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Le président algérien Abedelmadjid Tebboune, au centre international des conférences d’Alger, le 18 août 2020. © Billal Bensalem / NurPhoto / AFP.

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Algérie : Tebboune, saison 3

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Politique

Algérie : l’Observatoire national de la société civile pèsera-il sur les choix de Tebboune ?

Un an après sa création, cet organisme consultatif, qui a vocation à faire dialoguer les pouvoirs publics et la société civile, peine à convaincre de son utilité. Et s’il déjouait tous les pronostics ?

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Mis à jour le 14 mars 2022 à 13:02

Réunion de l’Observatoire national de la société civile. © DR

Les associations ignorent encore tout de son fonctionnement. « On n’a pas été contactés, on a aucune information. On ne sait pas quelles seront les missions exactes de cet observatoire, je ne peux donc pas encore donner mon avis », regrette Mustapha Khiati, président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem).

Au fil des mois, il a seulement été expliqué, dans des communiqués officiels successifs, que l’Observatoire national de la société civile (ONSC), créé en vertu de l’article 213 du dernier amendement constitutionnel, en novembre 2020, était un organisme consultatif, placé auprès de la présidence de la République. Sa mission principale ? Donner des avis sur les activités et les sujets de préoccupation de la société civile, et faire des recommandations.

Démocratie participative

En septembre 2021, Abderrahmane Hamzaoui, le commandant général des Scouts musulmans algériens (SMA), a été choisi pour en prendre la tête. Il a aussitôt annoncé que, durant l’année 2022, de nombreuses conférences et journées d’études seraient consacrées à la promotion, à la formation et à l’encadrement des associations, avec qui un dialogue sera engagé. « L’Observatoire national de la société civile établira une base de données sur les associations et contribuera à élaborer des lois et des politiques », promet Hamzaoui.

À la lueur des missions fixées à l’Observatoire, l’avocate Nadia Aït Zaï, directrice du Centre d’information et de documentation sur les droits de l’enfance et de la femme (Ciddef), espère pour sa part que cet organisme deviendra « un espace de concertation et de dialogue entre les associations et les pouvoirs publics ».

« Il lui sera aussi demandé son avis sur les projets de textes législatifs et réglementaires, ainsi que sur l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques, par le biais d’une approche démocratique participative », poursuit-elle.

Injustices administratives

« L’ONSC aura en outre pour rôle de contribuer au renforcement des capacités des associations, en les formant au moyen d’actions de communication. L’une de ses premières missions sera d’évaluer sur le terrain les activités de la société civile et d’identifier les obstacles qui entravent sa participation à la vie publique », détaille la juriste.

Toutes ces missions, juge-t-elle, ne font pas doublon avec celles du médiateur de la République qui, lui, « transmet les préoccupations des citoyens aux autorités afin de trouver une solution », et qui est à la fois « le réceptacle et le porte-parole des Algériens affectés par des injustices administratives ».

L’Observatoire national de la société civile s’ajoute tout de même à une pléiade d’organes consultatifs placés auprès de la présidence, tels que le Haut conseil islamique, le Conseil économique et social, le Conseil supérieur de la jeunesse, le Haut conseil de sécurité et le Conseil supérieur de la recherche scientifique et des technologies… Aucune concertation médiatisée n’a eu lieu entre le chef de l’État et ces différents organes, à l’exception du Haut conseil de sécurité.

Sur 100 000 associations, seules 300 font des efforts pour porter la voix des personnes en difficulté

L’Observatoire aura-t-il davantage de chances de peser sur les choix du chef de l’État ? « Je ne le pense pas, mais il pourrait être un soutien pour un candidat à la présidentielle », estime Nadia Aït Zaï. Aux yeux de l’avocate, sa crédibilité dépend néanmoins du respect des missions qui lui sont attribuées. « L’ONSC est censé être le porte-parole des associations, qui se heurtent à beaucoup de problèmes (agrément, gestion, financement, etc.). Il doit mettre en œuvre un plan d’action et, surtout, susciter un dialogue entre la société civile et les pouvoirs publics. C’est une tâche ardue », résume l’avocate.

Abderrahmane Arar, président du Forum civil pour le changement (FCC), redoute lui aussi l’accaparement de l’Observatoire national de la société civile par des associations sans réel ancrage. « Parmi les 100 000 associations recensées, seules 300 font de réels efforts pour porter la voix des personnes en difficulté ou s’investissent dans des causes qui touchent directement certaines catégories sociales », affirme-t-il.

Mustapha Khiati, lui, doute de l’utilité même d’un tel organisme : « Dans les pays développés, la société civile joue un rôle primordial. Pourtant, ces pays n’ont pas eu besoin d’un observatoire de la société civile », conclut le président de la Forem.