Économie

Carburants : le Maroc cherche une parade à la hausse des prix

Le gouvernement, qui s’était engagé dans une réduction substantielle des subventions à l’énergie, est confronté à la colère des transporteurs.

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Mis à jour le 16 mars 2022 à 16:28

Des chauffeurs de taxi marocains protestent contre la hausse du prix de l’essence, le 7 mars 2022 à Rabat. © AFP

Le gouvernement marocain s’est réuni le 14 mars à Rabat pour discuter des solutions susceptibles d’aider les professionnels du transport à surmonter une conjoncture marquée par la fluctuation des prix des carburants. À l’issue de cette rencontre, il a été décidé que le gouvernement interviendra mais que sa contribution financière exacte reste « en cours d’étude ».

D’après les informations officielles, les modalités du soutien ainsi que les montants dont bénéficieront les professionnels du transport, seront établis « dans un délai de deux semaines ».

Plusieurs promesses

« Au cours des prochains jours, nous allons rencontrer de nouveau les professionnels et annoncer la nature de ce soutien. Nous travaillons également à la création d’une plateforme numérique pour en faciliter l’octroi aux professionnels qui en ont besoin », a précisé Mohamed Abdeljalil, ministre du Transport et de l’Équipement.

Adil Dahouki, vice-président de la Fédération marocaine du transport routier et des ports, a réagi en insistant sur le fait que les professionnels du transport attendent le soutien du gouvernement : « Nous percevons des indicateurs positifs et nous avons reçu des promesses pour faire avancer le secteur », a-t-il remarqué.

Ces derniers jours, la colère des transporteurs routier s’est exprimée bruyamment : ils ont manifesté du 6 au 12 mars, exigeant le plafonnement du tarif des carburants et des marges bénéficiaires des distributeurs d’hydrocarbures.

Baisse progressive

Selon les estimations du FMI, les subventions à l’énergie ont représenté 10,5 milliards de dirhams en 2019 (soit 9,7 millions d’euros) : en janvier dernier, l’institution financière se félicitait de la « suppression progressive » de ces subventions décidée par Rabat, anticipant une baisse progressive de cette enveloppe budgétaire à seulement 1,7 milliard de dirhams en 2022 et 500 millions d’ici à 2025…

En octobre dernier, lors d’une conférence de presse sur les hydrocarbures, le FMI avait appelé les différents gouvernements à ne pas avoir recours aux subventions énergétiques généralisées. « Nous ne recommandons pas les subventions énergétiques généralisées et les subventions aux carburants », avait déclaré Paulo Medas, chef de division adjoint au département des affaires budgétaires du FMI, en expliquant qu’elles sont « très coûteuses » pour les États et qu’elles profitent « aux ménages riches qui n’ont pas besoin de soutien ».

Du côté de l’exécutif marocain, nul doute qu’il sera rappelé aux équipes du Fonds que l’intervention prévue sur le carburant ciblera essentiellement les professionnels du secteur routier.

Du jamais vu

Dans l’ensemble, la hausse des cours du pétrole et des céréales pourrait coûter entre 1 % à 2 % de son revenu national annuel au Maroc, a indiqué le think-tank marocain Policy Center for the New South (PCNS) dans une note publiée en février dernier.

Depuis le début du mois de mars marqué par les hostilités entre la Russie et l’Ukraine, le litre d’essence sans plomb frôle les 13 dirhams (1,21 euro) et celui du gazole (diesel) tourne autour de 11 dirhams (1,02 euro), des niveaux records.

Après avoir atteint récemment un pic à plus de 130 dollars, le prix du baril de pétrole est redescendu autour des 100 dollars mais cela reste trop élevé. En effet, dans la loi de finances 2022, le gouvernement marocain misait sur un baril à 80 dollars. À noter que d’après les données de OEC World 2019, le pétrole raffiné est le premier produit importé par le royaume, à hauteur de 44,7 milliards d’euros/an. Le pays se fournit essentiellement en Espagne (8,4 milliards d’euros), en France (4,92 milliards d’euros), en Chine (4,06 milliards d’euros), aux États-Unis (3,15 milliards d’euros) et en Allemagne (2,33 milliards d’euros).

En plus du pétrole, le Maroc subit également les effets de la fermeture du Gazoduc Maghreb Europe. Les experts tablent également sur  augmentation du cours de cette ressource.