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Si l’activité des champions africains du transport aérien, du tourisme et de l’automobile a été laminée par la crise, l’industrie des télécoms a, elle, montré sa résilience. Il en va de même pour certains géants des métaux comme la Snim, en Mauritanie. © Jeune Afrique

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Les 500 premières entreprises africaines en 2022

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Maroc : Mohamed Bouzoubaâ et TGCC, les secrets d’une ascension

En trois décennies, cet ingénieur de formation a fait d’une PME familiale un groupe côté en Bourse, considéré dans le royaume comme l’un des leaders du BTP.

Mis à jour le 28 avril 2022 à 10:29

À la fin de 2021, trente ans après sa création, TGCC a fait une entrée fracassante à la Bourse de Casablanca avec l’ambition de lever 600 millions de dirhams. © Naoufal Sbaoui pour JA.

En 1991, Mohamed Bouzoubaâ décidait de se lancer seul à l’assaut du BTP en créant la société Travaux généraux de construction de Casablanca (TGCC) dans le garage de sa maison. Trente ans plus tard, à la fin de 2021, « son bébé » faisait une entrée fracassante à la Bourse de la capitale économique du Maroc ; signant ainsi l’unique IPO de l’année, appuyée par Hicham Naciri, avocat attitré du royaume. But de la manœuvre ? Lever 600 millions de dirhams (environ 55 millions d’euros) – soit 13,94 % du capital social post-IPO –, pour deux raisons.

D’abord, permettre à Mediterrania Capital Partners (MCP) – un consortium d’investisseurs basé à Malte – de céder une partie de ses participations dans l’entreprise (300 millions de dirhams). Pour rappel, MCP s’est engagé auprès de TGCC en 2018 afin de soutenir ses plans d’expansion et de l’amener à un niveau supérieur de croissance : une mission accomplie. Ensuite, augmenter les capacités financières de TGCC (300 millions de dirhams) pour renforcer sa présence sur le continent africain, étendre son processus de verticalisation et diversifier ses activités (augmenter les ouvrages d’art, se lancer dans la construction de barrages et d’ouvrages maritimes).

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Après une année 2020 compliquée, crise sanitaire oblige, TGCC a donc repris des couleurs et consolidé sa structure financière : en 2021, le groupe affiche un produit d’exploitation à 3,684 milliards de dirhams – une hausse de 61,7 % par rapport à l’année précédente –, un chiffre d’affaires de 1,384 milliards de dirhams pour le dernier trimestre de 2021, en hausse de 66,1 % par rapport à la même période de 2020 ; et un endettement ramené à 352 millions de dirhams, contre 818 millions à la fin de 2020, ce qui représente une diminution de 56,9 %.

Plus d’un millier de projets et 8 000 employés

Dans les milieux financiers, on évoque « une très belle boîte, qui n’en finit pas de monter ». C’est simple, « il n’y a plus seulement la SGTM, dirigée par Ahmed Kabbaj, numéro un du BTP au Maroc, qui a eu le monopole des grands chantiers sous Hassan II et jusqu’au début des années 2000, il faut maintenant compter avec TGCC, le numéro deux », constate un analyste. En public, les deux patrons évitent soigneusement de se croiser, mais, en coulisses, chacun scrute avec attention les projets de l’autre. Pour parfaire la dramaturgie, Mohamed Bouzoubaâ a « appris le métier » au sein même de la SGTM, qu’il a intégrée en tant que cadre en 1985, avant de prendre son destin en main à l’âge de 31 ans.

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À l’époque, ce natif de Fès (1960), Casablancais d’adoption, est frais émoulu des Ponts et Chaussées (Paris), une tradition dans l’élite économique marocaine. Sur les bancs de l’école, il côtoie d’autres futures personnalités du monde des affaires et du microcosme politique : Omar Abbarou, directeur général délégué de Ciments du Maroc ; Saâd Berrada, PDG de Michoc, membre du Rassemblement national des indépendants (RNI) et du conseil d’administration du groupe Afriquia, détenu par Aziz Akhannouch (actuel chef du gouvernement) ; Mohamed Boussaïd, lui aussi membre du RNI et ex-ministre de l’Économie et des Finances ; Adil Douiri, PDG de Mutandis ; ou encore Omar Bounjou, directeur général du groupe Attijariwafa Bank.

Ultrarigoureux, prompt à s’entourer des meilleurs, le PDG est loué pour son intégrité

Lorsqu’il décide de lancer sa « petite PME » à l’orée des années 1990, c’est son ami Saâd Berrada qui lui confie ses premiers chantiers. Puis tout s’accélère : le stade de Fès en 1999, les trois aérogares de Marrakech, Fès et Tanger en 2006… Un millier de projets depuis sa création et 8 000 employés.

Bâtisseur nouvelle génération

« Le grand public et les journalistes ont réellement découvert TGCC à partir de 2016-2017, lorsque la société a récupéré des chantiers spectaculaires lancés par le roi Mohammed VI : les grands théâtres de Rabat et de Casablanca, et la fameuse tour Mohammed-VI, de Salé, qui aurait dû être le fruit d’une collaboration sino-marocaine. C’est finalement TGCC qui s’occupe de tout. Les Chinois ont été impressionnés par le niveau d’expertise de la société. Celle-ci a aussi une branche dans l’immobilier, avec du logement social ou des villas, et, là encore, elle a très bonne presse auprès des consommateurs, contrairement à un autre concurrent, Addoha », explique un journaliste économique.

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Ultrarigoureux, prompt à s’entourer des meilleurs, Mohamed Bouzoubaâ est loué pour son intégrité. « Son IPO le prouve, entrer à la Bourse c’est faire preuve de transparence, de façon régulière. Il y avait déjà des cimentiers, des promoteurs, mais un bâtisseur, c’est une grande première », précise un financier. Sur le ton de la confidence, nombreux sont ceux qui le décrivent comme un « type clean, un bâtisseur « nouvelle génération » ; très différent des personnalités qu’on a l’habitude de rencontrer dans ce milieu ». C’est aussi un grand amateur de peintres marocains, proche des milieux artistiques, au point d’y avoir consacré une fondation, l’Artorium, inaugurée en 2017.

Il compte faire d’Abidjan le « hub » de ses activités subsahariennes.

Le « boss » de TGCC, dont la direction financière est assurée par son épouse, Fatima Zohra, s’appuie également sur un réseau de grands décideurs extrêmement puissants : Othman Benjelloun, président de BMCE Bank of Africa, « qui lui a confié l’œuvre de sa vie », Moulay Hafid Elalamy, fondateur du groupe Saham, membre du RNI et ex-ministre de l’Industrie ; et ses anciens camarades d’études, particulièrement bien implantés sur le continent (Attijariwafa, Mutandis…), qui l’ont introduit au Gabon et en Côte d’Ivoire – où TGCC a ouvert deux filiales dès 2014 –, puis au Sénégal, dans le sillage des grandes tournées africaines du souverain marocain. En Côte d’Ivoire, TGCC gère notamment le chantier de la Grande mosquée Mohammed-VI et a récemment décroché la construction de quatre hôpitaux militaires alors qu’il était en concurrence avec un groupe local.

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Face à la baisse de la commande publique, Mohamed Bouzoubaâ avait prédit dès 2018 que le levier de croissance de TGCC se trouverait « au sud du Sahara ». Dans un futur proche, il compte d’ailleurs faire d’Abidjan le « hub » de ses activités subsahariennes, et vise un nouveau pays, le Cameroun, dont le ministère de l’Habitat a déjà sollicité son expertise en matière de logements sociaux.


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