Politique

Bruits de bottes

La résurgence d’un vieux contentieux territorial entre les deux pays pourrait dégénérer en conflit armé.

Par - Dominique Mataillet
Mis à jour le 2 juin 2008 à 13:16

Deux soldats sont assis à deux pas l’un de l’autre sur un monticule surplombant une étendue de mer. Leurs mains sont fermement accrochées à un fusil-mitrailleur. Un petit tas de pierres les sépare. La scène n’aurait rien d’extraordinaire si les deux militaires n’appartenaient pas à deux armées sur le pied de guerre et si le semblant de muret ne symbolisait pas le différend territorial qui oppose leurs deux pays, Djibouti et l’Érythrée. Ras-Doumeira, la zone contestée, ne représente que quelques arpents de terre stérile. Mais sa situation sur le détroit de Bab el-Mandeb, à l’embouchure de la mer Rouge, lui confère une position hautement stratégique.
Une incursion de l’armée éry­thréenne en territoire djiboutien, le 16 avril, a réveillé un conflit qui a déjà tourné à deux reprises, en 1996 et en 1999, en affrontement armé. Si une médiation de la Ligue arabe a permis de calmer le jeu, la tension reste très vive. D’autant que les troupes d’Asmara campent à l’intérieur même du territoire convoité où elles ont creusé des tranchées. Comme souvent en Afrique, les limites entre les deux pays n’ont jamais été précisément fixées. En 1901, la France et l’Italie, les deux puissances coloniales de l’époque, avaient signé un accord selon lequel la zone de Ras-Doumeira ne pourrait être administrée par un pays tiers. Mais rien n’était dit sur la question des frontières.
Les deux pays avancent chacun leurs arguments. Djibouti évoque pour sa part un traité de 1897 entre l’Éthiopie et la France aux termes duquel Ras-Doumeira était clairement français. Sûres de leur droit, les autorités djiboutiennes, qui ont saisi le 6 mai le Conseil de sécurité des Nations unies, ont pourtant tout à craindre d’un voisin dont le bellicisme a fait bien des ravages dans la Corne de l’Afrique. Depuis l’indépendance du pays, en 1993, l’armée érythréenne a successivement affronté le Yémen (pour le contrôle des îles Hanish), un mouvement rebelle soutenu par le Soudan, puis l’Éthiopie. De 1998 à 2000, la guerre avec cette dernière pour la possession de la zone de Badmé a fait plus de 100 000 morts. Non seulement le contentieux entre les deux pays n’est pas réglé, mais il s’est déplacé en Somalie, où Asmara soutient en sous-main les Tribunaux islamiques, qui s’opposent à l’intervention éthiopienne.
Un nouveau conflit armé dans la région aurait des conséquences incalculables. Et d’abord pour l’Éthiopie, qui dépend pour une bonne part du port de Djibouti pour ses approvisionnements. Ceci explique peut-être cela.