Politique

Guinée : Kassory Fofana tente un hold-up sur le RPG d’Alpha Condé

L’ex-Premier ministre affirme avoir été désigné président par intérim de l’ancien parti au pouvoir. Mais plusieurs ténors de la formation assurent n’avoir été ni informés, ni associés à la décision.

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Mis à jour le 8 mars 2022 à 18:51

L’ancien Premier ministre, à Conakry en octobre 2015. © CELLOU BINANI/AFP

Rien ne va plus au Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). En l’absence du père fondateur Alpha Condé, écarté par un coup d’État perpétré par le colonel Mamadi Doumbouya en septembre 2021 et actuellement en séjour médical à Abou Dhabi, les caciques de l’ancien parti au pouvoir jouent des coudes pour prendre les rênes du parti.

À l’issue d’une réunion organisée ce 7 mars, l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana a annoncé avoir été désigné à la tête d’un comité exécutif national provisoire. Le 2 mars dernier, Jeune Afrique révélait qu’une faction qui lui est acquise militait pour la création d’une telle structure. Composée de 70 membres, d’un président et de six vice-présidents, elle aurait pour but de suivre les orientations du parti et d’en assurer l’unité.

La voix d’Alpha Condé

Joint par JA, Ibrahima Kassory Fofana s’est réjoui d’avoir été provisoirement élu à la tête du parti, affirmant même avoir obtenu le soutien d’Alpha Condé. Mais dans son entourage, les versions divergent quant à la façon dont celui-ci lui aurait été adressé : certains évoquent une lettre et d’autres, un appel téléphonique. Ses détracteurs au sein du parti, qui doutent que l’ancien président l’ait véritablement soutenu, demandent à ce qu’il en produise la preuve.

Selon l’ancien locataire du palais de la Colombe, des assises seront organisées le 26 mars prochain afin d’élire le successeur définitif d’Alpha Condé. Si l’heure est à la fête dans son camp, cette promotion est loin de faire l’unanimité parmi les caciques du RPG.

Selon nos informations, l’ex-ministre de la Sécurité Albert Damantang Camara a quitté les lieux avant que la séance ne soit levée. D’autres ténors du parti, comme l’ancien ministre de la Défense Mohamed Diané et Amadou Damaro Camara, le dauphin constitutionnel du président déchu, étaient absents. Quant à Ibrahima Khalil Kaba, l’ancien chef de la diplomatie guinéenne, qui ne cache pas son ambition de reprendre les rênes du parti et d’incarner le renouvellement générationnel en son sein, il s’est dit étonné des déclarations du camp de Kassory.

Si cette auto-proclamation passe mal auprès de certains piliers de la formation, il est difficile de croire qu’Alpha Condé, à distance et donc complètement isolé du jeu politique guinéen, a pu donner sa voix à son ancien Premier ministre, en qui il avait perdu confiance, ou à une autre personnalité. Plusieurs candidats potentiels à la présidence du RPG, comme Damaro et Diané, souhaiteraient que la désignation du futur chef soit consensuelle, une condition selon eux essentielle à la survie du parti.