Politique

Cameroun : Steve Fah, un influenceur proche du régime, agressé par les anti-Paul Biya

L’agression du vlogueur est la dernière manifestation d’une scène politique de plus en plus violente. Enfariné et malmené, l’influenceur au million d’abonnés a été pris pour cible à cause de son soutien au régime.

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 25 mars 2022 à 11:46

Steve Fah, à Bruxelles, le 21 mars 2022. © Facebook Steve Fah Officiel

« Lâche », « choquante », « inacceptable ». L’opinion publique camerounaise n’y est pas allée par quatre chemins pour condamner avec véhémence la violente agression qu’a subi le célèbre vlogueur camerounais Steve Fah, mercredi 23 mars, alors qu’il échangeait avec des étudiants africains résidant en Belgique.

Les faits se sont déroulés à Bruxelles, aux alentours de 18 heures, dans la salle de conférence du cabinet Lexlau, situé avenue Louise. Steve Fah venait de prendre la parole dans cette rencontre ouverte au public, lorsqu’un individu assis au premier rang s’est jeté sur lui avec un sac en plastique à la main, avant de l’enfariner. Il s’en est suivi un cafouillage au cours duquel plusieurs individus s’en sont pris physiquement au vlogueur. Dans une vidéo tournée sur les lieux et devenue virale sur la toile, on aperçoit ces personnes, en partie masquées, revendiquer cette attaque au nom de la Brigade anti-sardinards (BAS).

Soutien de Biya

De son vrai nom Steve Fah Fotsing, l’enfariné est devenu célèbre au Cameroun grâce à des vidéos satiriques reprenant des scènes de la vie publique diffusées sur les réseaux sociaux ou à la télévision. Son programme intitulé « 3 minutes du peuple » est depuis l’un des plus suivis de la blogosphère camerounaise. Son influence s’est renforcée à travers la production artistique et le lancement d’une web tv. Sur Facebook, celui qui se présente comme influenceur revendique plus d’un million d’abonnés.

Pour les anti-Paul Biya de la diaspora qui composent la BAS, Steve Fah fait partie des soutiens du président camerounais. Après la présidentielle contestée de 2018, le nom de Steve Fah avait été placé sur la liste des personnalités camerounaises indésirables en Europe, aux côtés des artistes ayant participé à la campagne de Paul Biya. En octobre 2020, le vlogueur avait particulièrement été visé par les critiques après la diffusion d’une vidéo enregistrée aux côtés de l’armée camerounaise dans la ville de Nkambe, dans la région du Nord-Ouest, en guerre.

Dans celle-ci, on aperçoit Steve Fah bien gardé par des soldats du BIR qui laisse entendre que la paix est revenue dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et que les populations déplacées peuvent y retourner. Moins d’une semaine après la diffusion de cette vidéo, sept enfants trouvaient la mort en pleine salle de classe au cours d’une attaque perpétrée par des hommes armés à Kumba, dans le Sud-Ouest. À la suite de cet incident, Steve Fah avait subi une avalanche de critiques et même des menaces de mort.

Violence politique

L’agression du vlogueur n’est cependant que la dernière manifestation d’une tension croissante au sein de la scène publique camerounaise. D’abord virulent sur les réseaux sociaux, le bras de fer entre pro et anti-Biya semble avoir dépassé l’invective verbale. Le 11 mars dernier, Paul Chouta, un autre célèbre bloggeur et lanceur d’alerte camerounais proche de l’opposition, a été kidnappé alors qu’il sortait d’un débit de boisson.

Le vlogueur a passé des examens médicaux et est hors de danger

Séquestré et sauvagement agressé, il sera retrouvé quelques heures plus tard couvert de sang dans une banlieue de Yaoundé. À l’instar de l’opposant Maurice Kamto, de multiples acteurs politiques ont demandé l’ouverture d’une enquête mais le gouvernement camerounais n’a pas réagi.

Dans un communiqué rendu public cet après-midi, l’équipe de Steve Fah a assuré que le vlogueur avait passé des examens médicaux et qu’il était hors de danger. Au sein de l’opinion, les appels à une pacification de la scène publique camerounaise se multiplient, avec l’espoir d’être enfin entendus par les responsables politiques.