Économie

Banques : après le Maroc, l’Algérie sur la piste subsaharienne

Trois filiales de banques algériennes sont annoncées au Sénégal, au Niger et en Mauritanie. Une offensive modeste selon les professionnels d’un secteur où les établissements marocains ont pris de l’avance. Décryptage.

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Mis à jour le 17 mars 2022 à 12:25

Des dinars algériens, en novembre 2016. © Ramzi Boudina/REUTERS

C’était un vœu du président algérien, exprimé lors du sommet de l’Union africaine de février 2020 : insuffler une dynamique dans la coopération internationale de l’Algérie, en particulier avec les pays africains et le Sahel. Ce vœu a abouti quelques semaines plus tard à la création de l’Agence algérienne de coopération internationale dont la mission est de participer à l’élaboration et à la mise en œuvre de la politique de coopération du pays en matière économique, sociale, scientifique ou encore culturelle.

L’un des chantiers lancé dans ce cadre et porté par le ministre algérien des Finances devenu Premier ministre en 2021 Aymen Abderrahmane, est celui de l’établissement de représentations bancaires à l’étranger : d’où l’annonce dans la presse locale début mars de l’installation des trois principales banques publiques algériennes au Sénégal, au Niger et en Mauritanie.

Une agence de la Banque extérieure d’Algérie à Bejaia, en 2017. © ALLILI MOURAD/SIPA

Une agence de la Banque extérieure d’Algérie à Bejaia, en 2017. © ALLILI MOURAD/SIPA

Pourtant, que ce soit pour le Crédit populaire algérien (CPA), la Banque extérieure d’Algérie (BEA) ou la Banque nationale d’Algérie, les jeux ne sont pas encore faits. En effet, l’ouverture d’agences bancaires à l’international comme sur le territoire national, est encadrée par la réglementation des changes et soumise à autorisation de la Banque centrale, en l’occurrence du Conseil de la monnaie et du crédit piloté par Salah Eddine Taleb et présidé par Rosthom Fadli, le gouverneur de la Banque d’Algérie (BA).

Si le premier se félicite d’avoir autorisé « pas moins de 90 ouvertures d’agences durant l’exercice 2021 contre une soixantaine d’autorisations un an auparavant [au plus fort de la crise sanitaire] », le second temporise sur la question spécifique des ouvertures à l’étranger.

Les spécialistes s’interrogent sur la place encore disponible pour les banques algériennes

« Les textes sont en cours d’élaboration », précise Rosthom Fadli dans les colonnes du quotidien El Watan. Le gouverneur de la BA estime en effet que ces documents devraient être prêts au cours du second semestre de cette année. En d’autres termes, l’arrivée de nouvelles filiales subsahariennes des banques algériennes n’est pas à espérer avant fin 2022, voire début 2023.

Signal faible

Du côté des observateurs du secteur, l’enthousiasme est modéré. « Cette annonce est de l’ordre du symbolique, du diplomatique », constate un analyste bancaire qui souhaite garder l’anonymat. Un ancien banquier de la place d’Alger poursuit : « Les banques algériennes sont en retard par rapport aux événements – notamment sur le numérique – et par rapport aux banques marocaines », soulignant que trois filiales subsahariennes restaient un signal faible.

Sur ce dernier point, il est à noter en effet que, pour l’heure, aucun groupe bancaire algérien ne dispose de filiale à l’étranger, a fortiori, ailleurs en Afrique. Tout juste la Banque algérienne du commerce extérieure (BACE), détenue par la BA et le Fonds national d’investissement, est-elle enregistrée à Zurich, en Suisse. Ou encore la Banque algéro-libyenne, qui dispose d’une implantation à Paris.

En revanche, les trois premiers groupes bancaires marocains que sont la Banque centrale populaire (BCP), Attijariwafa Bank et BMCE Bank of Africa ont réalisé une incursion dès la deuxième moitié des années 2000 à international et en particulier, en Afrique subsaharienne.

Retard sur le voisin marocain

Ainsi, pour le groupe BCP, on dénombre quelque 28 pays d’implantation dont quatorze en Afrique. En Afrique subsaharienne, la banque populaire contrôle notamment Atlantic Business International (ABI), qui couvre l’ensemble des pays de la zone Union économique et monétaire ouest-africaine (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo), ainsi que le Cameroun. Le groupe marocain, dont la présence internationale est pilotée par Kamal Mokdad, dispose également de succursales en Guinée, en Centrafrique et à Maurice.

De son côté, Attijariwafa Bank a un pied dans douze pays subsahariens après le rachat de cinq filiales du Crédit agricole en Afrique de l’Ouest et centrale en 2008, ainsi que de la BIM au Mali, la CBAO au Burkina Faso et elle est aujourd’hui la première banque au Sénégal. BMCE Bank of Africa, présidée par Othman Benjelloun, a quant à elle pris le contrôle de BOA en 2011, un groupe bancaire né au Mali et présent dans six pays d’Afrique de l’Ouest, cinq pays d’Afrique de l’Est et de l’océan Indien, ainsi qu’en RDC, pour ce qui est du continent africain.

Face à l’emprise du marché bancaire subsaharien jugé comme « un relais de croissance » par les banques du royaume, les spécialistes s’interrogent sur la place encore disponible pour les banques algériennes. Il faudra attendre encore au moins six mois pour avoir les premiers éléments de réponse.