Politique

Guinée : la discrète nouvelle vie des anciens ministres d’Alpha Condé

Eux aussi déchus depuis l’arrivée au pouvoir de Mamadi Doumbouya, les proches collaborateurs de l’ancien président, qui, pour la plupart, ont interdiction de quitter Conakry, ont dû se reconvertir.

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Mis à jour le 4 mars 2022 à 15:34

Ibrahima Kassory Fofana (à g.), alors Premier ministre, et Alpha Condé. © DR

Au lendemain du coup d’État, ils se faisaient tous petits. Dès son arrivée au pouvoir, le 5 septembre 2021, le Conseil national du rassemblement pour le développement (CNRD) avait en effet confisqué leurs passeports et gelé leurs comptes. Six mois après le putsch, ces mesures restent en vigueur. La junte a toutefois promis que la situation reviendrait à la normale au moment de l’installation du Conseil national de transition (CNT).

Soigné à Abou Dhabi depuis le 17 janvier, Alpha Condé a prolongé son séjour aux Émirats arabes unis pour raisons médicales. Son épouse, Djénè Kaba, est quant à elle rentrée à Conakry il y a quelques jours, depuis la France où elle était venue se soigner. De leur côté, les caciques de son défunt régime restés en Guinée ont, pour certains, repris leurs activités professionnelles ou se sont lancés dans de nouveaux projets.

Cabinets de conseil, d’architecture…

Alkaly Yamoussa Bangoura, ex-conseiller présidentiel chargé des mines, ou Ibrahim Khalil Kaba, l’ancien ministre des Affaires étrangères, ont fondé leur cabinet de conseil. Ibrahima Kourouma, qui détenait le portefeuille de l’Habitat, a repris sa pharmacie de Conakry, à Lambanyi.

Boubacar Barry, l’ancien ministre du Commerce, a récupéré son cabinet d’architecte. Il vient de bénéficier d’une autorisation de sortie du territoire pour raisons médicales, que lui a accordée le CNRD. Il souffre en effet des reins.

Tibou Kamara, qui avait déposé une demande similaire, a vu celle-ci rejetée par la junte. L’ex-conseiller personnel d’Alpha Condé, cité pour « détournement et complicité de détournement de deniers publics » dans l’affaire dite du Nabayagate, est placé sous contrôle judiciaire depuis le 22 février.

D’autres anciens responsables réalisent des missions ponctuelles pour des organismes internationaux. L’ancien secrétaire général de la présidence, Kiridi Bangoura, dont la demande de sortie du territoire a elle aussi été rejetée, travaille pour un bureau d’études en tant que consultant sur des questions de gouvernance et de décentralisation.

Ibrahima Kassory Fofana, l’ancien Premier ministre, se rend régulièrement à Forécariah, sa ville natale. Binational – il a fait une partie de sa carrière aux États-Unis –, il travaille pour le département d’État américain.

L’ancien ministre de la Communication, Amara Somparé, s’est pour sa part inscrit à Sciences-Po Paris, où il fait un master en politique et en management du développement, spécialisé en ressources naturelles. Bountouraby Yattara, l’ex-ministre de l’Énergie, a pu s’envoler pour la France, où elle suit une thèse de doctorat en droit public.

Quant à Rachid Ndiaye, ancien ministre d’État et ex-conseiller spécial d’Alpha Condé, il achève à Paris la rédaction d’un livre sur l’histoire politique de la Guinée, tout en collaborant à diverses revues d’études stratégiques. Il s’occupe également de relancer son magazine, Matalana.

Amadou Thierno Diallo, qui détenait le portefeuille de la Coopération, a fait plusieurs déplacements à l’étranger, au Canada notamment.

Mama Kanny Diallo a pu quitter la Guinée pour se rendre à Dakar. Selon nos informations, l’ex-ministre du Plan, qui possède la nationalité sénégalaise, a fait toute sa carrière diplomatique avec un passeport du Sénégal.

Amara Camara, ambassadeur en France depuis onze ans et très proche d’Alpha Condé, est officiellement rappelé depuis le 2 février et remplacé par un chargé d’affaires. Tout comme Aly Diané, le représentant de la Guinée aux Nations unies. Mais comme ils n’ont toujours pas reçu leur billet d’avion, ils restent pour le moment sur place.

Collaborateurs de la junte

Enfin, plusieurs anciens membres du gouvernement collaborent discrètement avec les nouvelles autorités militaires. Depuis le putsch du 5 septembre 2021, Mohamed Keïta, l’ancien ministre des Transports, s’est régulièrement rendu à Moscou pour le compte de la junte. Le diplomate, qui avait été ambassadeur en Russie pendant dix ans, avait pour mission de conclure un partenariat de fourniture d’armes avec Moscou. Les négociations, entamées sous le régime d’Alpha Condé, n’auraient pour l’heure pas abouti.

Kadiatou Émilie Diaby, qui fut ministre des Travaux publics, travaille pour le Bureau de suivi des priorités présidentielles, un organisme créé par décret le 10 janvier. La mission de ce BSPP est de « s’occuper du suivi des grandes initiatives du chef de l’État ». Naïla Conté, ex-ministre à la présidence chargée de la passation des marchés publics, a conservé ses attributions au sein de ce bureau.