Politique

Cameroun-Algérie : entre Rigobert Song et Djamel Belmadi, la lutte finale

Les deux sélectionneurs joueront une partie de leur avenir, les 25 et 29 mars, lors des matchs Cameroun-Algérie pour la qualification en phase finale de la Coupe du monde 2022.

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Mis à jour le 21 mars 2022 à 09:50

Djamel Belmadi (à g.) et Rigobert Song. © Montage JA : Thaier al-Sudan/REUTERS ; Khaled Elfiqi/EFE/MAXPPP

Les historiens du football s’en souviennent fort bien : le Cameroun et l’Algérie furent les deux premières sélections africaines à participer conjointement à une Coupe du monde. C’était en 1982, en Espagne. Les Lions indomptables et les Fennecs avaient alors profité du passage de seize à vingt-quatre équipes et de l’augmentation du quota réservé à l’Afrique. Le récent tirage au sort des barrages ne permettra pas de revoir ces deux équipes en phase finale au même moment, un fait qui s’était reproduit en 2010 et en 2014.

Rigobert Song, 45 ans, a déjà goûté au parfum des coupes du monde en tant que joueur (1994, 1998, 2002 et 2010), mais sans jamais franchir le premier tour. Le 29 mars, après le match retour à Blida et quatre jours après le premier acte à Douala, l’ancien défenseur international aux 137 sélections saura s’il deviendra le huitième sélectionneur des Lions indomptables à qualifier ces derniers pour le Mondial.

Eto’o et ses réseaux

Samuel Eto’o, le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), a activé ses réseaux politiques. Il est en effet persuadé que Song est l’homme de la situation pour que le Cameroun, absent en 2018 en Russie, revienne en phase finale. L’ancien buteur de la sélection n’avait aucune confiance en l’ancien sélectionneur Toni Conceição. Malgré le soutien appuyé que lui apporté Narcisse Mouelle Kombi, le ministre des Sports, le Portugais a été évincé, moins d’un mois après avoir installé les Lions sur la troisième marche du podium de la CAN 2021.

En cas de défaite du Cameroun, Song serait fragilisé, mais moins qu’Eto’o

À la question de savoir si Rigobert Song risque sa place à brève échéance en cas d’élimination, la réponse penche plutôt du côté du non. « Song vient d’être nommé. Lui et son staff technique ont un contrat de deux ans. Mais si les Lions indomptables ne se qualifient pas, sa crédibilité sera forcément entamée. D’autant qu’au Cameroun son expérience est souvent discutée, car il n’a pas obtenu de résultats mirifiques avec les sélections A’ et les moins de 23 ans. En cas d’élimination, il restera peut-être quelques mois de plus, mais je doute qu’il aille au bout de son contrat », estime Raphaël Nkoa, journaliste à CMR-TV.

Plusieurs procédures

« Les présidents  – de fédérations, de clubs ou de pays – sont capables de tout. Je ne sais pas si Song pourrait être renvoyé. Il doit juste se concentrer sur les deux matchs contre l’Algérie, et ne pas penser à son poste. Samuel Eto’o a pris un risque, et la pression pèse surtout sur lui », souligne l’ancien gardien international camerounais Joseph-Antoine Bell, dont les relations avec le patron de la Fecafoot sont notoirement fraîches.

À Yaoundé, certains promettent des lendemains difficiles à Eto’o – et davantage qu’à Song – en cas d’échec face à l’Algérie. « Personne ne souhaite la défaite des Lions. Mais, si elle survenait, ses détracteurs ne manqueraient pas de désigner le président de la Fédération comme le premier responsable, parce qu’il a imposé un coach qui n’est pas assez compétent. Il a fait nommer Song en trouvant des appuis politiques décisifs, mais il a aussi pas mal d’opposants, et un échec le fragiliserait. En outre, la Fédération n’est pas en très bonne santé financière, et elle est visée par plusieurs procédures devant le Tribunal arbitral du sport [TAS]. Eto’o compterait alors ses amis sur les doigts d’une main », commente un proche de la Fecafoot sous le couvert de l’anonymat.

Belmadi soutenu par Tebboune

Le cas de Djamel Belmadi est fort différent. Le sélectionneur algérien, qui fêtera ses 46 ans le 25 mars, bénéficie d’une quasi immunité depuis la conquête de la CAN en 2019. Cette performance a fait de lui un véritable héros national et lui vaut d’être un coach très bien payé. Son salaire initial (60 000 euros) a été substantiellement revalorisé.

Depuis, l’Algérie a atteint le dernier tour des qualifications pour la Coupe du monde. Elle est en revanche passée totalement à côté de la dernière CAN, au Cameroun, en se faisant éliminer au premier tour. Pour un certain nombre d’observateurs, Belmadi tirera donc sa révérence en cas d’élimination. « Son objectif, c’est  la Coupe du monde, au Qatar. Je ne l’imagine pas continuer si l’Algérie perd, et cela même si, en juin, débuteront les qualifications pour la CAN 2023 », estime un proche de la sélection nationale.

Il y a de la nervosité dans l’air, et parfois pour pas grand-chose

Le ratage à la CAN n’a que peu entamé l’immense crédit dont jouit Belmadi. Pourtant, le climat s’est un peu rafraîchi depuis que la sélection est rentrée précipitamment du Cameroun. « Il y a de la nervosité dans l’air, et parfois pour pas grand-chose. Par exemple, quand la presse a révélé que la sélection allait faire un stage de quelques jours à Malabo avant de regagner le Cameroun, le coach s’est insurgé et la Fédération l’a soutenu, alors qu’il ne s’agissait pas d’une information explosive », ironise Yazid Ouahib, journaliste à El Watan.

« On ouvre le parapluie : si l’Algérie est éliminée, on nous expliquera que la préparation a été perturbée par ces révélations. En ce moment, on parle aussi de la nomination d’un arbitre botswanais [Joshua Bondo], de l’état de la pelouse du stade Japoma à Douala, etc. », poursuit Ouahib.

Le président algérien s’est mis en tête que son pays pouvait viser les demi-finales

Belmadi, qui peut compter sur le soutien de sa fédération, est également très en cour au plus haut sommet de l’État, même s’il a – diplomatiquement – tempéré les ardeurs d’Abdelmadjid Tebboune, le président de la République, qui s’est mis en tête que l’Algérie pouvait viser les demi-finales de la Coupe du monde.

Au mois de novembre dernier, alors que les Fennecs s’apprêtaient à affronter Djibouti et le Burkina Faso pour assurer leur qualification pour les barrages de la Coupe du monde et que des rumeurs faisaient état d’une démission de Belmadi, le président Tebboune avait dénoncé « des éléments internes, mais aussi extérieurs, visant à casser la sélection nationale et à atteindre le moral de Belmadi, via des sites mobilisés pour créer des problèmes à l’Algérie » – visant, sans le nommer, le Maroc. Depuis la CAN, le pouvoir algérien n’a jamais émis la moindre critique à l’encontre de Belmadi.