Politique

George W. Bush fait des progrès en agriculture

Par - Alain Faujas
Mis à jour le 2 juin 2008 à 13:16

C’est un président américain soucieux de la cohérence de la politique internationale de son pays et pas démagogue pour deux sous qui s’est révélé en ce mois de mai. Mais oui, à huit mois de la fin de son mandat, George W. Bush a agi en chef d’État en opposant, le 21 mai, le second veto de sa présidence à la loi de programmation agricole, dite « Farm Bill », votée par le Sénat et la Chambre des représentants, le 15 mai, et qu’il a jugée « irresponsable ».
Ce fait d’armes étonnant mérite qu’on s’y arrête, car les intérêts en jeu débordent les frontières des États-Unis et font sentir leurs effets jusqu’au Burkina et au Mali.
L’Amérique a toujours chouchouté ses agriculteurs. Cette prévenance se concrétise tous les cinq ans dans une loi qui dresse la liste des aides qui leur sont consenties. Le Congrès a donc voté en mai ce monument de la vie parlementaire américaine. Le terme de « monument » n’est pas trop fort pour un texte qui prévoit 289 milliards de dollars de dépenses. Les deux tiers de cette somme colossale iront aux programmes alimentaires (« Food Stamps ») réservés aux Américains les plus pauvres.
Mais ce soutien déguisé aux agriculteurs n’est pas le seul outil financier. 40 milliards de dollars serviront à compenser les chutes des cours des matières premières agricoles ou à subventionner des productions structurellement déficitaires, par exemple des cultures en zones arides ou les agrocarburants. Trente autres milliards de dollars seront utilisés pour dédommager les exploitants agricoles qui placeront leurs terres en jachère ou qui investiront dans la protection de l’environnement.

George W. Bush a vigoureusement critiqué le Farm Bill voté par les parlementaires démocrates – Barack Obama et Hillary Clinton en tête – tout autant que par les républicains – mais pas par John McCain.
« Dans un contexte de prix alimentaires élevés et de revenus agricoles records, ce texte ne fait preuve ni de réformes ni de discipline budgétaire, s’est-il plaint. Il maintient les subventions aux plus riches et accroît de 20 milliards de dollars les dépenses, tout en dissimulant une grande partie de cette hausse grâce à des artifices budgétaires. » Le président juge « irresponsable d’augmenter les taux des subventions pour les cultures et d’octroyer des financements qui fausseront encore plus les marchés ».
M. Bush, qui a avantagé les Américains les plus fortunés par sa politique de réduction d’impôts, aurait voulu limiter l’octroi de subventions aux agriculteurs ayant des revenus inférieurs à 200 000 dollars par an. Le Congrès a placé la barre à 750 000 dollars. Bush pourfendant les riches : qui l’eût cru ?
Il y a plus grave que l’atteinte à l’orthodoxie budgétaire ou que le gaspillage de fonds publics dans cette dérive préélectorale. Avec leur éternelle ignorance du reste du monde, les parlementaires américains viennent de se livrer à une véritable provocation vis-à-vis de la communauté internationale.

Voilà un an que les responsables des négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) demandent aux États-Unis de réduire leurs subventions agricoles de quelque 22 milliards de dollars par an à une fourchette de 13 à 16 milliards pour faciliter le commerce international. En les accroissant, les élus américains viennent de compliquer la délicate négociation du cycle de Doha qui repose sur une diminution concertée des subventions américaines et européennes. Ils font fi des condamnations répétées des États-Unis par l’organe des conflits de l’OMC, notamment dans le domaine du coton.
En autorisant la reconduction de ces subventions, le Farm Bill trahit l’hypocrisie de l’Amérique. Celle-ci se fait gloire de distribuer des céréales – achetées à un bon prix aux fermiers du Midwest – aux populations affamées du globe, mais elle contribue à maintenir dans la misère les cotonculteurs africains, empêchés de toucher la juste rémunération de leur travail par des prix mondiaux du coton maintenus artificiellement bas par les subventions américaines.
Fraîchement converti à l’équité, George W. Bush n’a, hélas, aucune chance d’en imprégner la politique agricole de son pays : son veto ne pèse rien face à la majorité des trois quarts obtenue par le Farm Bill au Congrès.