Économie

Cameroun : le FMI attend un nouvel audit sur la gestion des fonds Covid-19

L’institution internationale, qui a pris acte de l’analyse sur l’utilisation, en 2020, de ses financements destinés à la lutte contre la pandémie, attend un nouvel audit pour l’année fiscale 2021.

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Mis à jour le 17 mars 2022 à 10:58

Un centre de vaccination contre le Covid-19 au Musée national de Yaoundé, le 29 novembre 2021. © Daniel Beloumou Olomo / AFP

Le 16 novembre 2021, un rapport d’audit de la Chambre des comptes du Cameroun sur l’utilisation du Fonds spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le coronavirus livrait ses conclusions sur les soupçons de détournements qui défrayaient la chronique depuis le début de l’année 2021. Dans sa conclusion, la Chambre a fait trente recommandations, a décidé de l’ouverture de quatorze procédures pour faute de gestion et a transmis au ministère de la Justice douze dossiers susceptibles de revêtir une qualification pénale.

Dans un nouveau rapport consacré au Cameroun, le FMI – qui réclamait un audit indépendant sur la gestion de ces sommes avant toute conclusion d’un nouveau programme d’assistance économique destiné à ce pays – décrit trois types de dysfonctionnements. D’abord, l’absence d’une traçabilité centralisée des engagements et des paiements du Fonds spécial. Ensuite, l’opacité des conditions d’attribution des contrats spéciaux, propices aux abus. Enfin, la difficulté, pour les organes de contrôle, de collecter des informations comptables fiables.

Meilleure gouvernance

À la lumière du travail de la Chambre des comptes, le FMI a, dans une récente étude, salué  « l’engagement des autorités à renforcer la gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption ». D’autres travaux à réaliser sont détaillés, comme la rédaction d’un rapport d’exécution sur les dépenses 2021 liées au Covid-19, qui devra être publié d’ici à juin 2022.

En concertation avec les services du FMI, les autorités camerounaises devront également établir « un diagnostic des vulnérabilités de la gouvernance, y compris vis-à-vis de la corruption ». Ce diagnostic devra évaluer les fonctions d’État liées à l’activité économique : gouvernance fiscale, surveillance du secteur financier, régulation des marchés, respect du droit, lutte contre le blanchiment d’argent et contre le financement du terrorisme. La publication de cette étude est annoncée pour le mois de juin 2023.

Une surfacturation de 23 millions d’euros

Pour rappel, les investigations des magistrats chargés de l’audit de la Chambre des comptes ont pu établir qu’une entreprise, Mediline Medical Cameroon SA (MMC SA), a bénéficié d’un quasi-monopole en matière de fourniture d’équipements. Cette même entreprise est soupçonnée d’avoir surfacturé de 15,3 milliards de F CFA (23,3 millions d’euros) les tests de détection du Covid-19. Un stock de médicaments d’une valeur de 536 millions de F CFA a disparu des registres, aucune information sur la gestion des stocks de ces médicaments n’ayant été mise à la disposition de la Chambre des comptes. « Ces remèdes n’ont pas été pris en charge par le comptable-matières, et personne, au ministère de la Santé, n’a été en mesure de dire où ils sont entreposés », révèle le document.

Favoritisme, conflits d’intérêts, entorses à la réglementation…

La Chambre des comptes a également conclu qu’une somme de 288 millions de F CFA destinée à l’achat de 15 000 tests de dépistage rapide du Covid-19 a pu faire l’objet d’une « appropriation privée », au vu de « l’opacité entretenue » par l’exécutif dans la gestion de cette transaction. L’audit, dont une version non finalisée avait déjà « fuitée » en mai 2021, révèle d’autres cas de favoritisme, de conflits d’intérêts et de nombreuses entorses à la réglementation qui ont eu lieu dans la gestion des fonds destinés à la lutte contre le Covid-19.