Politique

Gabon : entre prises de guerre et retours en grâce, Ali Bongo Ondimba réorganise son camp

Jean Eyeghe Ndong, Marcel Abeke, Léon Nzouba, Félicité Ngoubili, Yves-Fernand Manfoumbi… Tous n’étaient pas en rupture de ban mais tous font leur retour au cœur du pouvoir en intégrant le Haut-commissariat de la République ou en se voyant confier un ministère stratégique. Analyse à 18 mois de la prochaine présidentielle.

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Mis à jour le 10 mars 2022 à 10:58

Ali Bongo Ondimba, en 2021 © Communication Présidentielle

Méfiez-vous de l’eau qui dort. En l’espace de quelques jours seulement, Ali Bongo Ondimba (ABO) a procédé à une large revue des troupes qui a surpris tout le monde. Évictions, retours en grâce d’anciens barons du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), promotions, arrivées de nouvelles têtes, dont certaines issues de l’opposition… À un an et demi de la prochaine présidentielle, le chef de l’État met peu à peu en place son équipe, même si petites et grandes manœuvres sont loin d’être terminées.

Premier épisode, le 4 mars. La composition du Haut-commissariat de la République, qui compte douze membres, est enfin dévoilée. Cette structure, lancée en septembre 2021, a pour mission « d’engager, dans le cadre des prérogatives reçues du président de la République, le suivi, l’observation et le relais de son action politique ; d’interagir avec les institutions et les acteurs de la vie publique sur la stabilité et les modalités de maintien des valeurs démocratiques » – dixit le communiqué du conseil des ministres de l’époque. En d’autres termes, elle est là pour assister le chef de l’État dans ses fonctions.

« Resurrection »

À sa tête, Michel Essongue, fidèle conseiller d’Omar Bongo Ondimba (OBO) resté discrètement aux côté de son fils depuis son élection en 2009. Quatre hauts-commissaires l’épaulent. Parmi eux, Jean Eyeghe Ndong, ancien Premier ministre d’OBO et farouche adversaire d’ABO, qui avait soutenu Jean Ping lors de la présidentielle de 2016. Sept mois après son retrait de la Coalition pour la nouvelle République (plateforme de l’opposition) et son tête-à-tête avec le chef de l’État, retour dans le rang donc pour cet ancien poids lourds du PDG, et belle prise de guerre pour ABO.

Autre « résurrection », celle de l’ancien ministre des Travaux publics, de la Santé et même de l’Éducation nationale, Léon Nzouba. Lui aussi est nommé haut-commissaire après son retrait de la vie politique consécutif à son cuisant échec lors des législatives de fin 2018. Marcel Abeke, ex-grand patron de la Comilog, également en rupture de ban depuis 2016 et son rapprochement avec l’opposition, fait lui aussi son grand retour.

Le 8 mars, les têtes ont valsé au sein du gouvernement de Rose Christiane Ossouka Raponda

Deuxième épisode, le 8 mars. Ce jour-là, c’est au sein du gouvernement de Rose Christiane Ossouka Raponda que les têtes ont valsé et que de nouvelles figures ont fait leur entrée. Exit Carmen Ndaot (Promotion des investissements, Partenariats publics-privés), Biendi Maganga Moussavou (Agriculture), Prisca Nlend Koho (Affaires sociales), Edgard Anicet Mboumbou Miyakou (Communication), Sosthène Ossoungou (Budget) et Mathias Otounga Ossibadjouo (Décentralisation). Et bienvenue à Jean-Pierre Doukaga Kassa et Jean-Norbert Diramba, deux figures des Démocrates, un parti d’opposition dirigé par l’ex-président de l’Assemblée nationale et ancien soutien de Jean Ping, Guy Nzouba Ndama.

Autre changement marquant, la nomination de Félicité Ngoubili, jadis ambassadrice à Paris, à la tête du stratégique ministère de la Défense. Elle remplace à ce poste Michaël Moussa Adamo, très proche d’ABO depuis près de trente ans, qui reprend les rênes des Affaires étrangères. À souligner aussi, le retour d’Yves-Fernand Manfoumbi, placé au Commerce, et l’arrivée de Pascal Houangni Ambouroue à la tête de l’exposé ministère de la Communication, alors qu’il gérait jusqu’ici le Tourisme.

Au Gabon, en matière de carrières et d’appartenance politique, rien n’est jamais définitif. A fortiori à l’approche d’une échéance cruciale.