Politique

Grogne au CDP

Fragilisé par les critiques internes, le Congrès pour la démocratie et le progrès pourrait aussi être concurrencé par l’émergence d’un nouveau mouvement présidentiel.

Par - Jean-Baptiste Marot
Mis à jour le 2 juin 2008 à 13:16

Rumeurs, tensions et grincements de dents. Depuis quelques semaines, une certaine inquiétude règne au sein du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, au pouvoir). Alors que le Premier ministre, Tertius Zongo, longtemps considéré comme un second couteau, s’apprête à fêter, le 4 juin, son premier anniversaire à la tête du gouvernement, les caciques du parti, sur la défensive, se demandent même s’ils entrent encore dans les plans de l’exécutif Pressentiment fondé ou fantasme injustifié ? À l’heure où le bruit court que l’entourage présidentiel préparerait François Compaoré à succéder éventuellement à son frère Blaise en 2015, d’aucuns pensent que la méfiance des cadres du CDP est justifiée.
Le 25 avril, six membres des instances dirigeantes du parti ont adressé une lettre ouverte à leur président, Roch Marc Christian Kaboré, dans laquelle ils dénoncent une « dérive autoritaire et sectaire » de leur formation. Une première dans l’histoire du CDP, réputé pour sa discipline Après l’éviction du gouvernement de Salif Diallo, numéro deux du parti, il n’en fallait pas plus à certains militants pour dénoncer, cette fois, une stratégie visant à fragiliser le premier d’entre eux.
L’affaire intervient, en effet, un mois seulement après le limogeage de l’ex-ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques – et premier vice-président du CDP -, qui passait aussi pour l’un des plus fidèles lieutenants du chef de l’État. Un départ mal vécu par les pontes du CDP, qui n’ont pas hésité à faire part de leur désapprobation en adoptant un comportement quelque peu inattendu « Comment expliquer autrement les félicitations adressées par le bureau politique national du parti à Salif Diallo, le 5 avril ? Cela va à l’encontre de la décision du palais. Quand on se sépare d’un ministre, c’est généralement parce qu’il n’apporte plus satisfaction ! » analyse Augustin Loada, directeur exécutif du Centre pour la gouvernance démocratique, un observatoire de la vie politique burkinabè.
Alors que la prochaine élection présidentielle, prévue pour 2010, semble jouée d’avance, cette succession d’événements vise, selon certains observateurs, à déstabiliser le CDP. « Grâce à sa nouvelle stature de Âfaiseur de paix en Côte d’Ivoire et au Togo, le président s’estime assez fort pour se passer du soutien de son parti. Il compte désormais sur son aura personnelle et sur la mobilisation des associations pour assurer sa réélection », explique Serge Théophile Balima, directeur de l’Institut panafricain d’étude et de recherche sur les médias, l’information et la communication (Ipermic), qui fait référence, entre autres, à la réactivation de la Fédération pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (Fedap/BC), le 19 avril dernier. « À terme, l’objectif est de se débarrasser des caciques du régime susceptibles de s’opposer à sa Âdérive monarchique », ajoute Cheriff Sy, directeur de la publication de l’hebdomadaire Bendré, évoquant la mise en orbite éventuelle de François Compaoré.
Du côté du CDP, on ne laisse rien transparaître. Pour Kaboré, les récents événements ne traduisent en rien une « crise profonde » du parti. Pour l’opposition non plus d’ailleurs : « Dans une formation construite sur les décombres de treize partis, ces mouvements d’humeur sont inévitables. Ils sont le fait d’individus frustrés issus d’un mouvement qui a rallié le CDP lors de sa création, avance Me Bénéwendé Sankara, président de l’Union du renouveau/Mouvement sankariste (Unir/MS). Je ne crois pas non plus à une disgrâce de Salif Diallo. Son limogeage relève plutôt d’un arrangement avec le chef de l’État. Il n’a jamais été aussi populaire que maintenant ! »
À Ouaga, le bruit court que Diallo pourrait devenir très prochainement ambassadeur du Burkina en Inde. Histoire peut-être de se ressourcer ? Si l’hypothèse se confirmait, il rejoindrait alors les anciens Premiers ministres Youssouf Ouédraogo (1992-1994), Kadré Désiré Ouédraogo (1996-2000) et Ernest Paramanga Yonli (2000-2007), respectivement nommés conseiller spécial du président de la Banque africaine de développement (BAD) et ambassadeurs du Burkina en Irlande et aux États Unis.