Économie

Côte d’Ivoire : la nouvelle campagne cacao n’est pas « dans le sac »

La récolte, qui atteint un niveau record, est perturbée par une pénurie de sacs en jute. Une difficulté qui pénalise l’ensemble de la filière.

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Mis à jour le 3 mars 2022 à 12:25

Sur le port de San Pedro, des sacs de cacao, le 8 janvier 2011. © JANE HAHN/NYT/REDUX/REA.

La filière de l’or brun en Côte d’Ivoire est sur les dents depuis plusieurs semaines, touchée par une pénurie de sacs en jute. Ces derniers, servant à emballer les fèves puis à les transporter depuis les zones de production jusqu’aux deux ports d’Abidjan et de San Pedro, sont cruciaux pour le bon fonctionnement du secteur.

Chaque année, ce sont plus de 30 millions de sacs qui sont utilisés par les filières agricoles dans le pays, dont 15 millions pour les secteurs moteurs du café, du cacao et de la noix de cajou. Or ces sacs font aujourd’hui défaut, au point que certaines multinationales ont suspendu leurs achats.

Une situation de tension accrue par la très bonne saison effectuée – 1,65 million de tonnes de cacao récoltées entre le 1er octobre 2021 et le 20 février 2022 contre 1,63 million à la même période l’an dernier – alors que les prévisions tablaient sur une récolte en baisse de 10% après une année précédente de forte production déjà. Dans un contexte d’abondance des fèves – de surproduction disent même certains – la pénurie de sacs se fait ressentir d’autant plus fortement.

Tensions CCC – Filtisac

Plusieurs causes sont avancées pour expliquer le phénomène. Le Conseil café cacao (CCC), l’organe de régulation de la filière, pointe du doigt Filtisac, filiale d’Ivoire Promotion Services (IPS) de l’Aga Khan, chef religieux des ismaéliens et riche homme d’affaires, l’accusant de ne pas avoir produit assez de sacs.

« Filtisac, qui est en situation de monopole sur la production locale, n’en a pas livré assez au point que nous avons été obligés d’en importer 2,5 millions pour régler le problème », confie une source au sein du management du CCC. Sauf que force est de constater que cela n’a pas, pour l’heure, permis de mettre fin à la pénurie.

Dans une note transmise à Jeune Afrique, Filtisac, qui indique avoir produit 21,1 millions de sacs en 2020 et 21,5 millions en 2021, se dédouane, assurant avoir livré 7 millions de sacs au CCC. « Nous avons même satisfait une commande supplémentaire du Conseil. Les besoins annuels se chiffrent à 10 millions de sacs hors importation, le marché étant libre », soutient Filtisac. Aux côtés de ce groupe, plusieurs autres acteurs privés, qui importent les sacs, assurent la couverture de la demande.

Impact du Covid-19

Cette pénurie conjoncturelle est aussi la conséquence des perturbations engendrées par la pandémie de Covid-19 : le Bangladesh, principal fournisseur de sacs de la Côte d’Ivoire, a vu ses usines de production fermées pendant les périodes de confinement, créant des tensions d’approvisionnement.

Une situation qui s’ajoute aux difficultés enregistrées sur la chaîne logistique, notamment au niveau du transport maritime : la rareté des conteneurs a contraint des exportateurs à stocker les sacs de fèves dans les cales des bateaux, des sacs qui ne reviennent plus en Côte d’Ivoire.

Marché noir

Dernier point, certains industriels dénoncent un marché noir de revente des sacs, ce qui empêche leur retour dans les zones de production du cacao.

« Une fois au port, après le déchargement pour reconditionner les fèves, les sacs sont normalement récupérés par des agents du CCC pour être réintroduits dans la filière. Mais, curieusement, ils se retrouvent sur un marché parallèle pour un autre usage », confie une source proche d’une multinationale active dans le secteur.

En attendant, la récolte continue de s’accumuler en brousse alors que certaines coopératives recourent aux sacs en nylon ou en plastique faute de contenants en jute. Le dossier doit arriver prochainement sur le bureau du Premier ministre Patrick Achi afin de trouver une solution de long terme.