Économie

Les start-up africaines démarrent 2022 en trombe

Les jeunes pousses du continent séduisent de plus en plus les investisseurs internationaux, après une année 2021 elle-même déjà faste. La fintech se démarque, mais les autres secteurs ne sont pas en reste pour les fonds recherchant des pépites, ces sociétés à la croissance explosive.

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Mis à jour le 5 mars 2022 à 10:07

Karim Beguir (2e à gauche) et Zohra Slim (2e à droite) avec les autres fondateurs de la start-up InstaDeep. © DR.

Avec 130 opérations de financement, l’année 2022 est en voie de battre tous les records pour la tech en Afrique. Les montants injectés en capital-risque dans les start-up du continent ont dépassé la barre symbolique du milliard de dollars en sept semaines. Ce record de précocité est l’équivalent de cinq mois de levées de fonds en 2021, de plus de huit mois en 2020 et de presque toute l’année 2019, selon les calculs de la plateforme tech Africa The Big Deal.

Dans son rapport annuel, Partech Africa souligne que « les activités de l’écosystème de la tech africaine en 2021 ont doublé et les montants investis ont triplé par rapport à 2020. Le continent connaît la croissance la plus rapide au monde et a attiré deux fois plus de “chasseurs” d’opportunités avec 891 investisseurs ayant fait preuve de plus d’engagements sur le marché ».

  • Le Nigeria en tête, croissance exponentielle pour l’Afrique francophone

Avec 32 % des transactions, la fintech, secteur privilégié de nombreux fonds de capital-risque, a surfé sur de multiples méga-tours pour décrocher la grande majorité des financements (63 %). Elle est suivie par différents domaines : du commerce à l’éducation en passant par la santé ou encore l’énergie et la logistique, ils ont tous réussi à dépasser la barre des 200 millions de dollars de financements.

Les pays du Maghreb arrivent quant à eux très loin derrière

À l’échelle continentale, le Nigeria réconforte sa place de leader de l’écosystème de la tech africaine avec 1,8 milliard de dollars collectés, soit 34 % de l’ensemble des financements. « L’Égypte, l’Afrique du Sud et le Kenya ont également attiré plus d’un demi-milliard chacun. Le Sénégal complète le top 5 » explique Partech Africa, qui poursuit « l’Afrique francophone accélérant 2,6 fois plus vite que le reste du continent avec une croissance annuelle de 695 % du montant investi par rapport à l’année [2020] ». Les pays du Maghreb arrivent quant à eux très loin derrière.

Si par rapport aux pays occidentaux, les financements mobilisés en Afrique restent mineurs, les pépites du continent sont passées à la vitesse supérieure. Après 5,2 milliards de dollars de fonds levés en 2021, Africa The Big Deal projette 7,3 milliards de dollars d’investissements en capital-risque dans les start-up du continent en 2022… D’ores et déjà, les montants levés individuellement dépassent les dizaines, voire centaine, de millions de dollars. Tour d’horizon de certaines de ces prometteuses jeunes pousses.

  • Flutterwave en pole position

Les investisseurs ont montré un intérêt particulier pour la fintech nigériane. Valorisée trois milliards de dollars et propulsée à la première place de la tech africaine, la licorne, lancée en 2016 par Olugbenga Agboola, un ancien de British Telecom, de Paypal et de Google, et Iyinoluwa Aboyeji, un informaticien dans l’âme passé par l’université de Waterloo (Ontario), a réussi à lever 250 millions de dollars en série D pour poursuivre le développement et la diversification de ses offres et services.

Flutterwave, active dans 34 pays, majoritairement africains, et avec pour clients des mastodontes comme Microsoft, Uber et Booking.com, est en pole position pour s’attaquer aux « fusac », les opérations fusion-acquisition des start-up concurrentes et doper sa croissance.

  • InstaDeep, l’IA au service des décisions en entreprise

Co-fondateurs de ce spécialiste de l’intelligence artificielle en 2014, les Tunisiens Karim Beguir, diplômé en mathématiques appliquées à l’université de New York, et Zohra Slim, diplômée en littérature mais investie dans le digital et l’innovation depuis quinze ans, multiplient, quand ils le peuvent, les déplacements entre leur QG à Londres et leurs bureaux à Tunis, Paris, Lagos, Dubaï et Cap Town. Forte de sa récente collaboration avec le spécialiste allemand BioNTech, la jeune pousse spécialisée dans les systèmes d’intelligence artificielle décisionnelle s’est offerte en janvier un tour de table de série B à hauteur de 100 millions de dollars.

Outre la biotech allemande à l’origine d’un des premiers vaccins contre le COvid-19 avec le géant américain Pfizer, ont également participé à cette levée de fonds la société d’investissements émiratie Chimera Abu Dhabi et Google. Ces ressources serviront notamment à accroître la présence d’InstaDeep à l’international. Une success story récemment partagée avec les étudiants de la prestigieuse Harvard Business School.

  • Copia Global, cap à l’Est

Une autre des plus remarquables opérations de ce début d’année a été réalisée par cette start-up kényane d’e-commerce B2C (pour business to client, soit d’entreprise à client individuel). Axée sur les populations rurales à revenus faibles ou modérés, Copia Global a levé 50 millions de dollars lors d’un tour de table (série C) dirigé par Goodwell Investments, une société néerlandaise très active sur le continent. Avec ce nouveau cycle de financement et l’arrivée de nouveaux investisseurs, dont DFC, l’institution américaine de développement, les co-fondateurs, Tracey Turner, diplômée de l’université de Stanford (USA), et Jonathan Lewis, un entrepreneur social américain, comptent se déployer en Afrique de l’Est.

Les start-up Reliance Health (Nigeria) et MarketForce (Kenya) ont également réalisé des levées de fonds prometteuses, levant chacune 40 millions de dollars afin d’accélérer leur croissance. La première est spécialisée dans les soins de santé numérique, la deuxième est une plateforme B2B (entreprise à entreprise) pour la distribution au détail de biens de consommation et de services financiers numériques à l’aide de son application RejaReja.