Économie

Guinée : l’État prend 15 % des infrastructures du Simandou

Suspendu depuis le 10 mars sur ordre du colonel Doumbouya, le projet d’exploitation du gisement de fer de Simandou va pouvoir reprendre après la signature d’un accord entre le gouvernement guinéen et les compagnies minières WCS et Rio Tinto.

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Mis à jour le 29 mars 2022 à 13:08

Simandou contient l’un des plus grands et des plus riches gisements de minerai de fer à haute teneur au monde. La demande augmente à mesure que les sidérurgistes cherchent à réduire leurs émissions de carbone. © Simandou

Le bras de fer aura duré à peine plus de deux semaines. Samedi 26 mars, vers une heure du matin, l’entreprise sino-singapouro-guinéen Winning Consortium Simandou (WCS) et la filiale locale de l’anglo-australien Rio Tinto ont signé un accord avec l’État guinéen sur les conditions d’investissement et de réalisation des infrastructures du projet minier Simandou.

Les chantiers devant permettre l’exploitation du plus grand gisement de fer d’Afrique étaient à l’arrêt depuis le conseil des ministres du 10 mars, sur ordre du colonel Doumbouya : le chef de la junte avait estimé que les deux miniers n’avaient pas donné de garanties suffisantes quant à la prise en compte des intérêts de la Guinée, sans préciser davantage ses attentes.

Interrogés par Jeune Afrique, SMB Winning et Rio Tinto n’avaient pas souhaité commenter cette décision.

Quinze milliards d’investissement

Si après leur arrivée au pouvoir en septembre, les militaires réunis au sein du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) avaient rassuré les représentants du secteur minier sur le maintien de leur convention, ils ont exprimé à partir de la fin 2021 leur désir de voir ce projet inclure davantage de contenu local et les travaux avancer plus rapidement.

L’accord dont la durée est prévue sur 35 ans a été annoncé dans la soirée du 26 mars par la télévision guinéenne. Il chiffre l’investissement des deux parties à 15 milliards de dollars, sans préciser la répartition. Cela comprend principalement la réalisation d’un chemin de fer de Beyla à Forecariah (670 km) reliant les quatre blocs du gisement au port en eau profonde de Moribayah (Forecariah).

Des négociations tendues

L’aboutissement des négociations, très tendues selon une source proche des militaires, doit permettre la reprise rapide du projet. Interrogé par la chaine publique RTG, Fadi Wazni, directeur général du consortium Winning Simandou, créé par SMB Winning pour mener ce projet, a reconnu que cet accord devrait permettre une accélération de sa réalisation.

SWC et Rio Tinto se sont engagés à finaliser toutes les infrastructures pour décembre 2024, afin que le démarrage de la production commerciale du gisement puisse débuter au plus tard fin mars 2025. S’ils ne respectent pas ces engagements, les miniers pourront être soumis à des pénalités allant jusqu’au retrait de leur titre minier.

Des infrastructures gérées par l’État

Le nouveau contrat prévoit en outre l’octroi de 15% du chemin de fer et du port à l’État guinéen, en plus des 15% du minerai qu’il avait déjà. Ces participations sont gratuites et non diluables précise une source au sein du gouvernement. « Avant, nous avions zéro », a rappelé le ministre des Mines et de la Géologie, Moussa Magassouba. Les infrastructures seront gérées par une agence gouvernementale qui reste à créer.

La reprise du chantier a été conditionnée à ce que l’exécution des travaux implique des groupes guinéens

À l’issue des discussions, le pouvoir indique avoir obtenu que le chemin de fer ne soit pas réservé aux minerais, mais puisse aussi servir au transport de produits agricoles et même de passagers. D’autres opérateurs miniers qui s’installeraient sur ce corridor pourront aussi l’utiliser. Ces dispositions figuraient déjà dans l’accord signé par le précédent pouvoir, nuance néanmoins un expert interrogé par JA.

Une demande de Rio Tinto

Enfin, la reprise du chantier a été conditionnée à ce que l’exécution des travaux implique des groupes guinéens dans le cadre de la création de co-entreprises et à ce que les entreprises étrangères travaillant sur le projet assure la formation de leurs collaborateurs guinéens, conformément au code minier.

Motivé par une meilleure répartition des retombées du projet selon Conakry, cette renégociation répond aussi aux revendications de Rio Tinto. Le minier anglo-australien avait en effet exprimé le souhait d’être réintégré dans la réalisation des projets d’infrastructures initiés par WCS.

Rio Tinto, présent sur ce projet depuis 1996, détient en association avec Chinalco les permis des blocs 3 et 4, tandis que le WCS, qui réunit l’armateur singapourien Winning, la société de transport guinéenne UMS et le producteur d’aluminium chinois Shandong Weiqiao, a obtenu les concessions 1 et 2 en 2019.

L’entrée en exploitation du gisement reste un objectif majeur pour les autorités militaires qui, malgré la pression de la Cedeao montée d’un cran lors du sommet du 25 mars, n’ont pas encore officialisé la durée de la transition. Une fois en exploitation, Simandou devrait produire 100 tonnes de minerais de fer par an (60 tonnes pour Simandou 1 et 2 et 40 tonnes pour les blocs 3 et 4), selon un expert cité par Reuters.