Politique

Maroc : entre Vahid Halilhodzic et Hakim Ziyech, une brouille à rebondissements

Le sélectionneur des Lions de l’Atlas ne pardonne pas à la star une attitude qu’il juge désinvolte. La star ne pardonne pas au sélectionneur ses attaques dans les médias. En coulisses, la Fédération de football tente de réconcilier les deux hommes.

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Mis à jour le 16 mars 2022 à 12:24

Hakim Ziyech et Vahid Halilhodzic. © Montage JA; Ronan Houssin/Panoramic ; Dave Shopland/Shutterstock/SIPA

Une sélection nationale qui ambitionne de participer à une Coupe du monde peut-elle se passer de l’un de ses meilleurs joueurs ? Pour Vahid Halilhodzic, la réponse est OUI. « Aimé Jacquet en 1998 et Didier Deschamps en 2018 ont été champions du monde en se privant de grands joueurs [Éric Cantona, David Ginola et Jean-Pierre Papin en 1998, Karim Benzema en 2018, ndlr]. Je ne suis donc pas le premier à le faire », a récemment déclaré Vahid Halilhodzic à propos de Hakim Ziyech.

Entre le sélectionneur bosnien du Maroc, 69 ans, et le milieu de terrain de Chelsea (Angleterre), 28 ans, le dialogue est rompu. Mais les ponts ne sont pas coupés. Absent lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) au Cameroun, Ziyech a annoncé, le 8 février, sa retraite internationale.

Mais les Lions de l’Atlas doivent affronter les Léopards de la République démocratique du Congo (RDC) pour une place au Qatar, et les supporters marocains souhaitent, dans leur grande majorité, le retour de l’ancien joueur de l’Ajax Amsterdam pour cette échéance. Ils l’ont même fait savoir verbalement au sélectionneur.

Comportement inapproprié

Au mois de septembre, Halilhodzic avait expliqué pourquoi il n’avait pas convoqué Ziyech pour affronter le Soudan (2-0) et la Guinée (le match avait été reporté en raison du coup d’État dans ce pays, ndlr) pour la qualification au Mondial.

« En refusant de s’entraîner et de travailler lors des deux derniers rassemblements en mars et juin, il n’a pas eu le comportement que l’on attend d’un joueur de la sélection, en particulier d’un leader. La sélection est au-dessus de tout. Je ne veux pas prendre le risque de faire exploser le groupe. »

Le technicien, qui ne transige pas avec la discipline, a ajouté que Ziyech avait prétexté une blessure pour refuser d’entrer en jeu à lors d’un match amical, mécontent de ne pas avoir été titularisé. Ziyech avait répondu en conseillant à coach Vahid « de dire la vérité la prochaine fois ».

Très discret dans les médias, le milieu de terrain offensif se serait toutefois arrangé pour laisser fuiter dans la presse locale son intention de revenir en sélection à condition que son meilleur ennemi ne soit plus sur le banc des Lions de l’Atlas.

Et comme on pouvait s’y attendre, Halilhodzic n’a pas retenu Ziyech pour disputer la CAN au Cameroun. Un choix conforté par les résultats obtenus lors du deuxième tour des qualifications pour la Coupe du monde, durant lequel les Marocains ont remporté leurs six matchs, inscrivant 20 buts.

Les supporteurs réclament Ziyech

L’élimination du Maroc par l’Égypte (1-2) en quart de finale de la Coupe d’Afrique des nations a relancé le débat autour du cas Ziyech. Lors d’un match de Ligue des champions de la CAF à Casablanca, puis à l’occasion du derby de Rabat entre le Fath Union Sport (FUS) et les FAR, des supporters ont interpellé Halilhodzic, puis scandé le nom du joueur du club londonien.

« Mais c’est lui qui ne veut plus jouer en sélection », a rétorqué le Bosnien, rappelant que Ziyech, le 8 février, avait déclaré à la chaîne AD Sports, basée à Abou Dhabi, qu’il mettait un terme à sa carrière internationale.

La pression s’est accentuée sur le sélectionneur, fragilisé depuis une CAN jugée décevante. En coulisses, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) tente de convaincre les deux hommes d’assouplir leurs positions, une mission que Fouzi Lekjaa, président de l’instance, espère mener à bien.

Le dirigeant s’était déjà personnellement impliqué lors d’une brouille entre Ziyech et Hervé Renard, le prédécesseur de Halilhodzic. Avec un certain succès, puisque les deux hommes avaient fini par se reparler en juin 2017.

Si Ziyech revient, il faudra que lui et le coach trouvent la bonne attitude pour ne pas alourdir le climat

« Je pense qu’il y travaille, mais de manière très discrète. Au Maroc, il est courant qu’un conflit entre deux personnes s’apaise parce que des intermédiaires respectés y ont œuvré », veut croire l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports (2009-2011) Moncef Belkhayat.

« Il ne s’agit de rien d’autre que d’un conflit d’ego. En tant que supporter des Lions de l’Atlas, j’estime que le Maroc doit pouvoir compter sur ses meilleurs joueurs, car il y va de l’intérêt supérieur de la sélection et du drapeau national.

Je crois qu’il est encore possible de mettre fin à cette situation. La fédération agit dans ce sens, et je crois que si d’anciens joueurs respectés s’impliquent et discutent avec Ziyech, tout cela se terminera devant une bonne tasse de thé. »

Kharja en médiateur

Selon le média arabophone Al Mountakhab, Houcine Kharja, ancien capitaine du Maroc (39 ans, 78 sélections), aurait contacté les deux principaux acteurs de ce feuilleton à rebondissements, avec l’accord de Lekjaa.

Les résultats de cette médiation seraient plutôt encourageants, puisque le nom de Ziyech pourrait apparaître sur la liste que le sélectionneur annoncera le 17 mars en vue de la double confrontation avec la RDC.

« Je connais bien Kharja, et il a toute la légitimité pour cela. En tant que supporteur des Lions, j’espère que cela aboutira. Ziyech et Halilhodzic ne sont pas obligés de partir en vacances ensemble, mais ils doivent avant tout penser aux intérêts supérieurs du football marocain », conclut Moncef Belkhayat.

« Si Ziyech revient, il faudra que lui et le coach trouvent la bonne attitude pour ne pas alourdir le climat au sein de la sélection », prévient un ancien international ayant exigé l’anonymat. Réponse imminente…