Économie
Si l’activité des champions africains du transport aérien, du tourisme et de l’automobile a été laminée par la crise, l’industrie des télécoms a, elle, montré sa résilience. Il en va de même pour certains géants des métaux comme la Snim, en Mauritanie. © Jeune Afrique

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Les 500 premières entreprises africaines en 2022

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Sékou Dramé (Sonatel) : « Nous voulons lancer Orange Bank au Sénégal cette année »

Résultats du groupe, pression fiscale sur les télécoms, concurrence de la start-up Wave, développement de nouveaux services financiers… Le directeur général du groupe sénégalais dévoile sa feuille de route 2022 et répond aux questions de Jeune Afrique.

Mis à jour le 28 avril 2022 à 12:28

Sékou Dramé, le directeur général de Sonatel, filiale d’Orange au Sénégal © Sonatel.

Pour Sonatel, 2021 aurait pu être marquée par le sceau des crises à répétition et leurs conséquences économiques : deuxième et troisième vagues de la pandémie de Covid, coup d’État au Mali, puis en Guinée, guerre des prix sur le secteur du mobile money. Mais les résultats financiers publiés fin février révèlent la résilience de la première filiale africaine d’Orange, présente au Sénégal, au Mali, en Guinée, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau.

Dirigé depuis bientôt quatre ans par le Sénégalais Sékou Dramé, l’opérateur télécom aux 38 millions de clients affiche cette année encore un chiffre d’affaires record, en hausse de 10% à 1 335 milliards de F FCA (2,04 milliards d’euros) et surtout, un résultat net de 252 milliards de F FCFA qui représente pour la première fois depuis 2016 quasiment 19% de ses revenus.

En exclusivité pour Jeune Afrique, son directeur général revient sur cet exercice si particulier et dresse la feuille de route 2022 de son groupe, qui attend l’accord de la commission bancaire pour lancer les services d’Orange Bank au Sénégal. Il prévoit aussi de nouveaux tests de la 5G auprès d’un échantillon de clients et se prépare à l’exploitation d’une ferme solaire au Mali.

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Jeune Afrique : Dans un environnement que vous qualifiez de plus en plus difficile, Sonatel a vu l’an dernier son chiffre d’affaires augmenter de 10 % et son résultat net de 25 %. N’y a-t-il pas là un paradoxe ?  

Sékou Dramé : Pas vraiment. Ces résultats sont sous-tendus par des investissements échelonnés sur plusieurs années qui nous ont permis de poursuivre l’extension de la couverture de nos réseaux et de nos services, notamment dans le domaine du haut débit.

Nous profitons des effets de la restructuration de notre dette, de nos investissements et de la digitalisation de nos processus

En 2021, nous avons en premier lieu pu bénéficier du rebond post-Covid des économies. Derrière ces résultats, concernant le résultat net notamment, on trouve aussi le fruit des actions de transformation engagées dans l’ensemble de nos pays pour gagner en efficacité et mieux maîtriser nos charges, y compris financières.

Nous profitons des effets de la restructuration de notre dette réalisée en 2020 grâce à un emprunt obligataire (100 milliards de F CFA), de nos investissements dans la technologie 4G (licences et réseaux) et de la digitalisation de nos processus, qui permettent une amélioration de l’expérience clients et des gains de productivité.

Ces bons résultats profiteront-ils à vos clients au travers d’une baisse des prix ?  

Selon une étude récente basée sur l’indice de la consommation réalisée au Sénégal, les services de télécommunication sont les seuls dont le prix baisse régulièrement – la même dynamique est à l’œuvre dans tous les pays où nous opérons. À titre d’exemple, Sonatel avait pris en 2016 l’engagement de diviser les tarifs de l’internet au Sénégal par deux d’ici à trois ans. Lorsque nous avions fait le bilan, nous nous sommes rendus compte que la baisse avait été de 83 %. Et ce mouvement se poursuivra en 2022. C’est à la fois le fruit de nos gains de productivité, mais également de la concurrence très dynamique qui caractérise le secteur des télécoms.

En 2021, sous la pression de la start-up Wave, vous avez dû revoir à la baisse prix de vos services de mobile money. Ne vous étiez-vous pas endormis sur vos lauriers ?  

Non, la concurrence a toujours été là. Ce qui est nouveau, c’est la disruption tarifaire introduite par cette fintech américaine. Nous avons objectivement pris le temps avant de nous ajuster, parce que ce n’est pas sans impact sur l’ensemble de l’écosystème au point que certains distributeurs n’arrivent plus à se rémunérer suffisamment. En moyenne 50 à 60% des revenus étaient reversés aux réseaux de distribution. Les prix ont été divisés par trois et notre revenu est aujourd’hui inférieur aux commissions que nous avions l’habitude de reverser.

Wave représente-t-elle un nouveau modèle appelé à se développer ?   

Cela peut sans doute inspirer d’autres acteurs, car le besoin en services financiers est bien là. Sur nos marchés, Orange Money compte plus de 21 millions clients. Dans ce contexte concurrentiel, tout l’enjeu sera de pouvoir proposer la meilleure expérience client, mais surtout d’enrichir notre portefeuille de nouveaux services dès 2022.

Justement, quand allez-vous lancer les services d’Orange Bank Africa sur les marchés de Sonatel ?  

Lancé en juillet 2020, Orange Bank Africa comptait plus de 700 000 clients en Côte d’Ivoire à la fin de l’année dernière. Nous voulons maintenant développer ses services au Sénégal. Nous avons déposé un dossier en ce sens auprès de la commission bancaire en mettant en avant, au-delà du respect des obligations réglementaires, notre capacité à contribuer à l’inclusion financière.

Depuis quelques années, Sonatel a fait de la production d’énergie l’un de ses axes de diversification. Vous produisez 7 % de l’énergie que vous consommez. Ambitionnez-vous un jour d’être autosuffisants ?  

Oui mais nous avons besoin d’un peu de temps. Le groupe Orange vise la neutralité carbone à l’horizon 2040. Nous déclinons cette ambition avec des rythmes plus ou moins rapides selon les pays. Au Mali, nous avons obtenu une autorisation pour un projet de ferme solaire. Elle permettra rapidement à Orange Mali de faire passer sa consommation d’énergie renouvelable de 6 % à 50 %.

Au Sénégal et en Guinée, nous équipons une partie de nos réseaux avec des panneaux solaires, ce qui permet sur les sites concernés de diviser notre consommation de fioul par deux. Nous sommes aussi présents dans le domaine des kits solaires que nous distribuons via un dispositif de location-vente (200 F CFA par jour) grâce à Orange Money dans les zones rurales au Mali, au Sénégal, en Guinée, en Sierra Leone et bientôt en Guinée-Bissau. À fin 2021, nous en avions vendu 31 000.

Vous débutez aussi avec le Sénégal des discussions concernant les licences et fréquences 5G. À quelle échéance vos clients pourront-ils profiter de cette technologie ?  

Notre ambition est de pouvoir mener un pilote commercial dès cette année. Les premiers tests étaient techniques afin de préparer le réseau. Maintenant, il s’agit de travailler sur des cas d’usage pour identifier les services qui ont du sens pour nos clients. L’ambition est de pouvoir ensuite proposer des offres commerciales en 2023 ou en 2024.

Directement et indirectement, Sonatel permet aux États des pays dans lesquels le groupe est présent de collecter 640 milliards de F CFA.  Cela facilite-t-il vos relations avec les gouvernements ? 

Tout à fait : 45 % de nos revenus sont reversés aux États, notamment au travers de taxes indirectes et directes. Force est de constater que cette contribution fiscale s’intensifie, avec malheureusement parfois une multiplication de taxes spécifiques au secteur des télécoms. On observe une augmentation toujours plus importante des redevances pour les fréquences et les licences.

En 2021, nous avons investi 214 milliards de F CFA dans nos cinq pays pour moderniser nos réseaux

À terme, cela pourrait diminuer d’autant notre capacité d’investissement, car nous évoluons dans un secteur très capitalistique. En 2021, nous avons investi 214 milliards de F CFA dans nos cinq pays pour moderniser nos réseaux, les densifier, étendre leur couverture et améliorer la qualité de service. Cela représente 16 % de nos revenus et n’inclut pas les coûts d’acquisition des licences et des fréquences.

L’arrivée au pouvoir de juntes militaires au Mali et en Guinée a-t-elle changé la manière dont vous travaillez avec les autorités de ces pays ?  

Non, en tant qu’entreprise, nous ne notons pas de changement particulier. Nous travaillons à avoir les meilleures relations possibles avec ces gouvernements. Lorsqu’il y a de l’instabilité, cela entraîne bien évidemment des difficultés mais en bonne intelligence avec l’ensemble de l’écosystème, nous nous efforçons de maintenir nos réseaux opérationnels, tout en garantissant la sécurité de nos salariés.

Au Mali, vous, ainsi que les autres opérateurs, êtes par ailleurs victimes de destructions de vos équipements…   

Malheureusement oui. Nous avons noté une accélération des actes de vandalisme et de sabotage qui affectent nos capacités à fournir nos services aux populations. En 2021, une trentaine de sites ont été détériorés, dont certains n’ont pas encore pu être remis en œuvre.