Économie

Céréales : l’Algérie veut compter sur son « stock de sécurité »

Le gouvernement assure avoir assez de réserves pour « satisfaire tous les besoins des citoyens de manière régulière ». Est-ce le cas ? La réponse en chiffres.

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Mis à jour le 10 mars 2022 à 12:18

Récolte de blé dans la région de Berrouaghuia, au sud-ouest d’Alger. © Ramzi Boudina/REUTERS

En déplacement dans la wilaya (région) de Souk Ahras, à la pointe nord-ouest du pays, le ministre algérien de l’Agriculture et du Développement rural, Mohamed Abdelhafid Henni est revenu sur les « fortes pressions existant au niveau du marché mondial » des céréales, rapporte l’agence officielle APS (Algérie Presse Service), alors que le conflit en Ukraine fait rage. L’Ukraine a produit en moyenne 67 millions de tonnes de céréales (dont 26 millions de dollars de blé) par an au cours des cinq dernières années. Tandis que la production russe était en moyenne de 304 millions de tonnes de céréales par an (dont 143,4 millions de tonnes de blé), selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Les deux pays sont parmi les cinq plus grands producteurs mondiaux de céréales.

« Le ministre a indiqué que l’Algérie disposait d’un “stock de sécurité” de céréales qui lui permet de satisfaire tous les besoins des citoyens de manière régulière, soulignant que la campagne moisson-battage se déroule généralement entre juin et juillet, ce qui, selon lui, assurera l’approvisionnement normal en céréales malgré la crise mondiale actuelle », rapporte le média officiel. Le dirigeant algérien n’a cependant pas fourni de données sur le volume actuel des stocks dans le pays.

L’impact de la sécheresse

Dans les faits, l’Algérie a importé en moyenne plus de 12 millions de tonnes de céréales par an au cours des cinq dernières années, alors que la production annuelle était d’environ 4,92 millions de tonnes, dont 3,3 millions de tonnes de blé. En 2021, les épisodes de sécheresse qui ont frappé l’Afrique du Nord ont affecté la production de céréales.

En Algérie, « la production céréalière totale en 2021 est estimée à 3,5 millions de tonnes, ce qui est inférieur à la moyenne quinquennale et environ 38 % de moins que l’année précédente », rapporte la FAO. Toujours selon l’organisation internationale, « le pays importe du blé de France, du Canada, d’Allemagne, des États-Unis d’Amérique, d’Espagne et du Mexique. Pour la première fois depuis 2016, la fédération de Russie a expédié du blé en Algérie en juin 2021 ».

Selon un rapport coproduit par le Global Agricultural Information Network (GAIN, réseau mondial d’information agricole) et le ministère américain de l’Agriculture, la consommation de blé de l’Algérie était de 11,37 millions de tonnes entre juillet 2020 et juin 2021. Pour la FAO, les stocks de céréales de l’Algérie ont progressé de 5,6 millions de tonnes en 2017 à 6,7 millions de tonnes en 2020. Ils ont par la suite reculé de -6 % à 6,3 millions de tonnes en 2021, selon les estimations de l’organisation, qui prévoit une chute à 5,1 millions de tonnes en 2022.

Stocks de céréales - données arrondies. © JA/FAO

Stocks de céréales - données arrondies. © JA/FAO

Accusations de corruption

L’approvisionnement et la gestion de ces stocks de céréales sont assurés en grande partie par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC). L’organisme public importe le blé consommé dans le pays et doit gérer des enveloppes publiques conséquentes et convoitées. En 2019, les importations de blé algériennes ont représenté 1,47 milliard de dollars. En novembre 2020, l’ancien directeur général de l’OAIC, Abderrahmane Bouchahda, présenté comme un proche de feu le général Ahmed Gaid Salah, un pilier de l’ancien régime, avait été limogé sur ordre du président Abdelmadjid Tebboune, à la suite d’un scandale concernant l’importation de blé lituanien avarié. Une enquête a été ouverte en 2021 et un audit de l’OAIC a été confié au ministère des Finances.

Son prédécesseur Mohamed Belabdi avait été également limogé en juillet 2019. Il a été jugé pour corruption. En janvier, le procureur de la République a requis huit ans de prison ferme contre le dirigeant algérien.