Politique

Mali-Mauritanie : comment la crise diplomatique a été évitée

Après l’assassinat de citoyens mauritaniens au Mali, les présidents Mohamed Ould Ghazouani et Assimi Goïta se sont discrètement entendus pour éviter toute escalade entre leurs deux pays.

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Mis à jour le 17 mars 2022 à 12:10

Mohamed Ould Ghazouani et Assimi Goïta. © MONTAGE JA : Watt Abdel Jelil ; Francis Kokoroko/REUTERS

Il y a encore quelques jours, les tensions étaient vives entre Nouakchott et Bamako, après l’assassinat de plusieurs Mauritaniens les 5 et 6 mars au Mali voisin, dans la localité d’El Ataye, dans le cercle de Nara. Ce drame n’est pas isolé : sept commerçants avaient déjà été tués dans les environs le 17 janvier.

Les 11 et 12 mars, une mission malienne menée par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, s’est rendue à Nouakchott pour une opération déminage. Si le président Mohamed Ould Ghazouani a refusé de recevoir les émissaires de son homologue Assimi Goïta, ceux-ci ont néanmoins eu un entretien fructueux avec d’autres personnalités au sommet de l’État.

Opérations de surveillance

La délégation a été reçue par le ministre de l’Intérieur, Mohamed Salem Ould Merzoug, et le ministre de la Défense, Hanena Ould Sidi, ainsi que par le directeur général de la sûreté, Mesgharou Ould Sidi, et le chef d’état-major de la gendarmerie, Abdallahi Ould Ahmed Aïcha. Les envoyés maliens ont tout fait pour tenter de rassurer leurs interlocuteurs, après que l’ambassadeur du Mali à Nouakchott, Mohamed Dibassy, a été convoqué le 8 mars par le ministre mauritanien des Affaires étrangères, Ismail Ould Cheikh Ahmed, qui lui a fait part de « sa vive protestation contre des actes criminels récurrents. »

Selon nos sources, Bamako a accordé à l’armée mauritanienne un nouveau périmètre au Mali pour mener des opérations de surveillance. Des patrouilles communes ont également été mises en place et des couloirs sécurisés vont être créés pour permettre aux éleveurs de circuler dans la région. Les victimes seraient en effet pour la plupart des éleveurs partis ravitailler leur bétail, qui fuit chaque année le désert mauritanien pendant plusieurs mois pour aller paître au Mali.

Le nombre exact de personnes tuées n’est à ce jour pas connu. Un communiqué conjoint a seulement évoqué « un groupe de citoyens mauritaniens » et les autorités de Nouakchott refusent catégoriquement de s’exprimer sur cette affaire – contactées, elles n’ont pas donné suite à nos sollicitations.

Ni l’armée malienne, ni Wagner ?

Dès le lendemain, le 13 mars, Mohamed Ould Ghazouani et Assimi Goïta ont directement échangé à ce sujet par téléphone. Le Mali a ensuite annoncé l’interdiction pour les civils de circuler dans la zone frontalière et l’ouverture d’une enquête.

Officiellement, Nouakchott ne désigne aucun responsable, ni l’armée malienne, ni la société russe Wagner. « Aucune preuve ne met en cause les Forces armées maliennes qui respectent les droits humains et agissent toujours avec professionnalisme dans leur lutte contre le terrorisme », a de son côté déclaré le ministre malien de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, par ailleurs porte-parole du gouvernement, Abdoulaye Maïga. Comme le révélait Jeune Afrique le 12 mars, un rapport de la Minusma évoque toutefois l’implication de l’armée malienne et des mercenaires de Wagner dans le massacre d’une trentaine de personnes majoritairement issue de la communauté peule dans le cercle de Niono, début mars.

Visé par de lourdes sanctions économiques de la Cedeao, Bamako souhaite à tout prix éviter une escalade diplomatique. D’autant que, depuis le 25 février, c’est via le port de Nouakchott que la Compagnie malienne pour le développement des textiles exporte sa production de coton. La Mauritanie a également tout intérêt à ce que les tensions s’apaisent : ses quatre régions frontalières avec le Mali (Hodh Ech Chargui, Hodh El Gharbi, Assaba, Guidimaka) sont en effet très dépendantes économiquement de son voisin.