Politique

RDC : Joseph Kabila peut-il maintenir Emmanuel Ramzani Shadary à la tête du PPRD ?

Le secrétaire exécutif du parti de Kabila pourrait bientôt faire les frais d’une réorganisation interne. Mais il reste concentré sur la préparation des élections de 2023, convaincu d’avoir conservé la confiance de l’ancien président.

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Par - à Kinshasa
Mis à jour le 15 mars 2022 à 16:05

Emmanuel Ramzani Shadary© DR Emmanuel Ramzani Shadary © DR

Pour Emmanuel Ramazani Shadary, il y a un avant et un après. L’avant, ce sont ces quelques mois qui précèdent l’élection de la fin 2018. Ayant finalement renoncé à briguer sa propre succession, Joseph Kabila a fait de lui son dauphin. Entre août et décembre, le secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) se prend donc à rêver de cette présidence que le raïs ne semblait pas vouloir lâcher. Les mauvaises langues affirment déjà qu’il ne sera qu’une marionnette entre les mains de l’ancien chef de l’État, mais il n’en a cure. Il est tout près du but.

L’après, ce sont ces journées d’interminable contestation qui suivent le 9 janvier 2019 et la proclamation des résultats par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Officiellement, Emmanuel Ramazani Shadary arrive en troisième position derrière Félix Tshisekedi et Martin Fayulu. Le candidat de la Coalition Lamuka est convaincu qu’on lui a volé la victoire, Ramazani aussi. Mais ce dernier est beaucoup moins audible et rares sont ceux qui lui apportent leur soutien.

Déclarations incendiaires

Les premiers mois, il se fait discret. C’est lorsque d’irréconciliables dissensions apparaissent au sein de la coalition qu’ont formée Tshisekedi et Joseph Kabila qu’il sort de sa réserve, offensif et tonitruant. En janvier 2020, Ramazani se fait remarquer en déclarant que son parti n’hésitera pas à paralyser le pays si quoi que ce soit de fâcheux devait arriver au président du conseil d’administration de la Gécamines, Albert Yuma, éclaboussé dans une affaire de détournement de fonds.

Le 27 juin 2020, il donne de nouveau de la voix. Costume noir et index menaçant, il martèle devant des militants surexcités : « Je le dis, on ne peut nous intimider ! » La veille, il a obtenu la libération de Célestin Tunda Ya Kasende, le ministre PPRD de la Justice. Celui-ci a été interpellé par la police après avoir écrit au Parlement – sans en informer le gouvernement – pour approuver une série de réformes judiciaires proposées par sa famille politique, au grand dam de Félix Tshisekedi.

Nous demandons que Félix Tshisekedi cesse de voyager. Qu’il s’occupe du peuple !

Depuis, la rupture entre le Front commun pour le Congo (FCC), dont fait partie le PPRD, et Cap pour le changement (Cach, la coalition de Tshisekedi) a été consommée. Et Emmanuel Ramazani Shadary, qui était membre du comité de suivi de l’accord passé entre les deux entités, ne s’est pas adouci.

« Nous allons continuer jusqu’à ce que les incompétents comprennent que le peuple veut se prendre en charge, lance-t-il le 6 novembre dernier à l’occasion d’une manifestation. Des incompétents pareils, des microbes politiques ! [C’est une] dictature que nous n’avons jamais connue, une dictature qui dépasse celle de Mobutu. » Plus tard, réagissant aux nombreux déplacements à l’étranger du chef de l’État, il ajoute : « Nous demandons qu’il cesse de voyager. Qu’il s’occupe du peuple ! »

Au sein du PPRD, il est toutefois de plus en plus contesté. Un cadre de sa formation lui reproche aussi bien « ses propos incendiaires [que] son manque de stratégie ».

En étroite collaboration avec Kabila

Si Emmanuel Ramazani Shadary a refusé de répondre aux questions de Jeune Afrique, son entourage tente de minimiser ces divisions. « Elles ne sont que l’expression normale de la démocratie au sein du parti, affirme un de ses proches. Le secrétaire permanent demeure serein. »

L’ancien dauphin conserve en outre la confiance de Joseph Kabila, assure notre interlocuteur. Et ce malgré la défaite, malgré les revers. « Ramazani est persuadé qu’il est arrivé devant Félix Tshisekedi à l’issue du scrutin de décembre 2018. C’est le président Kabila qui a pesé de tout son poids pour que, finalement, les choses se passent comme elles se sont passées, confie-t-il. C’est lui qui a fait pression pour qu’il soit présent lorsqu’un accord a été conclu avec Tshisekedi et pour qu’il le soit aussi le jour de la passation de pouvoir. Shadary, lui, pensait que Tshisekedi aurait dû être son Premier ministre. » Mais la relation entre l’ancien président et l’homme auquel il a officiellement confié les clés de son parti n’en a pas souffert. « Aujourd’hui comme hier, ils travaillent en étroite collaboration en vue des prochaines élections », répète un proche de Ramazani.

Joseph Kabila ne compte plus sur l’ancienne classe, il veut du renouveau

Bientôt la réorganisation ?

Fragilisé par le départ de plusieurs de ses cadres qui ont adhéré à l’Union sacrée (mise sur pied après la fin de la coalition FCC-Cach), le PPRD et le FCC cherchent toujours une manière d’aborder les scrutins de 2023. Selon nos informations, le parti n’a pas l’intention d’aller aux élections avec l’actuelle Ceni, laquelle est considérée comme trop proche du pouvoir. « Il y aura confrontation si Tshisekedi veut forcer les choses », prévient un cadre du PPRD.

Des consultations ont en outre été lancées en interne, mais Joseph Kabila n’a toujours pas tranché et la réorganisation des troupes se fait attendre. « Le président ne compte plus sur l’ancienne classe, il veut du renouveau », glisse une personnalité qui a ses entrées chez lui. Ramazani Shadary pourrait-il en faire les frais ? « Il n’aura peut-être pas un rôle apparent au FCC, mais au PPRD, il sera encore là », croit savoir l’un de ses partisans. En attendant, il demeure le porte-étendard du parti. Au début du mois de mars, il a procédé à la nomination de plusieurs secrétaires exécutifs dans les provinces. Et en décembre dernier, c’est lui qui a choisi d’exclure Didi Manara au motif qu’il avait accepté de devenir le deuxième vice-président de la Ceni à l’insu du parti.