Économie

Côte d’Ivoire, Bénin, Gabon et Burkina en opération séduction au Vietnam

Dans le cadre d’une mission économique et commerciale de l’OIF, quatre pays ouest-africains ont renforcé leur coopération avec Hanoï. Pour bénéficier de son expertise agricole et s’ouvrir de nouveaux marchés.

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Mis à jour le 28 mars 2022 à 19:40

Biendi Maganga-Moussavou, le ministre gabonais de l’Agriculture, avec une représentante de la délégation vietnamienne, en mars 2022. © Alex Tharreau/OIF 2022.

Une série d’accords de coopération signés. Tel est le bilan de la mission économique et commerciale que l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a menée au Vietnam, à la mi-mars.

Les chambres de commerce du Bénin et de Côte d’Ivoire ont chacune signé un accord commercial avec leur homologue vietnamienne. Avec le soutien de l’Agence des cafés robusta d’Afrique et de Madagascar (Acram), le Gabon a, lui, signé un mémorandum d’entente ministériel. Enfin, le Burkina a conclu un accord de coopération portant sur la production de coton.

Couloir de libre-échange

En 2015, les échanges commerciaux du Vietnam avec la Côte d’Ivoire s’élevaient à environ 500 millions de dollars. En 2021, ils ont atteint 1 milliard. Un flux que les deux pays souhaitent intensifier grâce à leur accord commercial, qui promeut « le dialogue, les partenariats public-privé, les investissements transfrontaliers et un meilleur accès au marché ».

L’idée est de créer des coentreprises africano-vietnamiennes

« Il s’agit de créer un cadre réglementaire favorisant la coopération économique et commerciale bilatérale, grâce à un soutien aux entreprises privées »,  indique à Jeune Afrique Faman Touré, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire.

« L’idée est de créer des coentreprises africaines et vietnamiennes, ce qui ouvrira de nouveaux marchés à la Côte d’Ivoire, notamment les marchés européen et américain, grâce au respect des normes internationales de transformation qu’appliquent les Vietnamiens », explique Faman Touré. « Ces derniers pourront de leur côté profiter des avantages de l’AGOA [African Growth and Opportunity Act, liant les États-Unis à l’Afrique] et de la Zlecaf [Zone de libre échange continentale africaine] », ajoute-t-il.

Transfert de technologies ?

Un accord similaire a été signé par la Chambre de commerce du Bénin. « Il s’agit d’établir un couloir de libre-échange », précise Arnauld Akakpo, son président, qui estime qu’inciter les entreprises vietnamiennes à s’installer dans son pays est le seul moyen d’obtenir des transferts de technologies. « C’est à nous, Africains, de tirer des enseignements de leurs pratiques une fois qu’ils seront installés sur notre territoire », ajoute-t-il.

La Chambre de commerce du Bénin a travaillé à l’élaboration de cette convention pendant trois ans. Elle devait être signée par les deux parties en octobre 2021, mais l’échéance a été retardée en raison de la pandémie de Covid-19.

Le Gabon a, lui, été représenté par Biendi Maganga-Moussavou, son ministre de l’Agriculture, qui a rencontré à Hanoï son homologue vietnamien, Lê Minh Hoan, avec qui il a signé un mémorandum d’entente sur la coopération bilatérale.

Le Vietnam a l’expertise et l’expérience, nous avons les terres

Le texte, conceptualisé par l’Acram, prévoit la mise en œuvre d’un accord commercial et d’un transfert de technologies, la création d’une unité de recherche, ainsi qu’une coopération entre l’Université de Dalat (Vietnam) et l’Université des Hauts Plateaux (département d’agronomie).

Café et coton

En aval de la signature de cet accord, et après une mission d’experts vietnamiens réalisée en février 2022 dans quatre provinces gabonaises, 20 kilogrammes de café vietnamien à haut-rendement seront cultivés au Gabon afin de tester l’adaptation des plants à l’écosystème local.

Le coinvestissement entre le Gabon et le Vietnam est au centre de cet accord. « Le Vietnam a l’expertise et l’expérience, nous avons les terres », insiste Ismaël Ndjewe Ndomba, le secrétaire exécutif de l’Acram. En effet, alors que le Vietnam manque de terres cultivables, seuls 15% du territoire gabonais sont occupés, le reste étant couvert de forêts.

« Cette situation rend notre partenariat d’autant plus pertinent, rappelle Ismaël Ndjewe Ndomba. L’espace Acram représente plus de 15 millions de dollars de transactions. Il est donc très intéressant pour les entreprises étrangères de s’implanter dans cet espace, qui regroupe huit pays producteurs de café. »

6 milliards d’euros d’échanges

Le Burkina Faso et le Vietnam ont, pour leur part, signé un accord de coopération destiné à relancer la production artisanale de coton burkinabè. Les Vietnamiens ont accepté de partager leurs techniques ancestrales de filature. Cet échange de compétences doit permettre au Burkina d’augmenter la quantité et d’améliorer la qualité de ses produits fabriqués à base de coton.

Signature de l'accord entre le Burkina Faso et le Vietnam, à Hanoï, en mars 2022. © Alex Tharreau/OIF 2022

Signature de l'accord entre le Burkina Faso et le Vietnam, à Hanoï, en mars 2022. © Alex Tharreau/OIF 2022

Premier partenaire africain du Vietnam : l’Afrique du Sud, suivie par l’Égypte, le Ghana et la Côte d’Ivoire

Au fil des ans, le Vietnam a tissé des liens commerciaux avec la quasi-totalité des pays du continent. L’Afrique du Sud, suivie par l’Égypte, le Ghana et la Côte d’Ivoire sont ses principaux partenaires africains. D’après l’Agence de promotion du commerce du Vietnam (Vietrade), ces échanges ont atteint 6 milliards d’euros en 2020.

Le tigre asiatique exporte essentiellement en Afrique des produits industriels (textile-habillement, téléphones portables, matériel médical, scooters, pompes à eau, ordinateurs, pièces détachées…), des produits agricoles transformés et des produits de la mer (riz, poivre, poisson tra, crevettes…), ainsi que divers matériaux de construction. L’Afrique, elle, exporte au Vietnam des matières premières brutes (noix de cajou, coton, bois, cuivre, minerais).