Immigration

Uemoa : trois étonnants voyageurs

Kelly Adediha, Éric Tchiakpé, Koffi Ametepe. © Dr

Nés quelque part, ils ont fait carrière ailleurs. Les parcours de ces trois bourlingueurs suivent les contours de l'Union économique et monétaire ouest-africaine et donnent un sens au concept d'intégration.

Kelly Adediha

Homme de réseaux

Son ADN tend à se confondre avec celui de l’UEMOA. Né en Côte d’Ivoire d’un père togolais et d’une mère béninoise, Kelly Jean-Eudes Adediha, 22 ans, réside aujourd’hui au Burkina Faso tout en menant des missions professionnelles du Niger au Sénégal, en passant par le Mali. En 2002, il vivait à Bouaké lorsqu’une rébellion armée venue du Burkina a pris le contrôle de la ville ivoirienne, donnant le signal de départ au conflit politico-militaire qui allait durer près de dix ans. Ses parents décident alors de retourner au Togo, où Kelly poursuit sa scolarité jusqu’au bac.

Bénéficiaire d’une bourse, c’est en Tunisie qu’il part effectuer ses études supérieures. Une fois sa licence en informatique et son master en sécurité des systèmes d’information en poche, il a l’opportunité de rejoindre pour un an un programme du Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), dont le siège est basé à Ouagadougou. Entre-temps, il a dû effectuer un retour de quelques mois au Togo. "Ma carte de résident en Tunisie avait expiré. J’ai alors pu voir à quel point on circulait mieux entre les pays d’Afrique de l’Ouest qu’au Maghreb." Désormais, Kelly collabore avec un cabinet de consulting informatique basé dans la capitale burkinabè, tout en menant ses propres activités en free-lance dans le même secteur. Il apprécie sa liberté de mouvement, qui constitue en outre "un grand atout sur le plan professionnel". Durant ses missions à Tunis, où il se rend pour la Banque africaine de développement (BAD), il est souvent approché par des hommes d’affaires intéressés par le marché ouest-africain et qui cherchent à recruter des représentants dans les différents pays de la sous-région. "Entre l’utilisation d’une monnaie commune au sein de l’UEMOA et la libre circulation au sein de la Cedeao, la réactivité est plus grande, analyse Kelly. Aujourd’hui, j’ai des clients et des consultants partenaires dans toute la zone."

Éric Tchiakpé

Plume baladeuse

Depuis bientôt vingt ans, Éric Tchiakpé écume les rédactions de l’UEMOA. Né au Bénin, il émigre très jeune en Côte d’Ivoire. Pendant que sa famille profite du miracle ivoirien des années 1980, il poursuit ses études à l’université de Cocody… avant d’être recruté par Radio Nostalgie au moment où celle-ci ouvre son antenne ivoirienne. D’abord simple assistant, il se familiarise pendant cinq ans avec un secteur qu’il a la chance de découvrir aux côtés de quelques grosses pointures de la presse et du showbiz. En 1998, il profite de la libéralisation des ondes au Bénin pour rentrer au pays apporter ses connaissances nouvellement acquises aux médias locaux. Il reste deux ans chez Golfe FM, la première radio privée du Bénin, avant de démissionner et de se faire approcher par le groupe d’assurance Fédas Développement, où il est chargé de la communication pour les trois filiales que détient le holding au Togo, au Bénin et en Côte d’Ivoire. Il s’intéresse dans le même temps à la presse écrite et devient rédacteur en chef du quotidien Le Béninois avant de fonder, deux ans plus tard, Le Béninois libéré. Il y occupe le poste de directeur de la publication, jusqu’à la suspension du titre en décembre 2011, alors que les relations se tendent avec le pouvoir. Au point que le journaliste reprend la route pour déposer ses valises à Lomé en 2012. Un nouveau challenge l’attend chez Sudcom, groupe spécialisé dans la communication et le marketing opérationnel, présent également au Bénin, au Niger et au Burkina Faso. Il ne lui a pas fallu longtemps pour prendre ses marques dans son nouveau pays d’adoption. "Je suis partout chez moi au sein de l’UEMOA", dit-il en souriant.

Koffi Ametepe

Touche-à-tout

Homme d’affaires, philosophe, religieux, journaliste… Koffi Ametepe cultive l’éclectisme. Après avoir obtenu son bac à Lomé en 1989, le jeune Togolais décide de quitter un pays alors en proie à des manifestations violentes contre le régime d’Eyadéma pour s’exiler à Gagnoa, la ville natale de l’ex-président Laurent Gbagbo. Koffi ne passe qu’un an en Côte d’Ivoire, avant de filer au Sénégal étudier auprès des frères du Sacré-Coeur et de devenir séminariste. Il revient bien à Abidjan quelques années plus tard pour suivre un cycle en théologie, mais, face aux troubles qui perturbent le pays au lendemain de la mort de Houphouët-Boigny, Koffi préfère reprendre la route. C’est à Ouagadougou qu’il obtient une maîtrise de philosophie en 1999 et qu’il quitte la soutane pour devenir professeur à l’université. Mais là encore il est rattrapé par l’Histoire : son premier cours se déroule dans la période troublée qui suit l’assassinat de Norbert Zongo et est marqué par une grève de ses élèves. Est-ce cela qui lui donne l’idée de bifurquer une nouvelle fois ? C’est en tout cas le début d’une nouvelle carrière pour Koffi Ametepe, qui pendant quinze ans va signer de nombreux articles dans plusieurs publications burkinabè, comme Le Journal du jeudi, lancé par le caricaturiste Damien Glez. En parallèle, cet hyperactif profite de son rare temps libre pour obtenir un DEA en philosophie, avant de préparer une thèse qui l’amène à passer deux mois à l’université de Lille. Aujourd’hui encore, à 43 ans, il garde le rythme. Nommé dernièrement directeur de la rédaction web des Échos du Faso, Koffi s’occupe également du site de petites annonces qu’il a lui-même lancé ces dernières années, tout en gérant la filiale locale d’une entreprise togolaise. Marié à une Burkinabè, il a obtenu la nationalité en 2005, ce qui l’a obligé à abandonner son passeport togolais. Son seul regret aujourd’hui !

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