Politique

RDC : Kerry pour des élections « crédibles », sans Kabila

John Kerry et Joseph Kabila à Kinshasa, le 4 mai. © Saul Loeb/AP/Sipa

Venu annoncer à Kinshasa une aide de 30 millions de dollars pour des élections "crédibles", le secrétaire d'État américain, John Kerry, s'est montré très clair : l'actuel président, Joseph Kabila, ne doit pas se représenter en 2016. Le message sera-t-il entendu ?

Le ton se veut ferme, mais l’agacement est palpable. Au lendemain de la visite de John Kerry à Kinshasa, le 4 mai, c’est un Lambert Mende sur la défensive qui tient à donner, à la télévision nationale, son interprétation des déclarations du secrétaire d’état américain. "Il ne viendrait certainement pas à l’idée de M. John Kerry de donner des injonctions. […] Et nous n’avons jamais pris la résolution de violer la Constitution !" assène le porte-parole du gouvernement.

Après sa rencontre avec le président Joseph Kabila, John Kerry avait pourtant été limpide. "Les États-Unis s’engagent à soutenir les Congolais […] pour qu’ils travaillent à des décisions crédibles, dans les délais et en accord avec l’actuelle Constitution", avait-il affirmé. "L’actuelle Constitution" en question limitant à deux le nombre de mandats présidentiels, le processus souhaité par les Américains ne peut avoir qu’une seule issue : le départ de Kabila en 2016.

C’est exactement le scénario que le camp présidentiel s’ingénie à contourner depuis plusieurs mois. Report "technique" de l’élection, révision de la Constitution par voie parlementaire ou référendaire, tous les moyens sont bons pour maintenir l’actuel président au pouvoir. Est-ce la raison qui a motivé Kerry à s’arrêter à Kinshasa lors de sa tournée africaine ? Comme pour lever toute ambiguïté, Russ Feingold, l’envoyé spécial américain dans la région des Grands Lacs, qui accompagnait le secrétaire d’état, s’est montré encore plus direct, estimant qu’"il ne serait pas sage pour l’avenir de ce pays de changer la Constitution".

À la fin de la visite américaine, on ne cachait pas sa satisfaction parmi les adversaires de Kabila. "Kerry a été clair, assure un membre influent de l’Opposition républicaine, la coalition de Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat. Le camp présidentiel doit prendre conscience que son champion n’est plus un candidat valable. Washington lui a fait une faveur en le prévenant à temps." "C’est une injonction", va jusqu’à affirmer Vital Kamerhe, président de l’Union pour la nation congolaise. "Cela me rappelle le message transmis à Mobutu par Bill Richardson", ajoute-t-il, en référence à ce diplomate américain venu demander à l’ancien dictateur de négocier avec le rebelle Laurent-Désiré Kabila, en 1997, quelques jours avant que Mobutu soit contraint à la fuite.

"Amitié" et "convergence de vues" avec les États-Unis

Si les propos de Kerry ont effectivement été ressentis comme une douche froide par le camp présidentiel – plusieurs responsables refusent de s’exprimer sur le sujet -, Joseph Kabila est loin d’être dans la même situation que feu Mobutu. Son parti reste dominant et il dispose encore de près de deux ans pour préparer l’échéance de 2016. Pourrait-il se braquer et profiter de l’irritation suscitée par les déclarations américaines pour ressouder son clan autour d’une nouvelle candidature ? C’est ce que craignent plusieurs observateurs occidentaux.

>> Lire aussi : RDC – Burundi : quand les États-Unis jouent au shérif constitutionnel

Mais pour l’heure, ce n’est pas la voie qu’a suivie Kinshasa. Lambert Mende insiste au contraire sur "l’amitié" et la "convergence de vues" avec les États-Unis. En annonçant une aide immédiate de 30 millions de dollars (près de 22 millions d’euros) pour soutenir le processus électoral, Kerry a en tout cas souligné qu’il se montrerait attentif. Au demeurant, le reste de la communauté internationale pourrait soutenir la position américaine. "Cette Constitution doit être respectée", déclarait ainsi dès le 6 mai, à Bruxelles, Jean-Pascal Labille, ministre belge de la Coopération au développement.

"Si une révision de la Constitution est adoptée dans les règles, je ne vois pas au nom de quoi un pays étranger pourra s’y opposer, commente cependant un acteur proche du pouvoir. Il est clair que les Américains ont voulu jeter un pavé dans la mare. Ils veulent voir, maintenant, quelles vont être les réactions."

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