Politique

Le « monsieur Sahara » de M6

Il incarne aujourd'hui la solution marocaine d'autonomie dans les « provinces du Sud ». De la colonisation espagnole au Conseil de sécurité de l'ONU, en passant par les années de plomb du règne de Hassan II, portrait d'un grand notable reguibi.

L’homme qui nous reçoit autour d’un verre de thé maure, dans une villa du quartier résidentiel de Souissi, à Rabat, a l’allure d’un officier de la Guardia Civil, l’accent un peu rocailleux des Sahraouis, hispanophones avant d’être francophones, la faconde d’un conteur de campement et un agenda marqué au sceau de l’urgence. D’ici au 30 octobre, Khalihenna Ould Errachid, président du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (Corcas), devra rendre une copie décisive. Celle du statut d’autonomie interne du Sahara occidental, que le Maroc va déposer devant le Conseil de sécurité de l’ONU et qu’il compte bien appliquer dans la foulée.

Ce grand notable de 55 ans est à la fois l’atout, le joker et la « solution saharienne » de Mohammed VI. Ministre de Hassan II pendant quinze ans, il a réussi l’exploit de ne pas être mêlé à la politique répressive mise en Âuvre à l’époque dans le territoire et d’incarner jusqu’à aujourd’hui cette fameuse troisième voie – ni indépendance ni intégration – qui est désormais le projet officiel de la monarchie pour ses « provinces du Sud ». Contrairement à la phraséologie d’usage, il n’a, lui, jamais qualifié de « mercenaires » les dirigeants du Front Polisario. « Ce sont des frères, dit-il. Il m’arrive de comprendre les raisons qui, jusqu’à une période récente, ont poussé des Sahraouis à sympathiser avec le Polisario. Pendant vingt ans, ils ont entendu répéter par l’administration et les médias que nous coûtions cher au Maroc, que nous étions des assistés, que nous vivions sous perfusion, qu’il fallait nous mater et que notre seul droit était celui de dire merci. Jamais on ne relevait ce que le Sahara a apporté au Maroc : l’unité autour du trône et une dimension géopolitique renouvelée. Cela, Sa Majesté l’a compris, Dieu merci. »

Le langage, on le voit, n’a plus rien à voir avec celui en vigueur sous le précédent roi, quand Driss Basri, l’omnipotent ministre de l’Intérieur, faisait régner sa loi d’exception de Tan-Tan à Dakhla ; quand l’ancêtre du Corcas n’était qu’une coquille vide ; et quand la simple expression d’une opinion divergente valait à son auteur dix ans de prison. « Aujourd’hui, assure-t-il, on peut être pour le Polisario et le dire, pour le référendum et le dire, pour l’indépendance et le dire. Bref, on peut se tromper et vivre au Sahara sans être inquiété. À une condition : pas de violence. »

Pour convaincre « ceux d’en face » qu’on peut désormais faire confiance au Maroc et que l’autonomie, contrairement à l’indépendance, n’est pas un leurre, le « Sahraoui de M6 » se dit prêt à se rendre dans les camps de Tindouf afin de débattre publiquement avec Mohamed Abdelaziz, le chef du Polisario. « Ce que je dirai alors est simple : les Sahraouis n’ont pas d’avenir en tant que réfugiés. Ils doivent rentrer chez eux, la tête haute. »

À en juger par les réactions des dirigeants indépendantistes, pour qui Khalihenna est un diable en habit de séducteur, d’autant plus dangereux qu’il tient un langage d’ouverture, une telle perspective n’est pas pour demain. « Je les inquiète, car ils savent que je les connais bien, que je suis de leur sang », murmure celui qui se positionne de plus en plus comme le futur président de l’Autonomie saharienne. « Tous savent aussi que l’histoire de ma vie se confond avec celle de nos pâturages, de nos campements, de nos tentes et de notre terre communeÂ… »

Khalihenna Ould Errachid est né le 24 novembre 1951 sous la tente d’un campement de la tribu des Reguibat de l’Ouest (Reguibat Sahel), non loin de Laayoune, capitale de la colonie espagnole du Rio de Oro et de la Seguiet el-Hamra. Son père, figure respectée de la communauté reguibie et ancien combattant de la dernière révolte des tribus sahariennes contre l’ordre colonial, en 1937, est un éleveur aux multiples talents (il lui arrive de diriger la prière et de soigner les blessés), qui inculque à ses enfants l’esprit de siba : nul ne doit se soumettre à une loi injuste.

Lorsque éclate, en 1957, le soulèvement de l’Armée de libération du Sud (ALS), laquelle se rend maître de la quasi-totalité du Sahara occidental en dehors des villes de Laayoune et de Dakhla, le vieil homme est donc tout naturellement du côté des insurgés. En février 1958, les armées française et espagnole déclenchent conjointement l’opération Ouragan et écrasent l’ALS. Le campement de Khalihenna est bombardé et la communauté s’éparpille dans le désert. Une partie d’entre elle, notamment la famille de Mustapha Sayed el-Ouali, futur fondateur du Front Polisario et proche cousin des Ould Errachid, décide de se réfugier dans le sud du Maroc indépendant. Celle de Khalihenna choisit de demeurer à Laayoune, sous domination espagnole. Un choix qui ne sera pas sans conséquences.

Scolarisé sur le tard, à l’âge de 9 ans, mais élève plutôt doué, le jeune Khalihenna est vite repéré par l’administration coloniale franquiste, désireuse de promouvoir une élite locale à sa dévotion. Il fréquente l’école primaire, puis le lycée de Laayoune. Mais l’élève modèle est aussi, ne serait-ce que par tradition familiale, un nationaliste en herbe. À la fin des années 1960, il assiste, passionné, aux réunions clandestines qu’organise au domicile des Ould Errachid un certain Mohamed Bassiri. Ce journaliste et activiste d’une trentaine d’années est l’un des très rares Reguibis à avoir étudié à l’étranger – au Caire, à Damas et à Rabat. C’est lui qui va fonder l’embryon d’un mouvement de résistance : l’Organisation secrète.

Le 17 juin 1970, Bassiri organise à Zemla, un quartier de Laayoune, une grande manifestation de protestation. Khalihenna est de la partie. Mais les événements tournent mal. Visés par des jets de pierres, les légionnaires du Tercio ouvrent le feu à la mitrailleuse lourde. Bilan : une douzaine de Sahraouis tués. Quant à Bassiri, il est enlevé par la police, en pleine nuit, sous les yeux de Khalihenna et de ses camarades. Nul ne le reverra jamais. Et nul, aujourd’hui encore, ne sait ce qu’il est advenu de celui que tous les Sahraouis considèrent comme un martyr.

Passablement traumatisé, Khalihenna se cache à Laayoune. Arrêté trois jours plus tard, il est rapidement relâché sur intervention de ses professeurs espagnols. De ce drame du 17 mai, il acquiert la conviction que la confrontation avec l’administration coloniale ne mène nulle part, que mieux vaut négocier, amadouer et compter avec le temps.

Bachelier et boursier, le fils du vieux Ould Errachid s’envole pour Madrid, où il s’inscrit dans une école d’ingénieur industriel. Mais ses études dans la capitale espagnole ne lui font pas oublier la politique, encore moins les tribulations de son cousin el-Ouali, avec qui il correspond régulièrement. Mustapha Sayed el-Ouali n’a pas quitté le Maroc, où il poursuit ses études à la faculté de droit de Rabat et milite au sein de l’Union nationale des étudiants du Maroc (Unem) aux côtés d’autres futurs dirigeants du Polisario tels Mohamed Ould Salek, Mohamed Sidati ou Mohamed Lemine Ould Ahmed. Nationaliste et résolument de gauche, le petit groupe d’étudiants sahraouis du Maroc n’est pas, alors, indépendantiste à proprement parler. Il prône la libération du Sahara espagnol, sollicite pour cela l’aide des partis et de l’administration du royaume, et certains d’entre eux souhaitent ouvertement le rattachement du territoire au Maroc, une fois sa décolonisation achevée.

Mais pour Hassan II et le général Oufkir, son bras droit, comme d’ailleurs pour la quasi-totalité de la gauche marocaine, une telle perspective n’est pas une priorité : il est hors de question de tolérer des activités antiespagnoles sur le territoire national. En mars 1972, c’est la rupture. Des manifestants sahraouis, dont quelques-uns brandissaient des pancartes réclamant l’intégration du Sahara occidental au Maroc, sont violemment dispersés par la police dans la bourgade de Tan-Tan. Les meneurs sont arrêtés, torturés, puis relâchés. Parmi eux, el-Ouali, son frère Bachir Mustapha Sayed, Mohamed Sidati et deux étudiants en médecine de la faculté de Rabat qui auront un destin opposé : Maalaïnine Benkhalihenna, futur gouverneur de Larache et actuel secrétaire général du Corcas, et Mohamed Abdelaziz.

Reguibat fokra (de l’Est) né à Marrakech et fils d’un militaire des Forces armées royales, celui qui deviendra après la mort d’el-Ouali le patron du Front Polisario – aux destinées duquel, trente ans après, il préside toujours – connaît alors son baptême du feu. « C’est la répression de Tan-Tan qui a été à l’origine de la création du Polisario, dit aujourd’hui Khalihenna Ould Errachid. Si l’État marocain avait su écouter ce que disaient les manifestants, le Front n’aurait jamais existé. »

Un soir de décembre 1972, Khalihenna reçoit dans sa chambre d’étudiant, à Madrid, un émissaire porteur d’une longue lettre de son cousin el-Ouali. Ce dernier lui annonce la création prochaine d’un mouvement de libération du Sahara espagnol et l’invite à se joindre à lui. Objectif : l’indépendance. Moyen : la lutte armée. Puisque le Maroc refuse de servir de base arrière, « nous agirons à partir de la Mauritanie et de l’Algérie », explique el-Ouali. Khalihenna confie sa réponse à l’émissaire : pas question de recourir à la violence et pas question de mener le combat à partir d’un pays voisin. C’est donc sans lui que, le 10 mai 1973 du côté de Zouérate, en Mauritanie, le Front Polisario est fondé. Mais c’est avec lui que l’administration espagnole, désireuse d’engager sa colonie sur la voie d’une indépendance contrôlée, crée, un an plus tard, le Parti d’union nationale sahraoui (Puns).

Tout comme le Polisario, mais avec un ton nettement plus conciliant à l’égard de l’Espagne, qui, d’ailleurs, se cache à peine de le financer, le Puns est un parti indépendantiste hostile à toute revendication étrangère sur le territoire. « Concession purement tactique, explique aujourd’hui Khalihenna. Il fallait bien s’afficher comme tels si nous voulions exister : les Espagnols ne nous laissaient pas le choix. » Pour l’instant, celui qui, un an plus tard, annoncera spectaculairement son ralliement au royaume, se répand en déclarations hostiles à l’« expansionnisme marocain ». Il a 23 ans et le gouverneur franquiste de Laayoune ne cesse de lui glisser à l’oreille que son avenir de président du futur État sahraoui est tout tracé. « J’étais jeune et je dois reconnaître que c’était tentant », confie-t-il.

À peine propulsé à la tête du Puns, Khalihenna se rend en Mauritanie à bord d’une vieille Land Rover pour y rencontrer son cousin el-Ouali. Il souhaite le convaincre de la justesse de son choix stratégique, puisque le but visé – l’indépendance – leur est commun. Les deux hommes se voient à deux reprises, en septembre et décembre 1974, à Nouakchott, dans le salon d’un riche commerçant de la place, Fetten Ould Reguibi, et devant plusieurs dizaines de notables. Entre Khalihenna, qui raisonne en termes purement nationalistes (« les Sahraouis d’abord ») et Mustapha Sayed el-Ouali, qui parle de révolution à l’échelle du Maghreb et évoque ses entretiens avec Mouammar Kadhafi et Houari Boumedienne, le courant ne passe plus. À l’issue de leur dernière rencontre, el-Ouali dit à son jeune cousin : « Si je ne t’ai pas fait signe dans un mois, considère que nous aurons rompu. » Ils ne se reverront plus*.

De retour à Laayoune, Khalihenna tente d’implanter le Puns sur tout le territoire, avec l’aide de l’administration espagnole. Mais la greffe ne prend pas, alors que le Polisario accroît sans cesse son emprise. Le jeune chef du Puns entre alors secrètement en contact avec les autorités marocaines. « Par conviction, parce que mon père m’avait toujours inculqué la réalité des liens entre les tribus sahraouies et le trône chérifien », assure-t-il. « Par simple opportunisme politique, parce qu’il s’est rendu compte que ses ambitions personnelles n’avaient aucune chance d’aboutir », rétorquent ses adversaires.
En mars 1975, alors qu’il se trouve en tournée en Europe et au Proche-Orient pour expliquer les objectifs de son parti, les services de renseignements espagnols, qui le soupçonnent de jouer double jeu, acquièrent la conviction qu’il s’est entretenu au téléphone, depuis Paris, avec Hassan II en personne – ce qui est exact. Le 18 juin 1975, en pleine visite d’une délégation de l’ONU au Sahara – au cours de laquelle le Polisario réussit une démonstration de force au détriment du Puns -, Khalihenna prend la décision de sa vie : sans prévenir ses camarades de parti, il quitte Laayoune pour Madrid, Genève, puis Paris, où le roi envoie un avion le chercher. Le 19, il est à Fès, où il prononce sa beia (« allégeance ») devant Hassan II, avant de qualifier le Polisario d’« organisation communiste ». « C’était le langage de l’époque, explique-t-il aujourd’hui comme pour s’excuser. La réalité est que, lors de mon audience avec Sa Majesté, le même jour, en présence du conseiller Ahmed Bensouda et du général Ahmed Dlimi, j’ai dit à Hassan II que la seule solution viable pour le Sahara était l’auto­nomie. Je n’ai jamais changé d’avis depuis. »

1975-1980 : le Maroc s’installe dans ses « provinces récupérées », au milieu de ce qui reste de la population sahraouie – celle que le Front Polisario n’est pas parvenu à emmener avec lui en Algérie. Khalihenna s’engage dans la Marche verte, regagne Laayoune en décembre 1975, participe à la mise en place d’un embryon d’administration alors que les katibas du Front assiègent les villes, puis, le 11 avril 1977, intègre le gouvernement en tant que secrétaire d’État aux Affaires sahariennes. Il a 28 ans, ce qui fait de lui, estime-t-il, le plus jeune membre d’un gouvernement marocain depuis l’indépendance. Même si celui que les dirigeants du Polisario appellent « le Sahraoui de service » a sans doute bénéficié d’une certaine « discrimination positive », l’intéressé n’est pas peu fier de cette distinction.

Rapidement nommé ministre, puis élu député-maire de Laayoune, le Reguibi de Sa Majesté se heurte bientôt à la toute-puissance du ministre de l’Intérieur. « Je ne connaissais rien des luttes intestines ni des rapports de force au Maroc, explique-t-il. Alors, face à Basri, j’avais peu de chances de l’emporter. » Il résistera dix ans, jusqu’à son limogeage, en 1992. « J’étais en guerre totale contre Basri, dit-il aujourd’hui. Il voulait s’approprier le Sahara pour mener sa propre politique. C’était son fief, son domaine, sa forteresse. Pour les Sahraouis, ce fut le temps du mépris et du mensonge. De Laayoune à Dakhla, Basri était le roi. Tout le monde venait lui faire allégeance. Sauf moi, jamais. »

Khalihenna assure être intervenu auprès de Hassan II à quatre reprises, au cours des années 1980, pour faire libérer les détenus sahraouis du bagne de Kalaat Ngouna – ils étaient environ trois cents, emprisonnés dans des conditions infâmes en raison de leurs sympathies pour le Polisario. « À chaque fois, le roi m’a dit oui. Et puis, Basri repassait derrière pour que rien ne bouge. » Idem pour le projet d’autonomie du territoire que le grand vizir aurait, à l’en croire, « systématiquement saboté ».

À la fin des années 1990, alors que Khalihenna est un député-maire de Laayoune pratiquement sans pouvoir, la situation au Sahara occidental est à la limite de l’implosion. Tribus contre tribus, Sahraouis contre « colons » venus du Nord, omniprésence de la police : le territoire est sous état d’exception. Le clivage entre les populations locales et le pouvoir central est profond. La pression et le ras-le-bol sont tels que, le 23 juillet 1999, la mort de Hassan II déchaîne la tempête. En septembre-octobre, c’est une véritable Intifada spontanée qui balaie les villes sous administration marocaine. Tout le monde, à commencer par le Polisario, qui n’y est pour rien, est surpris par l’ampleur de la contestation. Les émeutiers rejettent en bloc le « système Basri ». Un début de guerre civile entre Sahraouis et résidents marocains venus du Nord est évité de justesse. Khalihenna tient une quarantaine de meetings en quinze jours, au cours desquels il dénonce ouvertement le ministre de l’Intérieur. Mais il faudra attendre le limogeage de ce dernier, le 9 novembre, pour que le calme revienne. « Aux yeux des Sahraouis, le départ de Basri a été vécu comme une libération, explique Khalihenna. Sa Majesté a pris toute la mesure du problème : le Maroc était à deux doigts de perdre son Sahara. »

Tout change, donc, avec l’entrée en scène de Mohammed VI. Les bouches s’ouvrent, l’administration subit une mue complète et le Sahara revisite son passé de plomb. À travers l’Instance Équité et Réconciliation (IER), dont les séances publiques sont très suivies, mais aussi grâce aux ONG qui fleurissent un peu partout, à l’Internet et aux téléphones cellulaires qui permettent de communiquer avec les frères des camps de Tindouf, le Sahara marocain vit son premier « Printemps ». Mais il y a un revers. Si l’ordre ancien disparaît peu à peu, le royaume est en panne de projet d’avenir pour ses « provinces du Sud ». Résultat : les idées indépendantistes s’engouffrent dans le vide laissé par la « debasrisation » du territoire.
Des tracts et des drapeaux du Polisario font leur apparition, des cellules de jeunes radicaux s’organisent en liaison plus ou moins directe avec les camps de Tindouf. En mai 2005, une poignée d’activistes ouvertement favorables à l’indépendance organise des émeutes à Laayoune, au cours desquelles le drapeau marocain est brûlé. La répression est musclée. Pour Mohammed VI, c’est un signal d’alarme : il faut d’urgence offrir aux Sahraouis une alternative politique – laquelle ne saurait être que l’autonomie – et un organe représentatif chargé d’en élaborer la forme et le fond. Ce sera le Corcas, le Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes, créé le 25 mars dernier.

Pour présider cette instance de cent quatre-vingts membres issus de toutes les composantes de la société sahraouie, le nom de Khalihenna Ould Errachid s’impose aussitôt. Certes, l’homme ne fait pas exactement l’unanimité : son parcours parfois sinueux, la fortune qu’on lui attribue, sa « mainmise » sur Laayoune sont au nombre des reproches entendus çà et là. Lui s’en défend, avec vigueur : « Je ne suis pas un homme d’affaires, je n’ai ni licence de pêche ni carrière de sable, comme certains. Certes, mon frère, qui est député de Laayoune, est un opérateur économique, mais il est loin d’être l’homme le plus riche du Sahara. Tout cela, ce sont des mensonges colportés depuis l’époque Basri. » Financièrement très à l’aise, Khalihenna n’aurait, à l’entendre, jamais touché au « bizness ». Dont acte. Mais l’important n’est pas là. L’homme est un grand notable issu d’une « grande tente » de la plus importante tribu sahraouie. Surtout, il incarne depuis trente ans le projet d’autonomie qui est aujourd’hui la solution marocaine au casse-tête du Sahara occidental. Autant de raisons qui le rendent incontournable.

D’ailleurs, quand on insiste un peu, Khalihenna Ould Errachid ne se fait guère prier pour s’imaginer en futur président de la région autonome du Sahara – une large autonomie de type catalan qui ne laisserait au pouvoir central que la défense nationale, les affaires étrangères et la monnaie. Juste retour des choses, doit penser en son for intérieur celui que les Espagnols avaient programmé, quand il avait 25 ans, pour devenir chef d’ÉtatÂ

* El-Ouali est mort au combat en Mauritanie en juin 1976.

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