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Bernard Binlin Dadié

Écrivain ivoirien

Il fut une époque où sa plume rimait avec combats. Combat politique à l’époque où le Rassemblement démocratique africain (RDA), parti panafricain frappé d’ostracisme par le régime colonial, menait sa lutte pour l’émancipation. Combat culturel, surtout, pour celui qui, raillant les idéologies racistes, remerciait dans un poème célèbre son Dieu de l’avoir créé noir, car « le blanc est une couleur de circonstance, le noir la couleur de tous les jours ». Il a donné de lui-même l’image d’un patriote. À côté de ce Bernard Dadié-là se trouve un autre, celui des silences.
Celui qui a toujours refusé de se prononcer sur le concept d’ivoirité, même quand son pays a plongé dans le chaos. Neutralité ? Excès de prudence ? Mais il sait ce que c’est qu’être ivoirien. Il l’a dit en 1997 : « Pour moi, on est ivoirien lorsque, quand il y a le feu dans la maison, vous venez aider à l’éteindre. » Face à la crise ivoirienne, l’écrivain a choisi son camp : il préside le Congrès national de résistance pour la démocratie (CNRD), qui soutient le président Laurent Gbagbo. Déception pour ceux qui comptaient sur sa neutralité et le recours à sa « sagesse » en vue de la réconciliation nationale.

Bernard Binlin Dadié est né en 1916 à Assinie (sud-est de la Côte d’Ivoire). Fils d’un ancien combattant de l’armée française devenu planteur, il commence ses études à Grand-Bassam avant de les poursuivre, de 1928 à 1930, à l’École normale William-Ponty de Gorée, au Sénégal. À cette époque, William-Ponty était le creuset des élites noires de l’Afrique française destinées à l’enseignement. Son diplôme d’instituteur en poche, le jeune Dadié n’a d’autre perspective que l’enseignement. Mais, à partir de 1937 et jusqu’en 1947, il sera bibliothécaire-archiviste à l’Institut français d’Afrique noire (Ifan) de Dakar, qui deviendra plus tard l’Institut fondamental d’Afrique noire.
Après la fondation, en 1946, à Bamako, du Rassemblement démocratique africain (RDA), sous l’impulsion de l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny et du Soudanais Mamadou Konaté, parmi d’autres, Dadié entre au comité directeur. Chargé de la presse et de la propagande, il s’engage alors dans un journalisme militant pour dénoncer les injustices du système colonial. Membre du Parti démocratique de la Côte d’Ivoire (PDCI), il est arrêté en 1949 et en 1952. Mais c’est surtout comme écrivain que Dadié se fait remarquer dès les années 1950. Poète, nouvelliste, romancier, conteur, dramaturge, il est l’auteur d’une vingtaine de livres dont les plus connus sont La Ronde des jours, Afrique debout !, Climbié, Les Jambes du fils de Dieu, Monsieur Thôgô-Gnini, Béatrice du Congo, Légendes africaines, Un Nègre à Paris, Carnet de prison Ce dernier titre raconte son expérience carcérale à une époque où, pour l’administration française, les militants du RDA sont de dangereux communistes. Au centre de cette uvre, des préoccupations permanentes : revaloriser sa culture, montrer le choc subi par l’Afrique dans sa rencontre avec l’Occident.

Écrivain reconnu, il sera également chef de cabinet au ministère de l’éducation nationale, directeur des services de l’information, directeur des beaux-arts et des traditions populaires, directeur des affaires culturelles De 1977 à 1986, il est ministre de la Culture de Félix Houphouët-Boigny, tout en se définissant de façon particulière : « ni houphouétiste ni antihouphouétiste, mais RDA ». Aujourd’hui, à 90 ans, il n’a rien perdu de sa combativité. Président du Congrès national de résistance pour la démocratie (CNRD), un aréopage de personnalités où il côtoie notamment Simone Gbagbo, la première dame, qui en est la secrétaire générale, Bernard Dadié défend une certaine idée de la Côte d’Ivoire. Celle qui refuse de subir le diktat de la France, accusée de vouloir renverser Laurent Gbagbo. L’écrivain et ses amis se battent pour le respect de la Constitution ivoirienne, d’où émane la légitimité du pouvoir actuel, tout le reste, pour eux, n’étant que gesticulations et tentatives de recolonisation du pays. ¦

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