollars sur les 455 millions attendus sur trois ans. De quoi redonner le sourire au Congo et à son Premier ministre qui, après avoir remis de l’ordre dans les finances publiques, va pouvoir s’attaquer au développement économique et social du pays.

Jeune Afrique : Le 21 janvier, le conseil exécutif du FMI a approuvé le démarrage d’un nouveau programme au titre de la facilité élargie de crédit (FEC). Quel est désormais l’agenda pour le Congo ? 

Anatole Collinet Makosso : Avoir signé un accord avec le FMI est une chose, conduire ce programme à son terme en respectant les différentes échéances en est une autre. Nous travaillons pour que les recommandations émises par le Fonds soient exécutées, de sorte que ses experts puissent constater, à chacune de leurs revues, les bonnes dispositions du Congo à appliquer la feuille de route.

En 2018, le Congo avait signé un accord identique, interrompu quelques mois plus tard après un premier décaissement. Comment éviter que l’histoire ne se répète ? 

En accélérant nos réformes. Nos partenaires nous ont reproché un manque d’audace dans la première mouture de notre loi contre la corruption, nous avons donc adopté un nouveau texte législatif sur la lutte, la prévention et la répression de tels actes.

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Nous avons également lancé plusieurs réformes afin de mobiliser les ressources internes au pays et d’y améliorer le climat des affaires. Nous pouvons nous appuyer sur nos bonnes relations avec nos partenaires extérieurs. Et la dette fait l’objet d’une vaste restructuration, également en interne. Toutes ces raisons, accompagnées d’une gestion prudente de nos ressources, doivent permettre de conclure favorablement ce programme.

La réduction de notre dette sociale représente un défi majeur pour le pays

Le Congo évitera-t-il à l’avenir d’avoir recours aux prêts non concessionnels ? 

Tout à fait ! Et cela fait partie des conditions fixées par le FMI. Nous voulons désormais limiter notre endettement, et, si vraiment nous devons recourir à un emprunt, nous chercherons uniquement des prêts concessionnels et formels. Ce gouvernement est en exercice depuis un an, et personne ne l’a vu s’engager dans des opérations hasardeuses.

Avec l’appui budgétaire du FMI, le Congo clôturera-t-il enfin le dossier du désendettement pour ouvrir celui du développement ? 

C’est notre objectif, comme le veut l’adage selon lequel « qui paye ses dettes s’enrichit ». Une partie des financements liés à la FEC sera consacrée au paiement de la dette auprès de nos partenaires financiers, commerciaux, mais aussi sociaux. La réduction de notre dette sociale représente un défi majeur pour le pays. À mon arrivée, en mai 2021, la situation était tendue au Congo. Un an plus tard, ce front social est apaisé.

Nous veillerons à ce que, à la fin de chaque mois, le retraité touche sa pension et le fonctionnaire perçoive son salaire

Et comment comptez-vous conforter cet apaisement ?

Nous avons réussi à tempérer la situation en versant les salaires et les retraites qui permettent aux Congolais de vivre au quotidien, de consommer, et donc de produire de la richesse pour le pays. Même le versement des bourses étudiantes s’est amélioré. C’est ainsi que l’économie se développe. Nous veillerons à maintenir le rythme pris l’année dernière pour que, à la fin de chaque mois, le retraité touche sa pension et le fonctionnaire perçoive son salaire. Et cela à tous les niveaux de l’État.

L’État a-t-il réussi à restaurer la confiance des partenaires et des bailleurs internationaux ? 

Nous étions arrivés à un point où nous avions même perdu confiance en nous ! Entre 2015 et 2020, la crise économique a été destructrice, au Congo comme dans beaucoup d’autres pays. Est venue s’y ajouter la crise sanitaire que nous avons affrontée quasiment à mains nues, puisque le FMI a refusé de nous accompagner sur ce front, au risque de non-assistance à peuple en danger.

Il était urgent de reprendre langue avec nos partenaires, pour leur montrer que le Congo reste une terre de paix et d’opportunités

Comment un pays comme le nôtre, vivant essentiellement de l’exportation de ses ressources naturelles, pouvait-il sortir d’un tel contexte sans rétablir la confiance autour de lui, à un moment où les médias insistaient sur sa situation d’endettement pour en faire un pays presque infréquentable ? Il était urgent de reprendre langue avec nos partenaires bilatéraux, pour leur montrer que le Congo restait une terre de paix et d’opportunités, et que nous méritions d’être soutenus et accompagnés.

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Quel rôle la France a-t-elle joué à cet égard ? 

Son rôle a été déterminant tout au long du processus avec le FMI. Lors de notre visite à Paris en août 2021, nous avons bénéficié d’un engagement ferme de la part du ministre français de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, et nous l’avons senti par la suite dans nos négociations avec le Fonds. Nous étions tenus régulièrement informés des différentes étapes et avons rapidement pu mesurer l’apport de nos différents partenaires siégeant au conseil d’administration du FMI, en particulier de la France.

L’accord avec le FMI signé, déjà les entreprises, les banques, les agences de développement reviennent

Pourrez-vous compter sur vos partenaires internationaux pour contribuer au financement de votre Plan national de développement (PND) 2022-2026, et à quel montant évaluez-vous ce dernier ? 

À près de 8 800 milliards de F CFA [environ 13,4 milliards d’euros]. Et nous travaillons en effet à la mobilisation des ressources nécessaires à son financement. Ce PND ne reposera pas sur l’endettement, mais sur des formules innovantes, en nous ouvrant aux marchés financiers, en faisant la promotion des partenariats publics-privés [PPP]… Si, par le passé, les mécanismes de financement n’étaient pas toujours clairement définis, ce n’est pas le cas pour ce PND.

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Comme nous avons signé cet accord avec le FMI, les entreprises, les banques, les agences de développement reviennent déjà au Congo. Après avoir réussi à renforcer notre crédibilité, nous sommes donc plutôt optimistes quant à notre capacité à financer notre plan.

Nous renforçons au quotidien le rôle de l’État auprès du secteur privé pour que ce dernier ne se sente plus lésé

Le secteur privé international est appelé à tenir toute sa place pour y contribuer. Comment comptez-vous l’attirer ?

Par l’amélioration continue du climat des affaires. Nous nous sommes attelés au rétablissement de la confiance et du dialogue social, il convient également de restaurer l’autorité de l’État afin de rassurer les opérateurs économiques qui veulent sentir sa présence : l’État doit les accompagner en permanence, leur accorder davantage de facilités. Et c’est ce que nous faisons, en dénonçant et en corrigeant, en faveur des entreprises, certains abus ou erreurs judiciaires. En intervenant ainsi, dans le respect de la séparation des pouvoirs, nous renforçons au quotidien le rôle de l’État auprès du secteur privé pour que ce dernier ne se sente plus lésé.

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Quand les Congolais verront-ils les premiers effets concrets de ce PND ? 

L’impact devra se faire ressentir dans les deux prochaines années. Nous avons mis à profit ces six derniers mois pour nous approprier ce PND et allons commencer à le mettre en œuvre concrètement au cours des six prochains mois.

Nous disposons des ressources budgétaires nécessaires et bénéficions d’une embellie financière, ce qui nous permettra de travailler sur des investissements bien ciblés. Nous devons encore préparer l’exécution du PND sur le terrain en améliorant l’environnement économique, en multipliant les mesures d’accompagnement et en œuvrant pour la paix et la stabilité. C’est ainsi que nous motiverons nos partenaires et que nous pourrons mobiliser les ressources dont nous avons besoin.

En matière d’agriculture, notre but est d’atteindre rapidement l’autonomie alimentaire

Quelles sont les priorités du PND ? 

Six piliers ont été retenus : l’agriculture, l’industrie, les zones économiques spéciales [ZES], le tourisme, le numérique et l’immobilier. En matière d’agriculture, notre but est d’atteindre rapidement l’autonomie alimentaire, en mettant l’accent sur la production locale des aliments de consommation courante afin de réduire nos volumes d’importation, estimés chaque année à plus de 600 milliards de F CFA. Une cellule de résilience a été mise en place pour faire face à la flambée des prix que nous constatons déjà sur certaines denrées depuis le début de la guerre en Ukraine.

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Quelles sont les premières conséquences de l’invasion de l’Ukraine sur votre économie ?

La flambée du prix du pain, l’Ukraine et la Russie étant parmi les principaux exportateurs de blé au monde. Nous devons faire face à cette crise pour éviter le spectre d’une famine.

Notre défi est de transformer les difficultés engendrées en une opportunité pour notre jeunesse, et cela passe par le développement de notre secteur agricole. Mon gouvernement travaille déjà dans ce sens : l’État a prévu plusieurs dispositifs pour encourager les agriculteurs à produire davantage, pour permettre aux jeunes d’investir dans le secteur et de travailler à la transformation et à la commercialisation des produits agricoles, mais aussi pour aider les populations rurales à acheminer leurs produits vers les marchés de consommation.

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La guerre menée par Moscou a également provoqué une envolée des cours des hydrocarbures. Que va faire le pays de cette nouvelle manne ?

Dans le programme signé avec le FMI, il est prévu qu’en cas d’augmentation des cours la priorité était de financer la dette sociale, l’amélioration du niveau de vie des Congolais, ainsi que tout investissement sur des projets concourant à l’assainissement de la situation économique actuelle. Nos objectifs restent les mêmes : désendettement et investissement ! Et cela, autant que nous le pourrons.