Politique

Côte d’Ivoire : le cas Drogba et l’impossible élection à la tête de la FIF

Prévue le 23 mars, la désignation du nouveau président de la Fédération ivoirienne de football a de nouveau été reportée. Cette fois, ce sont les textes encadrant les candidatures qui posent problème. En toile de fond : l’hostilité de certains clubs à l’égard de l’ancien attaquant.

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Par - à Abdijan
Mis à jour le 14 mars 2022 à 17:00

Didier Drogba à Abidjan, le 30 août 2019. © LEGNAN KOULA/EPA/MAXPPP

C’est l’histoire d’un feuilleton qui n’en finit pas et qui, à chaque épisode, réserve son lot de mélodrames et de rebondissements, sans plus craindre de tomber dans le vaudeville. Dans la soirée du 8 mars, le Comité de normalisation de la Fédération ivoirienne de football (FIF) a annoncé « la suspension du processus électoral » prévu le 23 mars et à l’issue duquel la FIF devait connaître l’identité de son nouveau président.

Problème : cette élection aurait dû avoir lieu en 2020 et c’est justement pour tenter de sortir de l’impasse que la Fédération Internationale de football Association (Fifa) et la Confédération africaine de football (CAF) avaient mis sur pied un comité de normalisation, qui s’est de fait substitué au comité exécutif de la fédération. Depuis, clubs et candidats s’écharpent sans parvenir à trouver de solution, l’intervention de la CAF et de la Fifa n’y ayant rien fait.

Trois candidats

Trois candidats lorgnent la succession de Sidy Diallo à la tête de la FIF : Didier Drogba, ex-international ivoirien, mais aussi Idriss Diallo, un ancien vice-président de la FIF réputé proche de feu Hamed Bakayoko, et Sory Diabaté, ancien patron de la Ligue professionnelle de football. Et aucun ne semble prêt à renoncer.

Pourquoi l’élection a-t-elle de nouveau été reportée ? La faute à un profond désaccord quant aux règles permettant de se porter candidat. Les 25 et 26 février, les clubs de Ligue 1 et 2 et de Division 3 se sont réunis en assemblée générale à Abidjan et ont décidé, à la majorité, d’instaurer un système de parrainage. Désormais, un candidat devra, pour se présenter, recevoir le soutien formel de huit membres actifs de la FIF : trois clubs évoluant en Ligue 1, deux en Ligue 2, deux clubs de Division 3 et d’un groupement d’intérêts du football.

Un mode de fonctionnement qui ne convient ni à la Fifa ni à la CAF, lesquelles ne se sont pas privées de le faire savoir à la FIF dans un courrier envoyé le 4 mars et signé de Fatma Samoura, secrétaire générale de la Fifa, et de Véron Mosengo-Omba, son homologue à la CAF. « Tel que rédigé, l’article 47 alinéa 3 des nouveaux statuts non seulement maintient un système de parrainage que la CAF et la Fifa souhaitaient à l’origine exclure, mais il prévoit [aussi] un parrainage avec catégorisation », regrettent-ils. Cette disposition, ajoutent-ils, pourrait « facilement octroyer un pouvoir de blocage excessif aux membres affiliés évoluant en Ligue 1 », lesquels pourraient « s’entendre pour empêcher un candidat […] d’accéder à la présidence de la FIF ».

Des règles anti-Drogba ?

Une chose est sûre : les nouveaux statuts adoptés fin février obscurcissent l’avenir de Didier Drogba, qui se heurte depuis le début à l’animosité des clubs ivoiriens. Plusieurs lui reprochent notamment un intérêt tardif pour le football local. D’autres affirment qu’il leur avait assuré, alors qu’il prenait sa retraite sportive et s’installait durablement à Abidjan, qu’il ne convoitait pas la présidence de la FIF. Drogba et ses proches en sont convaincus : c’est pour l’empêcher de se porter candidat que ces règles ont été adoptées.

Aujourd’hui, la Fifa suggère que les clubs ivoiriens se réunissent de nouveau en assemblée générale, mais ceux-ci refusent. « Nous avons travaillé pendant plusieurs heures sur ces textes qui ont été endossés par le comité de normalisation, rétorque un soutien d’Idriss Diallo, qui fut d’ailleurs proche de Drogba autrefois. Et le comité n’avait rien trouvé à y redire. »

Une personnalité haut placée de l’État ivoirien a même suggéré à l’ancien joueur de prendre du recul – autrement dit, de jeter l’éponge

En attendant, à Abidjan, le bras de fer se durcit. La CAF et la Fifa sont accusées d’ingérence et de partialité. Mariam Dao Gabala, la présidente du comité de normalisation, est elle-même soupçonnée de faire le jeu de Drogba. Les tensions suscitées par la candidature de ce dernier sont telles qu’elles débordent sur la sphère politique. Une personnalité haut placée de l’État ivoirien a même suggéré à l’ancien joueur de prendre du recul – autrement dit, de jeter l’éponge. Pour l’instant, elle n’a pas été entendue. Pas plus que ceux qui réclament la dissolution du comité de normalisation, lequel a été incapable de proposer une solution consensuelle.

Une issue est-elle encore possible ? Une délégation conjointe est attendue ce week-end à Abidjan. Elle sera menée par Sarah Solemane, directrice de la gouvernance à la Fifa, et Véron Mosengo-Omba pour la CAF. Ce sont eux qui avaient mis sur pied le comité de normalisation, et ils espèrent aujourd’hui relancer les négociations avec les clubs ivoiriens.