Culture

« Les corps intermédiaires » de Mamadou N’Dongo, un polar métaphysique

Mis à jour le 22 mai 2014 à 13:42

Assassinats, filature, complots sur fond de crise politique… Les Corps intermédiaires, le dernier livre de l’écrivain franco-sénégalais Mamadou N’Dongo a tout du polar. Mais c’est aussi une réflexion sur l’art et le pouvoir dans un style indiscipliné et innovant.

Thomas Schoeller est un artiste vidéaste. Il vit à Paris, où il travaille à sa dernière oeuvre autour de la place des femmes dans les révolutions arabes. Joueur de poker, buveur et amateur de drogues à ses heures, Thomas est un métis franco-malien, originaire d’Alsace, dont l’enfance fut remuée par le désamour de sa mère. L’existence de ce flegmatique, un brin désabusé, est bouleversée le jour où il est contacté par Abbas, attaché de l’ambassade d’Anwar, une dictature moyen-orientale. Collectionneur et passionné d’art contemporain, Abbas, qui n’est autre que le fils de Nabil Sidi Saïd, le guide suprême de ce pays, commande à Thomas un portrait de lui au milieu de ses oeuvres. Assassinats, filature, complots plongent rapidement le lecteur dans un véritable thriller, tandis que la République d’Anwar s’enfonce dans la révolution.

Roman foisonnant, Les Corps intermédiaires mêlent à une intrigue de polar des réflexions sur l’art, le pouvoir, la révolution. Construit comme une suite de paragraphes courts, il défie toutes les lois du genre et de la chronologie. Ce qui déroute d’abord finit par séduire, car l’auteur d’origine sénégalaise Mamadou N’Dongo fait le choix, pour son huitième livre, d’une écriture libre. Sans s’encombrer de psychologie ou de bons sentiments, il construit avec Thomas un touchant personnage d’antihéros, observateur distancié de son temps.

Ce roman parfois cérébral traite aussi de notre rapport au corps – d’où son titre intriguant. "Les corps intermédiaires" sont ceux des femmes, otages des révolutions arabes et des fanatiques. Ceux des poupées hypersexuées que collectionne Abbas, lui dont le frère est un fervent islamiste. Celui de Thomas, métis qui questionne sa place au sein d’une société française en mal d’identité. Mais aussi ceux sur lesquels lui, l’artiste, travaille et où se rejoignent toutes les grandes interrogations métaphysiques des hommes.