Économie

Côte d’Ivoire : face aux Américains, Patrick Achi met l’accent sur l’investissement et la sécurité

Le Premier ministre ivoirien s’est rendu à Washington pour plaider en faveur d’une aide américaine accrue dans ces deux domaines, alors qu’Abidjan avance dans son programme de croissance inclusive, tirée par le secteur privé.

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Mis à jour le 22 mars 2022 à 17:26

Rencontre entre le secrétaire d’État américain, Antony Blinken (au premier plan, à gauche), et le Premier ministre ivoirien Patrick Achi (au premier plan, à droite, le 14 mars 2022, à Washington. © Freddie Everett/U.S. Department of State

L’administration de Joe Biden a beau être focalisée sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les États-Unis ne se désintéressent pas pour autant des réformes menées par le président Alassane Ouattara. Pour preuve, l’entrevue entre le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, et le Premier ministre ivoirien, le 14 mars, à Washington. Patrick Achi a également rencontré le président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, Gregory Meeks, ainsi que des représentants de la Banque mondiale, de la Millennium Challenge Corporation (MCC), de l’Export-Import Bank of the United States (Banque américaine d’import-export) et de la Chambre de commerce des États-Unis.

« J’ai eu le privilège de pouvoir rencontrer le secrétaire d’État Blinken et le [député] Meeks, même si le contexte global est vraiment tendu, comme vous le savez », a déclaré le dirigeant ivoirien lors d’un événement organisé par l’Africa Center de l’Atlantic Council, le 16 mars. « Nous avons pu passer en revue toutes les questions-clés qui intéressent le continent africain, ainsi que l’ensemble de la sous-région [de l’Afrique de l’Ouest], notamment celles liées à la sécurité et au développement. Et je pense que nous sommes parvenus à un accord commun selon lequel le continent doit être aidé et la sous-région, soutenue, non seulement sur les problématiques de sécurité, mais aussi sur celles de développement. »

Dans un tweet suivant leur rencontre, Anthony Blinken a noté que la Côte d’Ivoire était l’un des 28 pays africains à avoir condamné l’invasion de l’Ukraine par la Russie aux Nations unies au début du mois.

Objectif huit millions d’emplois créés

Le climat économique de la Côte d’Ivoire figurait en bonne place dans l’ordre du jour de Patrick Achi, alors que le pays cherche à retrouver sa place parmi les économies à la croissance la plus rapide du monde avant la pandémie de Covid. Le dirigeant ivoirien a déclaré que son gouvernement était déterminé à créer huit millions d’emplois et à faire accéder la majorité des Ivoiriens à la classe moyenne grâce au plan stratégique Côte d’Ivoire 2030, soulignant l’ambition du plus grand producteur de cacao au monde de remonter la chaîne de valeur de l’agroalimentaire vers la production de chocolat.

>> À lire sur The Africa Report – Côte d’Ivoire prime minister Patrick Achi presses for investment, security aid in US visit

« Nous sommes [au] stade inférieur de cette chaîne, avec des employés qui font la partie la plus difficile du travail, mais qui sont ceux qui gagnent le moins d’argent simplement parce qu’ils ne transforment pas [la matière première] », a-t-il déclaré devant le Conseil atlantique. « Or c’est [dans la transformation] que se trouve la valeur ajoutée, c’est là que réside le revenu, c’est là que se situe la création d’emplois ».

Le secteur du cacao a constitué un point de discorde dans les relations bilatérales ivoiro-américaines, les sénateurs démocrates Sherrod Brown de l’Ohio et Ron Wyden de l’Oregon ayant exhorté, en 2019, le département de la Sécurité intérieure de leur pays à bloquer les importations de fèves ivoiriennes en raison d’informations faisant état d’enfants travaillant dans le secteur. Patrick Achi a reconnu la controverse, mais a déclaré que la croissance économique permettrait de mettre fin à cette pratique. Le Premier ministre ivoirien a également salué les récents efforts législatifs de son pays dans ce domaine.

« Nous avons pris des mesures pour arrêter le travail des enfants depuis quelques années maintenant », a-t-il déclaré en réponse à une question de The Africa Report/Jeune Afrique, lors de l’événement organisé par l’Atlantic Council. « Et cela a plutôt bien fonctionné. Nous avons adopté une loi qui rend obligatoire la scolarisation de tous les jeunes de moins de 16 ans. Donc où que vous résidiez, que ce soit [à la campagne] ou en zone urbaine, si vous avez moins de 16 ans, vous devez aller à l’école, vos parents doivent vous y envoyer, et vous n’avez aucune raison de vous trouver dans un champ. »

En 2017, l’agence Millennium Challenge Corporation (MCC) a signé un accord de subvention de 524 millions de dollars avec le gouvernement ivoirien

Dans le cadre de sa visite, Patrick Achi s’est entretenu avec l’agence Millennium Challenge Corporation (MCC), qui a signé un accord de subvention de 524 millions de dollars avec le gouvernement ivoirien en 2017, axé sur l’amélioration des secteurs des transports et de l’éducation. Une enveloppe qui « devrait bénéficier à plus de 11 millions d’Ivoiriens, a expliqué le MCC à The Africa Report/Jeune Afrique, avec, au programme, la réhabilitation des routes, la modernisation du système de gestion du trafic urbain, la construction d’écoles ou encore la création de centres de formation pour l’enseignement technique et professionnel. »

Un porte-parole de l’agence MCC a ajouté que cette dernière évaluait la nécessité de prolonger le programme de subventions en raison des retards liés à la crise du Covid-19, comme l’instance l’a déjà fait pour des pays tels que le Bénin, le Maroc et le Niger.

Patrick Achi intervenant  devant l’Atlantic Council – un think-tank américain –, le 16 mars, à Washington. © Twitter/Patrick Achi

Patrick Achi intervenant devant l’Atlantic Council – un think-tank américain –, le 16 mars, à Washington. © Twitter/Patrick Achi

Assistance logistique et militaire

Outre les questions économiques, Patrick Achi a également évoqué la nécessité d’une assistance logistique et militaire américaine pour aider à défendre son pays contre les retombées du conflit au Sahel ainsi que de la piraterie dans le Golfe de Guinée.

« En ce qui concerne la question de la sécurité, il n’y a pas de doute : lorsque l’on veut développer son pays, on aspire à la paix et à la sécurité. C’est le premier facteur, je dirais, pour que les gens viennent y investir », a-t-il déclaré à The Africa Report/Jeune Afrique. « Dans ce contexte, les [pays] amis, comme les États-Unis ou la France, sont indispensables, et il faut voir avec eux comment ils peuvent vous aider à vous préparer […] à protéger votre pays de toute attaque venant d’où que ce soit. C’est ce que nous sommes venus faire ici. Et je pense que les gens ont reçu notre message à 100%. »