Politique

Tchad : pourquoi Goukouni Weddeye a été débarqué du pré-dialogue

Le 9 mars, le gouvernement de Mahamat Idriss Déby Itno a retiré à l’ex-président l’organisation des pourparlers avec les groupes politico-militaires, en préalable au dialogue national prévu en mai à N’Djamena. Le processus pourrait encore prendre du retard.

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Mis à jour le 11 mars 2022 à 10:02

L’ancien président tchadien Goukouni Weddeye en 2015, à N’Djamena © PHILIPPE DESMAZES/AFP

L’annonce aura surpris jusqu’au sein même du comité chargé de l’organisation du pré-dialogue avec les groupes politico-militaires tchadiens. Alors que celui-ci doit s’ouvrir le 13 mars à Doha, au Qatar, ledit comité et son président, l’ancien chef de l’État Goukouni Weddeye, ont été tout simplement remerciés. Le Premier ministre, Albert Pahimi Padacké, a officialisé par décret la décision du président de la transition, Mahamat Idriss Déby Itno, mercredi 9 mars.

Désaccords avec le Qatar

Une équipe de 25 membres a été nommée pour remplacer le comité Weddeye et sera placée sous la direction du ministre des Affaires étrangères, Chérif Mahamat Zène. Officiellement, elle est chargée de poursuivre le travail effectué et de parvenir à la signature à Doha d’un protocole d’accord avec les groupes rebelles invités au Qatar. « L’annonce a été faite brutalement, mais cela fait un moment que la situation était mauvaise », explique un proche de l’ex-comité.

Weddeye n’avait pas les coudées franches. Les Qataris ont fini par s’en agacer

Un temps annoncé en janvier, le pré-dialogue avait ainsi été plusieurs fois retardé en raison de désaccords entre les autorités qataries – qui le financent – et les hommes de Goukouni Weddeye. Moutlaq Al Qahtani, le Monsieur Afrique du ministère qatari des Affaires étrangères, se serait en effet plaint à plusieurs reprises de problèmes d’organisation constatés chez ses interlocuteurs tchadiens.

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« Weddeye n’avait pas les coudées franches. On le laissait négocier mais d’autres, au sein du Conseil militaire de transition, le court-circuitaient souvent. Les Qataris ont fini par s’en agacer », confie notre source auprès du comité. Un autre observateur proche de la présidence tchadienne tempère : « Goukouni a amené les anciens rebelles à la table des négociations. Il avait le profil pour cela. Maintenant qu’on est dans la phase de signature, il faut un membre du gouvernement. »

Cherif Mahamat Zène à la manœuvre

En réalité, Cherif Mahamat Zène a pris en partie le dossier en main depuis plusieurs semaines. Fin février, il a rendu visite aux Qataris pour tenter de régler les problèmes d’organisation. Doha estimait que N’Djamena conviait un trop grand nombre d’ex-rebelles et souhaitait restreindre le nombre d’invités. Mais le gouvernement de transition a tenu bon, sur ordre de Mahamat Idriss Déby Itno.

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La date du 13 mars est-elle compromise ? Les autorités tchadiennes ont officiellement communiqué sur celle-ci mais les préparatifs (billets d’avion, visas, hébergement) ne seraient pas tout à fait achevés. Plusieurs anciens chefs rebelles auraient également des doutes sur leur participation, alors que Goukouni Weddeye ne devrait pas être présent à Doha. Mahamat Zène l’a invité mais l’ancien président assure avoir décliné.