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La croissance à petits pas

Malgré une timide relance de l’activité, de bonnes récoltes et l’appui de ses partenaires financiers, le pays reste parmi les plus pauvres de la planète. Pourquoi le décollage se fait-il attendre ?

Par - Frédéric Lejeal
Mis à jour le 2 juin 2008 à 13:16

Le Mali possède peu de ressources mais il les exploite dans un environnement favorable, ce qui, en soi, est déjà une performance. Pour preuve, il continue d’être noté « B » sur le moyen terme par l’agence londonienne Standard & Poor’s en dépit des revendications touarègues dans le Nord et de la menace que la résurgence de cette rébellion fait peser sur la stabilité du pays, par ailleurs fortement dépendant des aléas climatiques. Depuis 2005, la croissance est dynamique, malgré un tassement à 4,1 % en 2007 contre 5,3 % en 2006, en raison du recul des productions aurifères à 52,7 tonnes contre 58,2 en 2006 (voir pp. 84-85). Le niveau d’activité industrielle demeure soutenu grâce aux investissements privés et publics, notamment dans les infrastructures et le secteur primaire.
Le pays figure d’ailleurs parmi les quarante premières destinations des investissements directs étrangers (IDE) dans le monde. Ces derniers ont atteint 224 millions de dollars en 2005, avant de se stabiliser à 185 millions en 2006 et 2007. Ces résultats s’expliquent en partie par l’enracinement démocratique et l’image positive dont jouit désormais le Mali. Ces deux facteurs justifient un soutien fort de la communauté internationale à travers une Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC), signée en juin 2004 avec le Fonds monétaire international (FMI), pour 14,6 millions de dollars. La FRPC s’est achevée en octobre dernier sur un satisfecit mesuré du fonds qui, tout en notant des progrès, suggère la poursuite des réformes structurelles, en particulier en matière de fiscalité.
Fort des résultats enregistrés, à commencer par le maintien de l’inflation en deçà de 2,5 %, le gouvernement devrait signer un nouvel accord dans le courant de l’année, permettant ainsi de conforter le dynamisme de l’économie tout en améliorant l’environnement des affaires.

Contraintes structurelles
Sur ce dernier point, l’héritage de l’ère Moussa Traoré se fait toujours sentir dans le fonctionnement et l’organisation des administrations. Le rapport Doing Business de la Banque mondiale relègue régulièrement le Mali à la fin de son classement annuel. D’autres motifs d’inquiétudes existent. Classé au 173e rang sur 177 pays listés dans le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), le pays ne parvient pas à corriger ses contraintes structurelles, d’où ses faibles progrès en matière de développement : 72 % des 14 millions de Maliens vivent en dessous du seuil de pauvreté et l’économie demeure structurellement dépendante de la pluviométrie. Comme le montrent les variations des productions céréalières et, surtout, cotonnières, qui ont été bonnes ces deux dernières années (à plus de 350 000 tonnes), mais dont la vulnérabilité est réelle. L’avenir de deux entreprises est particulièrement préoccupant en raison de leur poids : il s’agit, d’une part, de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT), dont la privatisation doit aboutir courant 2008 – avec l’éclatement de la filière en quatre zones dévolues aux privés -, et, d’autre part, d’Énergie du Mali (EDM), acteur historique de la distribution d’eau et d’électricité, laquelle accumule les dettes depuis le retrait, en octobre 2005, du français Bouygues, qui en assurait la gestion. À eux seuls, ces dossiers cristalliseront la capacité des autorités maliennes à pérenniser les acquis et les avancées observées ces dernières années. Certains projets en cours dans le domaine énergétique, à l’instar de l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire, devraient les y aider. Comme la plupart des autres pays de la sous-région, l’énergie sera le principal défi du second mandat du président ATT.