Politique

RDC : pourquoi l’affaire Beya est dans l’impasse

Plus d’un mois après son arrestation, l’ancien conseiller sécurité de Félix Tshisekedi est toujours aux mains de l’ANR. Le chef de l’État cherche une issue à cette encombrante affaire.

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Mis à jour le 9 mars 2022 à 19:17

François Beya et Félix Tshisekedi. © Présidence RDC

Les semaines passent et François Beya, officiellement arrêté par l’Agence nationale de renseignements (ANR) pour des soupçons d’atteinte à la sûreté de l’État, n’est toujours pas inculpé. Selon un proche de Félix Tshisekedi, les enquêteurs travaillent toujours à réunir des preuves pour prouver sa culpabilité.

Des éléments des Forces armées de la RDC et de la Garde républicaine ont d’ailleurs été également interpellés. Outre Guy Vanda, le secrétaire particulier de Beya, l’ANR a appréhendé son directeur du protocole David Cikapa, et son garde du corps, Jean-Pierre Kalenga. Si ses proches sont auditionnés, l’ancien conseiller sécurité de Tshisekedi refuse toujours de répondre aux questions. « Le dossier a été mal ficelé et cela pose aujourd’hui problème », souffle un proche du président.

Résidence surveillée

François Beya a été clair : il demande soit l’ouverture d’un procès, soit son acquittement et refuse donc d’être placé en résidence surveillée. Cette mesure avait les faveurs de certains conseillers de Tshisekedi, mais celui-ci avait exprimé des réticences, encore marqué par le décès de Delphin Kahimbi alors qu’il était sous contrôle judiciaire à son domicile.

Les vraies raisons de son arrestation sont-elles à trouver ailleurs ? La théorie d’une lutte d’influence entre proches collaborateurs de Félix Tshisekedi est soutenue jusque dans le premier cercle présidentiel. Comme l’avait révélé Jeune Afrique, il est entre autres reproché à François Beya d’être responsable de failles dans la sécurité du chef de l’État et d’avoir accordé une protection à certains opérateurs économiques sanctionnés par les États-Unis pour blanchiment et financement du terrorisme.

Pour tenter de trouver une issue à cette affaire, Tshisekedi doit s’entretenir, selon nos informations, avec Constantin Tshiyombo, le frère aîné de Beya. Ce rendez-vous avait initialement été fixé avant son départ à Bruxelles, le 6 mars.

Mystérieux collectif

Convaincus que que l’ancien conseiller est victime d’un règlement de comptes, un mystérieux collectif baptisé « Free François Beya » s’active ces dernières semaines. À Bruxelles, le 7 mars, il a organisé une manifestation pour exiger sa libération, profitant de la visite privée de Félix Tshisekedi en Belgique, qui effectue un check-up médical. Une semaine plus tôt, ces soutiens avaient tenu une conférence de presse à laquelle certains parents de Beya, dont son frère Freddy, avaient pris part.

Notamment composé de jeunes qui se disent membres de mouvements citoyens et activistes des droits humains, le collectif est dirigé par Victor Tesongo, qui faisait partie du très populaire mouvement Lucha (Lutte pour le changement). Si ce juriste de formation assure en être parti de son propre gré, l’un de ses membres affirme qu’il en a été exclu pour « abus et indignité ».

Ancien prisonnier d’opinion à Makala – il a été condamné à 12 mois de prison, avec d’autres camarades militants, pour avoir réclamé dans la rue la tenue en 2016 de l’élection présidentielle –, il est aujourd’hui directeur exécutif de l’ONG Ligue pour la promotion et la défense des droits de l’homme. Il prend régulièrement la défense de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, mis en cause il y a plusieurs mois pour une affaire de détournement de fonds.