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Combien sont-ils ?

Quel est leur nombre ? Deux millions ? Cinq millions ? Dix millions ? Avancer des chiffres sur les populations noires en France est un exercice à haut risque. Déjà pour une raison évidente : la loi interdit toute indication de race ou de couleur – ainsi que de religion – dans les statistiques officielles. Et puis, dans ce pays où les métissages sont nombreux, comment décider qu’untel est noir et pas blanc ? La remarque s’applique particulièrement aux Antilles et aux autres départements d’outre-mer où les brassages humains ont été depuis longtemps particulièrement importants.
La France est la seule ancienne puissance coloniale à avoir gardé dans son giron des territoires disséminés aux quatre coins du monde. Et ceux-ci ne pèsent pas pour rien dans son bilan démographique. Selon l’Institut national de statistique et des études économiques (Insee), les départements d’outre-mer (DOM) totalisaient quelque 1 832 000 habitants au 1er janvier 2006 : 784 000 pour la Réunion, 447 000 pour la Guadeloupe, 399 000 pour la Martinique, 202 000 pour la Guyane. À supposer que 80 % des « domiens » puissent être considérés comme des « Noirs », cela donne environ 1 500 000 personnes.
À quoi il faut ajouter tous les originaires des DOM établis en métropole, ainsi que leurs enfants. Selon diverses estimations, leur nombre peut être évalué à 1 million d’individus. Ainsi les Noirs de l’outre-mer pourraient-ils atteindre le chiffre de 2,5 millions, soit près de 4 % de la population de la France entière (63,4 millions d’habitants au 1er janvier 2007). On exclut de ce décompte les 700 000 habitants des collectivités d’outre-mer (Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna).
Le dénombrement des populations d’origine subsaharienne n’est pas moins délicat. Ce n’est que par une série de tâtonnements que l’on peut arriver à une estimation. Selon le recensement de 1999, le nombre d’immigrés subsahariens séjournant légalement en France s’élevait alors à un peu plus de 393 000, soit 9,1 % de la population immigrée (4,3 millions). Mais, en 2006, l’Insee a publié une étude indiquant que les « natifs d’Afrique subsaharienne » étaient 570 000 en juillet 2004. Un bond de 45 % en cinq ans ? En fait, même si la poussée migratoire a été importante au cours des dernières années, l’Insee, après avoir dû admettre que le nombre des Subsahariens avait été nettement sous-estimé en 1999, a corrigé le tir.
Selon la nomenclature française, les enfants d’immigrés nés sur le sol français ne font pas partie de la catégorie des immigrés, et cela quelle que soit leur nationalité. Ils ne font donc l’objet d’aucune comptabilité particulière. On peut se faire une idée de leur nombre grâce à l’indice de fécondité des femmes subsahariennes. Il a certes baissé au cours des dernières années, pour s’établir à 3,5 enfants par femme (contre 2 en moyenne pour l’ensemble de la population française), mais il a longtemps été comparable à ceux observés en Afrique (5 et plus). Au total, les Africains nés en France sont probablement près de 1 million.
À ces Africains ayant pignon sur rue, si l’on peut dire, s’ajoutent ceux de l’ombre : les clandestins. Selon de bonnes sources, le « stock » total des immigrés sans-papiers en France est d’environ 500 000. Combien de Subsahariens parmi eux ? La moitié peut-être, soit quelque 250 000 personnes.
Ainsi, en additionnant les immigrés légaux, leurs enfants et les clandestins, on arrive à un total proche de 2 millions. Ajouté aux 2,5 millions de « domiens », cela donne quelque 4,5 millions de Noirs en France, soit 7 % de la population totale. Près de la moitié d’entre eux sont des électeurs. De quoi intéresser les partis politiques.

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