Société

Covid-19 : une opportunité pour repenser l’aide publique à la santé en Afrique

Plus de deux ans après le début de la pandémie, le continent pâtit encore de ses effets. Pourtant, c’est aussi l’occasion de revoir les politiques de santé en vigueur afin de mieux les adapter aux besoins des populations.

Mis à jour le 3 mars 2022 à 17:47
Solange Koné

Par Solange Koné

Cheffe du département Politiques et Stratégies de l’Association de soutien à l’autopromotion sanitaire urbaine (Asapsu), fondatrice de la Fédération nationale des organisations de santé de Côte d’Ivoire (Fenosci)

Osculation de patients avant des essais de vaccins à Durban (Afrique du Sud), le 13 novembre 2020. © GULSHAN KHAN/The New York Times-REDUX-REA.

Les acteurs de la société civile que nous sommes le savent très bien : nous vivons un moment charnière pour la santé sur notre continent. Plus que tout autre, l’Afrique subit de plein fouet les effets déstabilisateurs du Covid-19. Nos systèmes de santé, encore trop fragiles, peinent à absorber les vagues successives de malades. Le manque d’infrastructures et de moyens, le déficit de personnel médical – réaffecté au traitement du Covid – et les ruptures de stocks de médicaments essentiels ont révélé la fragilité de nos systèmes de santé, déjà bien mal en point.

Effets collatéraux

Les dirigeants africains ont pris de nombreuses mesures pour limiter la propagation du virus et protéger leurs citoyens. Ils ont fait preuve de leadership et de solidarité en s’organisant autour de l’Union africaine et des initiatives comme Avat (African Vaccine Acquisition Trust ou Fonds africain pour l’acquisition de vaccins) pour améliorer l’accès des populations aux vaccins. La collaboration avec les pays du Nord, elle aussi, s’organise, notamment avec l’initiative ACT-A1.

Pour chaque mort du Covid-19, deux femmes et enfants meurent dans les pays les plus pauvres à cause des interruptions de soins essentiels

Parce que notre accès aux vaccins, aux diagnostics et aux traitements contre le Covid-19 est encore beaucoup trop limité et lent – seulement 10% des Africains sont vaccinés – nous plaidons, de concert avec nos collègues de la société civile des pays du Nord, pour un partage et un accès équitable aux vaccins, et ce, dans l’intérêt de tous.

Malheureusement, la riposte de nos gouvernements à la pandémie de Covid-19 s’est faite au détriment des soins de santé primaire et des besoins les plus essentiels des femmes et des enfants, premières victimes de la crise : augmentation des violences domestiques, des grossesses précoces, des mariages d’enfants et du taux de malnutrition ne sont que quelques exemples d’effets collatéraux. Selon le Mécanisme de financement mondial pour les femmes, les enfants et les adolescents (GFF3), un fonds très particulier hébergé par la Banque mondiale, pour chaque mort du Covid-19, deux femmes et enfants meurent dans les pays les plus pauvres – principalement en Afrique – à cause des interruptions de soins essentiels.

Investir plus et mieux

La crise offre l’occasion de repenser la manière dont nous collaborons avec les pays à hauts revenus dans un objectif commun d’amélioration de la santé des Africains et de sécurité sanitaire pour le monde. Chaque année, l’Afrique reçoit des milliards d’aide dans le secteur de la santé, via les gouvernements ou les organisations multilatérales.

Le Covid-19 nous rappelle durement que nos objectifs en matière de construction de systèmes de santé solides sont loin d’être atteints

Cet appui a été déterminant pour mener des réformes indispensables et faire reculer la mortalité maternelle et infantile. Néanmoins, le Covid-19 nous rappelle durement que nos objectifs en matière de construction de systèmes de santé solides, capables d’absorber une prochaine crise, sont loin d’être atteints. Les dirigeants africains ont le devoir et la responsabilité d’investir plus et mieux dans la santé, pour maintenir les acquis en santé maternelle et infantile. Quant à l’aide publique, elle doit gagner en efficacité en appliquant des principes simples : plus de coordination, plus d’alignement avec les priorités et plans nationaux de nos pays, plus de prévisibilité et plus de transparence.

La crise sanitaire doit servir de piqûre de rappel permettant d’accélérer l’application de ces principes, qui s’inscrivent dans les engagements de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement. Il est temps de mettre collectivement fin aux situations de fragmentations, aux programmes concurrents ou aux mécanismes de reporting multiples et chronophages.

Le GFF mène une campagne de mobilisation des ressources qui devrait lui permettre de lever 1,2 milliard de dollars d’ici à avril 2022

Des outils existent qui permettent de mener à bien ce changement. Le GFF en particulier fait figure d’exemple : il réunit autour d’une même table, dans chacun de nos pays, partenaires techniques et financiers, secteur privé et société civile afin d’identifier les priorités d’investissement partagées pour la santé des femmes, des enfants et des adolescents. La coordination et l’alignement autour de dossiers d’investissements portés par les acteurs nationaux permet de maximiser l’impact des financements. Le GFF mène actuellement une campagne de mobilisation des ressources qui devrait lui permettre de lever 1,2 milliard de dollars d’ici à avril 2022. Une partie importante de ce budget permettra de débloquer des subventions pour renforcer les systèmes de santé et approfondir les mécanismes d’alignement au sein de nos pays. Son financement pour les prochaines années serait assurément un signal positif. Cette crise doit nous permettre de poser de nouvelles bases au partenariat entre les pays africains et les pays donateurs dans le domaine de la santé.