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Pour la paix à Monrovia

Le Liberia attend d’être sauvé du désastre. Ce pays est mûr pour un engagement durable mais modeste des États-Unis pour ramener la paix. Je suis convaincu qu’un tel effort, de concert avec les pays d’Afrique de l’Ouest, serait couronné de succès. J’ai effectué ma première visite au Liberia en tant que président en 1978, quand cette nation était un symbole de stabilité et de progrès économique dans sa sous-région. Cette visite était dans la droite ligne des relations privilégiées entretenues entre les États-Unis et le Liberia pendant plus de cent cinquante ans, depuis que des esclaves Américains affranchis y ont formé un gouvernement en 1822. […]
Plus tard, à la suite d’une longue bataille entre divers chefs de guerre, le président Doe est capturé à Monrovia, torturé et démembré, en septembre 1990. À ce moment-là, Charles Taylor, l’un des chefs de guerre, avait conquis 95 % du territoire, soit tout le pays, à l’exception de la capitale et de ses environs. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dépêcha des troupes à Monrovia pour protéger ce qui restait du gouvernement, et un professeur distingué fut choisi comme président intérimaire.

Le Centre Carter a décidé de mener une action en faveur de la paix au Liberia et j’ai commencé à parcourir le pays en 1990, travaillant étroitement avec la Cedeao et son bras armé. Nous sommes aussi entrés en contact avec les leaders de la société civile et les différents chefs de factions rebelles. Nous avons encouragé les autres pays de la région, le Nigeria en particulier, à stabiliser le pays pour permettre la mise en place d’un gouvernement démocratique. À l’approche des élections, deux conditions ont été exigées des chefs de guerre désirant se présenter à la présidentielle : désarmer leurs hommes, et remettre toutes leurs armes.
Cet effort des dirigeants ouest-africains, activement soutenu par le peuple libérien, a été un succès. Toutes les factions principales ont été désarmées et les forces de la coalition ont confisqué près de quarante mille armes. Une amnistie a été déclarée et un flot de réfugiés et de personnes déplacées ont pu retourner dans leurs villages pour participer au vote. En tant qu’observateurs de premier plan, nous avons encouragé des procédures flexibles d’inscription pour permettre à un maximum de gens de voter en juillet 1997, et il n’y a pas eu de disputes entre les candidats sur les opérations électorales. […]
À la fin de la journée, Charles Taylor avait obtenu 75 % des voix, grâce au soutien des populations rurales qu’il avait dominées pendant la guerre, et parce que les habitants de Monrovia pensaient qu’il recourrait à nouveau à la violence s’il n’était pas élu.

Malheureusement, le gouvernement américain a joué un rôle minimal au Liberia après l’élection de 1997. Il y avait beaucoup d’espoir quant à la sortie du pays de la crise. Mais il est devenu de plus en plus évident que Taylor était déterminé à exercer un pouvoir dictatorial et qu’il ne se préoccupait pas du bien-être de la population. L’implication de Taylor dans la déstabilisation des pays voisins, comme la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire, est aussi apparue indiscutable.
Maintenant que le président Taylor a indiqué qu’il quittera le pouvoir, la coalition des États ouest-africains devrait assumer le rôle qu’elle a déjà joué il y a quelques années avec l’envoi sur place de troupes du Nigeria, du Ghana et d’autres pays de la Cedeao. Un contingent militaire américain modeste mais significatif, deux mille hommes par exemple, devrait se joindre à la force régionale africaine. De plus, la communauté internationale devrait apporter une aide conséquente pour faire revivre l’économie libérienne. Fort de son expérience, le Centre Carter et d’autres observateurs internationaux peuvent participer à la surveillance du processus électoral. Le Liberia dispose d’importantes ressources agricoles, forestières et minières. Avec le départ de Taylor, le peuple libérien sera impatient de remettre le pays à flots, si nous l’aidons à restaurer la stabilité et la démocratie.

* Jimmy Carter, Prix Nobel de la paix 2002, a été le 39e président des États-Unis et dirige le Centre Carter, une organisation non gouvernementale participant notamment à l’observation des élections dans de nombreux pays en transition démocratique.

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