Politique

Victoire à la Don Quichotte

Par - Marianne Meunier
Mis à jour le 2 juin 2008 à 13:16

Avec l’arrestation de Jean-Pierre Bemba, le magistrat argentin Luis Moreno-Ocampo, 55 ans, touche du doigt son vieux rêve : une justice universelle qui punisse les grands criminels et dissuade leurs émules. Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) depuis juin 2003, il n’avait jusqu’alors attrapé « que » trois chefs de milice congolais – Thomas Lubanga, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo -, du menu fretin à côté du gros poisson Bemba.
Une éternelle barbe de trois jours, des sourcils en bataille, un désir ardent de s’attaquer à l’impossible : la comparaison à Don Quichotte est facile. Moreno-Ocampo l’a toujours ignorée. Sa conviction confine à la foi : « Cette Cour, c’est le début d’une nouvelle ère, déclarait-il à Jeune Afrique en mars dernier. Il faudra peut-être deux siècles pour y arriver, mais nous vivons une transition vers un État de droit global. »
Son expérience à Buenos Aires, où il a obtenu son diplôme de magistrat en 1978, n’est pas étrangère à son opiniâtreté. À 32 ans, il est procureur adjoint de la Commission sur les disparitions de personnes, dans le cadre du procès de la junte militaire qui a gouverné l’Argentine entre 1976 et 1983. Au bout du compte, cinq condamnations ont été prononcées. Deux ans plus tard, il est encore procureur adjoint, mais cette fois-ci pour le procès des hauts gradés de la police nationale, jugés pour leurs abus en matière de droits de l’homme. En 1992, il s’installe comme avocat et se consacre aux affaires de corruption.
Idéaliste, Moreno-Ocampo n’en oublie pas pour autant d’être politique. C’est seulement grâce à la bonne coopération des États, et donc de leurs chefs, que les arrestations et les transferts à la CPI sont possibles. Derrière son air cabot, il sait bien aussi que le petit budget de sa noble institution – 90 millions d’euros en 2008 – ne lui permet pas de jouer les justiciers de la planète. Et qu’il lui faut choisir des cas, pour l’exemple. Jean-Pierre Bemba tombe à pic.