Économie

Forum de Dakar : les maires en première ligne de la gestion de l’eau 

Assinie, Rabat, Bangui ou encore Libreville… Les édiles de ces villes et d’ailleurs sur le continent appellent à mobiliser des fonds pour améliorer l’accès à l’eau, tout en mettant en avant les solutions qui marchent. 

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Mis à jour le 24 mars 2022 à 17:19

Un jeune éleveur peul assis à un point d’eau pour le bétail dans la région de Matam au Sénégal, le 11 mars 2022. © JOHN WESSELS / AFP

Ils ont pris la parole, trois minutes chacun, à la manière d’un speed dating. Sauf qu’au lieu de se présenter, ils ont partagé leur préoccupation ou leur recette en matière de gestion de l’eau. Environ 80 maires et élus locaux africains issus d’une vingtaine de pays ont en effet participé à une table ronde organisée conjointement par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’organisation Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLU Afrique), le 23 mars, dans le cadre du Forum mondial de l’eau qui se déroule à Dakar jusqu’au 26 mars.

La plupart des édiles, confrontés aux mêmes problèmes, se rencontraient pourtant pour la première fois. Parmi eux figuraient une dizaine d’élus marocains, dont des représentants de Marrakech, Rabat ou Tanger.

On a aussi entendu le maire de Bangui, Émile Gros Raymond Nakombo, qui a mis en place une cellule de gestion de l’eau dans la capitale centrafricaine « pour que tout se passe sous la coupe de la municipalité, avec une coordination des ONG » ; celui de Brazzaville, Dieudonné Bantsimba, qui a insisté sur la nécessaire « amélioration du système d’assainissement via la construction d’usines de traitement des boues de vidange » ou encore celui d’Assinie, Hippolyte Ebagnitchie, qui s’inquiète de « l’urbanisation galopante » de sa commune balnéaire dans un contexte d’érosion côtière.

Les coupures ne font que commencer, il faut être prêt à cela

« Nous avons besoin de moyens beaucoup plus importants », a souligné l’élu ivoirien. Même son de cloche de la part d’Annie-Chrystel Limbourg Iwenga, la maire de Libreville : « Nous attendons un nombre accru de bornes-fontaines et de nouveaux châteaux d’eau pour approvisionner la ville », a-t-elle lancé aux bailleurs de fonds.

Infrastructures et formation

Des élus du Bénin, du Togo, du Niger, du Mali, du Cameroun et de la Mauritanie ont aussi pris la parole. Chaque ville représentée a pu pointer les nombreux défis à relever, dont les inégalités entre centre-ville et quartiers périphériques, la pollution d’une usine avoisinante, les inondations, le difficile accès à l’eau dans un contexte désertique… Sans oublier la question de l’assainissement trop souvent négligée, et la nécessité de réduire la consommation d’eau.

À ce titre, Bouloud Abderrahmane, le président de la commission des finances de Rabat, a rappelé l’importance de sensibiliser la population. « On est en stress hydrique et pourtant les gens veulent de l’eau 24 sur 24 à leurs robinets… Qui incite la population à la baisse de la consommation d’eau ? Pour l’instant, pas grand monde… », a-t-il regretté.

L’élu marocain n’exclut pas, en cas de sécheresse ou de difficultés techniques sur le réseau, de devoir réduire la disponibilité de l’eau courante de 24 h à 8 h par jour. « Les coupures ne font que commencer, il faut être prêt à cela », a-t-il affirmé.

Les élus locaux africains ont également fait part des difficultés d’accès aux financements, du manque de personnel qualifié et du faible niveau d’investissements dans les infrastructures, que ce soit dans la construction, l’exploitation ou l’entretien.

Fonds africain de l’eau

Parmi les propositions à retenir, celle du maire de Bangui, Émile Gros Raymond Nakombo, qui a proposé de créer « un fonds africain de l’eau à destination des collectivités territoriales ». Des élus marocains ont également offert de partager leurs compétences en assainissement avec d’autres villes africaines. Un élu d’Essaouira a tendu la main à homologue de Brazzaville pour un jumelage.

De cette rencontre doit naître une plateforme virtuelle pour permettre aux élus de mutualiser les expériences réussies. De nouveaux moments d’échanges seront organisés lors des prochains événements nationaux ou internationaux, comme la 9ème édition du Sommet Africités, à Kisumu (Kenya) en mai 2022, ou la Cop 27 à Charm el-Cheikh (Égypte) en novembre 2022.