Économie

South African Airways : après la privatisation, le redécollage pour l’ex-géant africain des airs ?

La vente de 51 % de la compagnie nationale, en grande difficulté, au consortium Takatso a donné du fil à retordre au gouvernement sud-africain.

Par - à Johannesburg
Mis à jour le 21 mars 2022 à 15:53

Un appareil de la South African Airways (SAA) sur le tarmac de l’aéroport O.R. Tambo International de Johannesburg, le 23 septembre 2021. © Emmanuel Croset / AFP

En juin 2021, le ministère sud-africain des Entreprises publiques annonçait avoir sélectionné le consortium Takatso, composé de Harith General Partners et de Global Airways, pour acquérir 51 % des parts de South African Airways, la compagnie nationale en grande difficulté.

Et puis, plus rien pendant huit mois. Jusqu’à cette annonce gouvernementale, il y a quelques semaines, selon laquelle « le processus de vente et d’achat a maintenant été conclu et signé entre le ministère et le consortium Takatso. La prochaine étape concerne l’approbation de cette transaction par les différents organismes de réglementation. »

>> À lire sur The Africa Report : South Africa: Insiders reveal what delayed SAA sale deal

Aucun autre détail n’a été fourni. Sur la question des chiffres notamment, les parties au dossier ont refusé de communiquer en invoquant la confidentialité et la nature sensible du dossier.

Comptabilité opaque

« Le processus pour déterminer la valeur de la compagnie a été très long. S’agissant d’une entreprise publique, tout le monde avait quelque chose à dire. Mais ce type de négociation ne peut se faire en public », confie à The Africa Report/Jeune Afrique une source qui se félicite que tout soit maintenant « terminé et signé ».

Le caractère multiforme du groupe – composé de South African, de la compagnie low-cost Mango, en cours de sauvetage, d’AirChefs et de SAA Technical, la division technique – n’a pas aidé à évaluer le prix de l’entreprise.

Pas plus que la comptabilité du groupe, sur laquelle la compagnie a dû se pencher à nouveau. « L’audit de l’exercice 2018 est terminé. Nous travaillons maintenant sur les années 2019 et 2020, avant de nous intéresser à 2021 », expliquait début mars le directeur général du département des Entreprises publiques, Kgathatso Tlhakudi, aux parlementaires.

Le plus grand défi consiste à remettre en service toutes nos liaisons

Selon ce dernier, les liquidités de SAA restent limitées car « les 3,5 milliards de dollars nécessaires à la réalisation du plan de sauvetage de l’entreprise n’ont pas été débloqués par le gouvernement ».

Plus de souplesse pour un nouveau départ ?

Selon les informations de The Africa Report/Jeune Afrique, un nouveau conseil d’administration de SAA devrait être mis en place une fois les approbations réglementaires de l’Association internationale du transport aérien (Iata) et de la Commission de la concurrence obtenues, d’ici quelques mois. Cette dernière formalité, en particulier, devrait être simple, car « il ne s’agit pas d’une compagnie aérienne qui en rachète une autre, il n’y a donc pas de problème de concurrence », estime notre interlocuteur.

« Le nouveau conseil d’administration sera entièrement contrôlé par la nouvelle entité [le consortium Takatso] et plus par le gouvernement », précisent nos sources qui comptent sur cette administration privée pour « obtenir des décisions plus rapides et faire avancer les choses ».

« Le plus grand défi consiste à remettre en service toutes nos liaisons et à les rendre viables le plus rapidement possible. L’accent sera mis sur les liaisons africaines », assurent nos interlocuteurs.

Vols intérieurs et régionaux

« Nous n’assurons plus aucune des liaisons internationales  mais uniquement des vols intérieurs et régionaux vers Accra, Lusaka, Harare, Kinshasa, Lagos [et] Maurice », a confirmé Vimla Maistry, porte-parole de SAA qui n’a pas souhaité commenter le changement d’actionnariat. « Le département des Entreprises publiques reste l’actionnaire à 100 % pour le moment », a-t-il précisé.

La direction actuelle pourrait être reconduite « mais ce ce sera à eux de choisir s’ils veulent continuer dans les nouvelles conditions car dans le cadre du sauvetage de l’entreprise, les contrats et les anciens accords ne sont plus valables », ont expliqué nos interlocuteurs selon lesquels les négociations seront menées individuellement, « dans l’idée de garder le plus d’expertise possible ».

Du côté des autres personnels, « la purge a déjà eu lieu », rappellent nos sources qui ne s’attendent pas à de nouvelles pertes d’emplois – le volet technique est déjà passé de 6 000 à moins de 3 000 salariés.

Mango toujours à la recherche d’un partenaire

Les autres filiales du groupe SAA ont connu des sorts divers. « Nous avons transféré 2,3 milliards de dollars aux filiales. SAA Technical s’est restructuré sans que nous ayons à recourir au sauvetage d’entreprise. C’est désormais une entreprise beaucoup plus petite. Il en va de même pour AirChefs », selon Kgathatso Tlhakudi qui souligne « la bonne coopération des syndicats ».

Pour Mango en revanche, « nous avons dû faire appel à un spécialiste du sauvetage d’entreprises qui devra trouver un partenaire stratégique », a indiqué Kgathatso Tlhakudi.