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Au secours, le FIS revient !

| Écrit par Cherif Ouazani, envoyé spécial à Alger

Libérés de prison ou rentrés d’exil à la faveur de la « réconciliation nationale », les dirigeants de l’ex-Front islamique du salut tentent désespérément d’exister.

Certains sont récemment rentrés d’exil. D’autres ont été libérés de prison. La Charte pour la paix et la réconciliation nationale a beau être parfaitement claire à leur sujet, le débat fait rage dans l’opinion : que faire des dirigeants du Front islamique du salut (FIS), dissous en mars 1992 ?
Les poursuites judiciaires engagées contre lui étant désormais éteintes (il avait été condamné à mort par contumace), Rabah Kébir, le président de l’instance exécutive du FIS à l’étranger, a mis fin le 17 septembre à un exil de treize ans en Allemagne. Il a été accueilli à l’aéroport international d’Alger par d’ex-seigneurs de la guerre islamistes comme Ali Benhadj, l’ancien numéro deux du Front, et Madani Mezrag, l’ancien chef de sa branche militaire, l’Armée islamique du salut (autodissoute en janvier 2000). Ses premiers mots ? « J’appelle les groupes armés à déposer les armes et à monter dans le train de la réconciliation nationale. » Le propos a fait grincer quelques dents. À commencer par celles de Benhadj.
Principal représentant du courant salafiste au sein de la direction de l’ex-FIS, le très exalté imam de Bab el-Oued rejette en effet la Charte pour la paix et la réconciliation. Parce que celle-ci bannit définitivement de la vie politique les « responsables de la tragédie nationale ». Autrement dit, les militants de l’ex-FIS. Rabah Kébir le sait, bien sûr, mais il espère que le temps fera son uvre. Son idée est de créer une nouvelle formation appelée à combler « l’espace laissé vacant par la disparition du parti victorieux des législatives interrompues de 1992 ». Une sorte de FIS bis, en somme. Une initiative que Benhadj juge « saugrenue ». Selon lui, la création d’une éventuelle nouvelle structure ne peut être décidée par « une conférence réunissant tous les cadres du Front ». L’intransigeance de Benhadj embarrasse ses amis politiques, qui ne désespèrent pas de revenir au premier plan à l’occasion des prochaines élections législatives, en mai 2007. Pour cela, deux solutions s’offrent à eux : soit créer un nouveau parti, soit se faire admettre sur les listes d’une formation existante. « Dans l’un et l’autre cas, ce sera très, très difficile, analyse un juriste. Pour créer un nouveau parti, il faut l’agrément du ministère de l’Intérieur. Or, en 2002, celui-ci l’avait refusé au Wafa d’Ahmed Taleb Ibrahimi, l’ancien chef de la diplomatie algérienne, sous le prétexte que plusieurs de ses fondateurs étaient d’anciens cadres du FIS. Quant à l’idée de phagocyter une formation existante, qui prendra le risque de se faire hara-kiri pour faire plaisir aux dirigeants de l’ex-FIS ? » À l’appui de sa thèse, notre interlocuteur rappelle que Mezrag, qui rêve d’un siège de député, a sollicité plusieurs partis, dont le FLN du Premier ministre Abdelaziz Belkhadem, en vue d’obtenir leur investiture pour les législatives. Sans succès, pour l’instant.
Les récentes déclarations d’Aymen Zawahiri, le lieutenant d’Oussama Ben Laden, compliquent un peu plus la tâche des islamistes algériens en quête de réhabilitation. Le 11 septembre, le chef djihadiste a solennellement annoncé le ralliement du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) à la nébuleuse al-Qaïda. Ce qu’Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab Abdelwadoud, l’« émir » dudit GSPC, s’est empressé de confirmer quelques jours plus tard, à la veille du retour de Kébir à Alger. Très embarrassé, celui-ci a été contraint de prendre précipitamment ses distances en affirmant son rejet de « toute internationalisation du conflit algérien ». Tous ses amis sont-ils sur la même longueur d’onde ? Il est permis d’en douter.
Quoi qu’il en soit, le ralliement du GSPC à al-Qaïda est pain bénit pour les adversaires des islamistes. « Cela confirme que les irrédentistes qui ont refusé la main tendue par le président Bouteflika sont sous la coupe du courant islamiste le plus abject, estime un officier supérieur spécialiste de la lutte antiterroriste. Il n’y a plus de différence entre les GIA, de sinistre mémoire, et le GSPC, qui se vantait d’être un groupe armé propre, épargnant les civils et réservant ses coups aux membres des forces de l’ordre. »
Loin des villes et villages, le ratissage systématique des maquis se poursuit. Les réseaux de soutien logistique tombent les uns après les autres, et nombre de combattants finissent par se rendre pour bénéficier de l’amnistie. Pour tenter de faire front, le GSPC table sur la communication. Les possesseurs de téléphone mobile sont bombardés de MMS montrant des images d’embuscade contre des patrouilles de l’armée ou des convoyeurs de fonds. Paradoxe : longtemps sans images, la guerre civile algérienne a attendu ses ultimes convulsions pour exhiber toute son horreur. Dans les bazars, les CD de la guerre en Irak diffusés par les amis d’Abou Moussab al-Zarqaoui sont désormais concurrencés par les « productions » du GSPC. Mais pour combien de temps ? Lors de récentes opérations en Kabylie, l’armée a semble-t-il détruit l’infrastructure qui permettait au mouvement de produire et de transmettre ce type d’images
Bref, les islamistes radicaux perdent partout du terrain. Sur le plan militaire, on l’a vu, l’étau se resserre sur les combattants du GSPC dans les montagnes du Djurdjura, en Grande Kabylie. Sur le plan politique, les rescapés du FIS ont tendance à renouer avec les vieux démons des luttes intestines. Reste à savoir s’ils constituent encore une menace. « Dans les maquis de Kabylie comme dans les salons algérois, l’action des islamistes relève, pour l’essentiel, de la gesticulation, tranche notre officier supérieur. Le seul créneau qui leur reste, c’est la publicité mensongère. Ils parlent de politique alors qu’ils n’ont pas le droit d’en faire. Ils évoquent des victoires militaires alors qu’ils sont assiégés dans leurs casemates. »
Les autorités ont même entrepris de leur disputer le terrain de l’action sociale dans les quartiers populaires, base traditionnelle de leur influence. Désormais, c’est l’État qui prend en charge les familles les plus démunies. Plus de 160 000 d’entre elles, soit près de 2 millions d’Algériens, ont ainsi bénéficié de la solidarité nationale pendant le mois de carême.

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