Économie

Nigeria : avec la guerre en Ukraine, menace sur une méga-usine à 8 milliards de dollars

Le gouvernement nigérian a conclu un accord avec la Russie pour achever le complexe sidérurgique d’Ajaokuta, débuté il y a quarante ans. Mais les nouvelles sanctions internationales contre Moscou mettent le projet en péril.

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Mis à jour le 14 mars 2022 à 10:35

Le président russe Vladmir Poutine (à dr.) serre la main du président nigerian Muhammadu Buhari lors du sommet Russie-Afrique organisé au parc Sirius de Sotchi, en octobre 2019. © Gavriil Grigorov/TASS/Sipa USA/SIPA

En octobre 2019, le président nigérian Muhammadu Buhari et son homologue russe Vladimir Poutine se sont rencontrés lors du sommet Russie-Afrique à Sotchi et ont convenu de relancer l’aciérie inachevée d’Ajaokuta. De nombreux Nigérians étaient optimistes quant au fait que quarante ans après son lancement, le complexe – qui pourrait créer quelque 100 000 emplois – serait inauguré à un moment où le taux de chômage du pays avait atteint un niveau record.

Le gouvernement nigérian a ensuite mis en place l’équipe chargée de l’inauguration afin de relancer le projet sur la base d’un accord de gouvernement à gouvernement, avec un financement d’Afreximbank, la Banque africaine d’import-export et du Centre d’exportation russe (Russian Export Center JSC – REC).

Une équipe russe devait effectuer l’audit technique, mais c’était sans compter sur la pandémie de Covid-19 qui a rendu plus difficiles les voyages et les échanges internationaux, forçant les deux gouvernements à retarder de plus d’un an leur plan. C’est désormais avant 2023 que le complexe sidérurgique devrait fonctionner au maximum de sa capacité, aux dires d’Olamilekan Adegbite, ministre nigérian des Mines et de l’Acier, alors que le second mandat du président Buhari s’achève début 2023.

Communication impossible

L’invasion russe de l’Ukraine lancée fin février a quelque peu rebattu les cartes. Moscou fait à présent face à des sanctions de l’Occident et sa monnaie est en chute libre. Le complexe d’Ajaokuta ne représente donc pas une priorité absolue du côté russe. « Il y aura un retard, car nous ne pouvons même pas communiquer avec [les Russes] pour l’instant. C’est très difficile en ce moment. Cela va affecter la venue [des techniciens russes] », a déclaré à The Africa Report/Jeune Afrique, un haut responsable de l’aciérie d’Ajaokuta qui a demandé à rester anonyme car non autorisé à s’exprimer publiquement.