Culture

Côte d’Ivoire : Révolution veut défendre le zouglou « sur des scènes dignes de ce son »

Le phénomène zouglou passe la cinquième vitesse avec « Boîte automatique », son nouvel album, chez Sony. La consécration pour ce groupe aux dix ans de carrière, qui ambitionne maintenant de s’imposer dans les grandes salles internationales.

Mis à jour le 14 avril 2022 à 07:47

Le groupe Révolution est né à la fin des années 2000 © Sony Music

La Révolution des ex-gamins de Yopougon a pris son temps, mais elle a fini par payer. Né à la fin des années 2000, le groupe que forment Prométhée, Saï Saï, Isso et Zakora, une trentaine d’années de moyenne d’âge, a dévoilé un cinquième album en février dernier, Boîte automatique, après avoir signé chez Sony Afrique en 2018. « L’Ivoirien a sa propre manière de concevoir le showbiz. C’est tout, tout de suite, admet Prométhée, le leader de la bande. Plein d’artistes ont annulé leur signature chez la major à cause de blocages administratifs ou procéduriers. De notre côté, on a fini par apprendre et s’adapter, pose-t-il à l’ombre, un jour de soleil de plomb, installé avec ses camarades à la terrasse de l’Institut français de Côte d’Ivoire.

Sur les traces de Magic System

En cette après-midi de mars, le Masa (Marché des arts du spectacle d’Abidjan) bat son plein. Mais cette année, le groupe n’y est pas programmé. Pourtant, Révolution n’est pas inconnu du public francophone. Le combo s’est façonné un style bien à lui en osant s’attaquer à un courant pourtant intouchable en Côte d’Ivoire, le zouglou. Dépolitiser le genre et en faire une musique strictement festive, capable de faire danser dans les mariages et les anniversaires : voilà l’objectif de ces révolutionnaires, qui marchent aujourd’hui dans les pas des Magiciens. « Nos aînés comme Magic System, Les parents du campus, Bilé Didier, Yodé & Siro nous ont bercés dans les années 1990, rembobine Prométhée. Eux, ils avaient des raisons de revendiquer et de se plaindre de certaines réalités de leur époque. Ils avaient besoin de faire passer les messages. Quand on a sorti notre premier album en 2009 [Réveil], on ne pouvait pas se contenter de recycler leurs textes. Ce n’était pas nous », appuie l’auteur de Système, seul titre politique du nouvel opus.

Le zouglou est une scène conservatrice. Les anciens nous ont beaucoup reproché d’avoir dénaturé leur style

Aujourd’hui, le groupe est conscient que son avis compte. Mais il y a dix ans, l’époque était marquée par la crise post-électorale. « La génération 2010 vibrait au son du coupé-décalé et n’avait pas envie d’une musique qui leur rappelait leurs soucis », souligne de son côté Saï Saï. À rebours de la tendance, Révolution donne alors un second souffle au zouglou, au grand dam de certains puristes. Aux jeux de table, de grelots, castagnettes et percussions qui caractérisent le genre, la joyeuse troupe préfère les rythmiques plus lentes, qu’elle puise dans le terroir sud-africain et angolais à grand renfort de kizomba, ou nigérian en mâtinant ses morceaux d’afrobeat.

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Bientôt Bercy ?

Sur Boîte automatique, elle ose même les partitions en anglais comme dans Pombo. Le renouvellement passe aussi par des collaborations bien senties avec Didi B et Elow’n, deux membres du groupe de rap ivoire Kiff no Beat, ou avec le chanteur de rumba congolaise Fabregas Le Métis noir. « Le zouglou est une scène conservatrice. Les anciens nous ont beaucoup reproché d’avoir dénaturé leur style, se souvient Isso. Puis ils ont compris que cette musique devait se repositionner pour s’exporter. »

S’imposer à l’international, c’est bien là l’ambition du combo, qui s’est déjà offert des dates à New York ou à Paris. Mais en 2022, leur révolution passera par une nouvelle approche du spectacle. La bande ne mâche pas ses mots : « En Europe, on ne veut plus jouer à l’ivoirienne, dans des pseudo salles sponsorisées par des boissons alcoolisées, en étant programmés à 3h du matin, souffle Prométhée. C’est le cas pour tous les artistes ivoiriens qui veulent jouer à l’extérieur. Or, on passe ainsi à côté d’une partie de notre public, comme les mineurs de la diaspora ou les Européens qui sont habitués à aller au concert à 20h. »

« La plupart des communautés sœurs, comme les Maliens ou les Congolais, arrivent à faire la Défense Arena ou Bercy… poursuit-il. Ils ont compris que les métiers du spectacle méritaient d’être soutenus. » Après une tournée en Côte d’Ivoire et dans la sous-région en mars, c’est donc avec un nouvel élan que Révolution et son fidèle orchestre espèrent défendre les couleurs du néo-zouglou « sur des scènes dignes de ce son ».