Politique

Centrafrique : Wagner double la diplomatie russe

Depuis dix mois, Moscou n’a plus d’ambassadeur à Bangui. Un vide que le groupe militaire Wagner n’a pas tardé à combler.

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Mis à jour le 25 mars 2022 à 15:04

Manifestation de soutien à la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine, à Bangui, le 5 mars 2022. Russian and Central African Republic flags are waived by demonstrators gathered in Bangui on March 5, 2022 during a rally in support of Russia. – A hundred people participated Saturday in Bangui, the capital of the Central African Republic, in a demonstration in support of Russia in its offensive against Ukraine. The demonstrators gathered at the foot of a statue, inaugurated at the end of 2021 by President Faustin Archange TouadÈra, representing Russian fighters who protect a woman and her children. Many of them waved Russian and Central African flags in the heart of the capital, near the university. © Carol VALADE / AFP

Nommé ambassadeur de Russie en Centrafrique le 10 janvier, Alexandre Bikantov, qui a été directeur adjoint chargé de la Communication au ministère des Affaires étrangères, n’a toujours pas posé ses valises à Bangui. Depuis mai 2021, Moscou n’a donc plus d’ambassadeur à Bangui, le dernier, Vladimir Titorenko, ayant officiellement quitté son poste pour raisons de santé (les séquelles d’une blessure par balle reçue en Irak en 2003).

Plusieurs fois annoncée, l’arrivée d’Alexandre Bikantov n’a cessé d’être repoussée. Selon nos informations, une nouvelle date avait été fixée – ce 25 mars –, mais le diplomate ne figure finalement pas parmi les passagers du vol Air France qui devait le mener en Centrafrique. L’ambassade de Russie doit donc continuer de fonctionner avec un chef de section consulaire et un chargé d’affaires. Une situation étonnante dans ce pays où Moscou et Paris sont engagés dans un bras de fer depuis des mois.

Confusion

Le groupe paramilitaire russe Wagner a su profiter de cette situation. Ce sont ses cadres qui s’affichent lors des cérémonies officielles qu’organisent les autorités centrafricaines à l’Assemblée nationale, à la primature ou à la présidence. Les diplomates russes en poste en Centrafrique commencent d’ailleurs à s’inquiéter de cette omniprésence et de la confusion qui en découle.

Lorsqu’il prendra ses fonctions, Alexandre Bikantov aura donc fort à faire pour s’imposer face à cette « Russie officieuse », solidement implantée au cœur du pouvoir centrafricain. À Bangui, on soupçonne même le groupe Wagner d’intriguer à Moscou pour retarder l’arrivée de l’ambassadeur.

Contacté par Jeune Afrique, un ministre centrafricain confie ne pas toujours savoir avec qui traiter. « Les Russes débarquent au ministère sans se soucier du protocole. Mais on doit les recevoir et, souvent, donner suite à leur requête, parce que personne ne sait qui est membre de l’ambassade et qui fait partie de Wagner », raconte-t-il.

Deux mille combattants

Dans les chancelleries étrangères, le malaise est tout aussi palpable. « Les autorités centrafricaines n’arrêtent pas de dire que la Russie est un partenaire privilégié. Les efforts [pour trouver une issue à la crise politico-sécuritaire] seront vains tant que nous n’aurons pas d’interlocuteur officiel [russe] dans le pays », soupire un diplomate occidental.

Reste que Wagner a indéniablement un coup d’avance sur l’ambassade de Russie. Avec un peu plus de deux mille combattants dans le pays, cette organisation renforce les capacités militaires des Forces armées centrafricaines dans la lutte contre les groupes armés. Pendant ce temps, la Russie officielle en est encore à tisser des liens avec le gouvernement et à tenter de lancer des projets ou de proposer des bourses à une poignée d’étudiants méritants.

Est-ce un signe ? Depuis sa nomination, en février, Félix Moloua, le nouveau Premier ministre centrafricain, a reçu la plupart des diplomates en poste à Bangui, à l’exception des Russes.