Politique

Angola-États-Unis : João Lourenço s’appuie sur des lobbyistes pour séduire Washington

Le gouvernement angolais dépense environ 4 millions de dollars par an auprès d’un cabinet de lobbying chargé d’obtenir le soutien des États-Unis à ses réformes financières.

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Par - (The Africa Report)
Mis à jour le 22 mars 2022 à 12:04

Le président angolais João Lourenço lors d’un discours au deuxième jour de la COP26 sur le climat, à Glasgow, le 2 novembre 2021. © ADRIAN DENNIS/POOL/AFP.

Après plus de quatre décennies de règne de son prédécesseur José Eduardo dos Santos, João Lourenço tente de remplacer la diplomatie des pétrodollars par les investissements directs étrangers. Une stratégie qui passe par les États-Unis. Dès juin 2019, le secrétaire de la présidence chargé des affaires diplomatiques et de la coopération internationale, Victor Manuel Rita da Fonseca Lima, a fait appel au cabinet de lobbying Squire Patton Boggs, basé à Washington. Objectif fixé par le gouvernement angolais : mettre le système financier de l’Angola aux normes internationales, augmenter les échanges commerciaux des États-Unis, attirer les investisseurs américains et améliorer la visibilité du pays outre-Atlantique.

>> À lire sur The Africa Report : US lobbying: Angola sells President Lourenço’s anti-corruption drive

Le contrat liant l’Angola à Squid Patton Boggs s’élève à 3,75 millions de dollars pour la période de juin 2021 à juin 2022, contre 4,1 millions la première année. Au sein du cabinet, c’est Robert Kapla, responsable de la direction des politiques publiques, qui est en charge du dossier.

Lourenço-dos Santos : duel de lobbyistes

L’une de ses missions est de mettre en avant la volonté affichée par João Lourenço de faire de la lutte contre la corruption une priorité. Et sur ce front le président angolais a porté une attention tout particulière à celle qui prévaudrait parmi les responsables du gouvernement précédent. Peu après sa prise de fonction, le nouveau chef de l’État a écarté les enfants dos Santos, Isabel et José Filomeno, qui dirigeaient respectivement la compagnie pétrolière Sonangol et le fonds souverain de l’Angola. À la fin de 2021, ces lobbyistes n’ont pas manqué de saluer la décision prise par le gouvernement de Joe Biden de marquer la Journée internationale de lutte contre la corruption en imposant des restrictions de visa à Isabel dos Santos et en sanctionnant deux proches de l’ex-président, Leopoldo Fragoso do Nascimento et Manuel Hélder Vieira Dias Junior.

Isabel dos Santos, de son côté, a également lancé une offensive à Washington. La fille de l’ancien président a versé plus de 2,2 millions de dollars à Robert Stryk, ancien conseiller de la campagne électorale de Donald Trump, et à sa société Sonoran Policy Group, qui la représente depuis 2019, via Terra Peregrin. Ce cabinet d’avocat de Lisbonne est lié à la société offshore Wise Intelligence, détenue par la famille dos Santos.

Squire Patton Boggs assiste également les avocats de l’État angolais aux États-Unis. L’Angola fait en effet face à une action au civil intentée par le producteur portugais d’électricité Aenergy. En cause : un contrat de 1,1 milliard de dollars pour des centrales électriques détenues par l’État que le gouvernement de João Lourenço a réattribué à l’entreprise General Electric en 2019. En mai dernier, l’Angola a remporté une victoire majeure dans cette affaire, lorsqu’un tribunal new-yorkais a estimé que les informations du département d’État américain, au sujet de la corruption dans le pays, étaient insuffisantes pour justifier un déplacement du procès aux États-Unis. « Les plaignants [la société Aenergy] ont sélectionné des informations parcellaires qui traitent de problèmes touchant les juridictions angolaises, a écrit le juge John Cronan, mais ils ne tiennent pas compte de certains aspects qui donnent une image plutôt meilleure de la justice en Angola. »

Attirer les investisseurs

Afin d’attirer davantage d’investissements américains, Luanda cherche par ailleurs à tirer parti de la diaspora africaine, en rappelant notamment que l’Angola a été le pays d’origine des premiers esclaves noirs déportés dans les colonies britanniques en 1619. João Lourenço a visité le Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines lors de sa visite à Washington. Le mois dernier, la municipalité d’Atlanta a reçu l’ambassadeur d’Angola, Joaquim do Espirito Santo, et a fait du 17 janvier la Journée de l’Angola pour honorer le « partenariat naissant » entre la ville et le pays.

Par le biais de ses lobbyistes, l’Angola souligne aussi son adhésion au programme environnemental de Joe Biden et a invité John Kerry, l’envoyé spécial des États-Unis pour le climat, à visiter le chantier de construction de la plus grande ferme photovoltaïque d’Afrique subsaharienne, dirigée par l’entreprise américaine Sun Africa.

Cette stratégie semble s’avérer payante. La campagne de lobbying de João Lourenço a commencé à porter ses fruits. Au cours de son premier déplacement en Afrique, en février 2020, le secrétaire d’État Mike Pompeo a ainsi fait l’éloge de son « travail formidable pour que la corruption devienne un lointain souvenir ». En marge de sa participation à l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre dernier – sa première visite à Washington depuis son élection – le président angolais a en outre eu un entretien à la Maison-Blanche avec Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale.

Lors de cet entretien, « Jake Sullivan a réaffirmé notre soutien à la reprise du dialogue stratégique entre les États-Unis et l’Angola, qui occupe une place centrale dans notre engagement, a écrit la Maison-Blanche dans un compte rendu de la rencontre. « Il a également insisté sur notre volonté de travailler avec l’Angola en faveur de nos intérêts communs dans les relations économiques, la lutte contre la pandémie de Covid-19, la sécurité régionale et maritime au bénéfice du peuple américain et angolais. »

136e au classement de Transparency

Pendant cette visite, João Lourenço a participé à une table ronde avec des représentants des États-Unis et de l’Angola, organisée par la Chambre de commerce américaine. En juin dernier, celle-ci a  lancé un groupe de travail rassemblant des représentants des deux pays pour mettre les priorités du secteur privé en haut de l’agenda de la coopération Angola-États-Unis. À la tête de ce groupe, on trouve Mamadou Beye, directeur général pour Chevron pour le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Amérique du Sud.

Signaux positifs, également, sur les marchés financiers. En février, l’agence de notation financière Standard and Poor’s a par ailleurs relevé la note de la dette angolaise à B-, faisant sortir le pays de la catégorie C, plus risquée, où elle l’avait placé précédemment.

Enfin, dans son rapport annuel publié début mars, Transparency International a constaté des « progrès notables » réalisés par l’Angola depuis une dizaine d’années. Mais l’ONG souligne également que l’opinion publique estime que « le président utilise la lutte contre la corruption comme [d’] une arme contre ses rivaux politiques ». L’ambassade d’Angola à Washington a affiché fièrement le classement de Transparency International sur son compte Twitter, le pays étant de l’Afrique celui qui a le plus progressé depuis cinq ans. Mais elle a omis de rappeler que l’Angola reste seulement à la 136e place, sur 180 dans l’Indice de perception de la corruption 2021 Transparency.