Politique

Côte d’Ivoire : Facebook, YouTube & Cie dans le viseur du gouvernement

Face à la multiplication des fake news et des théories du complot, les autorités ivoiriennes veulent modifier le cadre juridique de la presse et de la communication audiovisuelle. Influenceurs, blogueurs et cyber-activistes craignent pour leur liberté d’expression.

Mis à jour le 18 mars 2022 à 10:41
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Entre flou artistique et procès d’intention, les rhéteurs en chef de la Côte d’Ivoire se toisent. D’un côté du ring, la langue de bois et les précautions diplomatiques des responsables de la régulation communicationnelle. De l’autre, la posture des « garnements » des nouvelles communications numériques. En jeu : l’encadrement renforcé de cette faune bigarrée composée de blogueurs incisifs, d’influenceurs branchés et d’activistes connectés…

Droit dans ses bottes, le gouvernement a adopté, le 9 mars en conseil des ministres, deux projets de loi qui concernent les acteurs de la communication. Ils modifient les lois n° 2017-867 et n° 2017-868 du 27 décembre 2017 portant « régime juridique de la presse et régime juridique de la communication audiovisuelle ». Les presque nouveaux supports numériques sont la cible de cette procédure, le but avoué étant d’« assurer une régulation efficiente des mécanismes nouveaux et croissants de communication publique ».

Incitations à la haine

Considérant les « activités de communication audiovisuelle et des productions d’informations numériques, diffusées par Internet et autres réseaux multimédias » insuffisamment prises en compte par la législation, les autorités souhaitent que celles-ci n’échappent plus au contrôle des autorités de régulation du secteur de l’information et de la communication, à savoir l’Autorité nationale de la presse (ANP) et la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA).

Pour le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, il n’y aurait pas de quoi hurler au loup. Primo, les réseaux propageraient encore trop de contenus inadaptés aux mineurs et trop d’incitations à la haine, à la discrimination ethnique, sociale et religieuse, à la xénophobie ou à la provocation publique. Secundo, le parlement ne devrait pas légiférer sans avoir écouté tous les sons de cloche.

La bonne vieille technique de suspension des réseaux sociaux fait son retour dans certains pays africains

Étouffer les voix discordantes ?

Alors qu’un flou entoure l’application concrète de ces mesures, lesdits sons de cloche se font déjà entendre du côté de blogueurs, d’activistes et d’influenceurs qui tiennent à l’indépendance que leur conférait jusqu’alors le réseau des réseaux. Les prolixes professionnels de Facebook ou de Youtube craignent de se voir appliquer brutalement et strictement les règles éthiques et déontologiques des professions journalistiques. Si la liste des condiments de la sauce à laquelle ils seront mangés semble encore nébuleuse, ils subodorent une atteinte à leur liberté d’expression.

S’il est vrai que les dérives du net font effectivement florès en Afrique, entre fake news, approximations informatives et théories du complot, nombre de régimes politiques du continent ont démontré, ces derniers mois, leur ambition d’étouffer les voix discordantes, qu’elles soient superflues ou pertinentes. En témoigne le retour, dans certains pays, de la bonne vieille technique de suspension – même temporaire – des réseaux sociaux. Qu’en sera-t-il en Côte d’Ivoire ? Qui bloguera verra…