Politique

Côte d’Ivoire : dix choses à savoir sur Gilbert Koné Kafana, le nouveau patron du parti d’Alassane Ouattara

Le président ivoirien a désigné Gilbert Koné Kafana à la tête du directoire du RHDP, le parti présidentiel. En choisissant cette figure emblématique, le président se repose sur un homme de confiance qui a été de tous ses combats politiques depuis les années 1990.  

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Par - à Abidjan
Mis à jour le 2 mars 2022 à 18:41

Gilbert Koné Kafana © DR

1. Ingénieur

Gilbert Koné Kafana est né en janvier 1951 à Kagbolodougou, dans le département de Korhogo, au nord de la Côte d’Ivoire. Il obtient un diplôme d’ingénieur en travaux publics à l’École nationale des travaux publics d’Abidjan, avant de devenir directeur des moyens généraux de la Société générale de banques en Côte d’Ivoire (SGBCI, devenue Société générale de Côte d’Ivoire). Entrepreneur prospère notamment dans le secteur du tourisme, il possède plusieurs hôtels, dont La Rose Blanche, à Korhogo.

2. Cheville ouvrière au RDR

C’est au milieu des années 1990 qu’il accède à un poste de premier plan au sein du Rassemblement des républicains (RDR), dont il devient le secrétaire national. Il succède à Fofana Zémogo, que certains militants trouvaient peu actif, alors que Kafana se fait remarquer par des cadres du parti pour son engagement et son pragmatisme.

« Il passait tous les jours au siège du parti pour s’assurer que tout allait bien », se souvient l’un d’entre eux. Il prend un soin particulier au bien-être des permanents du parti : « Il s’était notamment illustré en faisant un don de climatiseurs », précise notre interlocuteur. Les militants du RDR retiennent son action de fonds pour implanter le parti dans l’ensemble du pays.

3. « Martyr » du parti

Fin 2000, Gilbert Koné Kafana va vivre un épisode qui jouera un rôle crucial dans son image de personnalité dévouée au parti : le 5 décembre, il est arrêté en même temps que plusieurs responsables du RDR, en marge d’une manifestation pour dénoncer le rejet de la candidature d’Alassane Ouattara à la présidentielle pour « nationalité douteuse » – l’actuel président ivoirien, revenu en 1999 en Côte d’Ivoire après avoir quitté le FMI, faisait à l’époque l’objet d’une virulente campagne de presse sur le thème de l’« ivoirité ».

Ce jour-là, le secrétaire national à l’organisation, particulièrement pris pour cible par les forces de l’ordre, subit un tabassage en règle. « Au sortir de cet épisode, il est devenu un martyr au sein du parti. À partir de ce moment, tout lui a été dû », confie un membre de son entourage.

4. Ministre

Le dévouement qu’il montre envers le parti, et envers Alassane Ouattara, ne manquera pas d’être dûment récompensé lorsque ce dernier accèdera au pouvoir, en 2011. En juin 2011, Gilbert Koné Kafana est nommé ministre de l’Emploi, des Affaires Sociales et de la Solidarité dans le gouvernement de Guillaume Soro. Il sera maintenu à ce poste au sein du gouvernement dirigé par Jeannot Kouadio Ahoussou, avant d’être écarté de l’exécutif par Daniel Kablan Duncan, en 2012.

En juillet 2018, Kafana revient au gouvernement en tant que ministre auprès du président de la République, chargé des Relations avec les institutions. Le 1er mars dernier, tout en conservant son portefeuille, il prend du galon en devenant ministre d’État.

5. Yopougon

À peine sorti du gouvernement en 2012, Gilbert Koné Kafana se lance dans un nouveau défi politique, et non des moindres : la conquête de la commune de Yopougon, réputée acquise à Laurent Gbagbo et ses partisans. En 2013, il l’emporte face à Bertin Yao Yao, le maire intérimaire sortant.

Depuis, il occupe le siège de premier édile de la grande commune, mais aura fort à faire en 2023 lors des prochaines élections municipales. De retour dans son pays le 17 juin dernier, l’ancien président Laurent Gbagbo – qui a formé un nouveau parti politique, le PPA-CI – a en effet bien l’intention de reprendre ce bastion du Front populaire ivoirien (FPI), son ancien parti.

6. Rôle pour la formation du RHDP

Après avoir tenu un rôle central au sein du RDR, Kafana a été l’une des pièces maîtresses dans la structuration et la montée en puissance du  Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) ces quinze dernières années. D’abord lorsque la formation n’était qu’une alliance de mouvements politiques, puis lorsqu’il s’est transformé en parti unifié. Il a notamment travaillé avec Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif en chef du RHDP, avant que le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, d’Henri Konan Bédié), ne rompe les bans.

7. Consensuel

Réputé rigoureux mais aussi connu pour son franc-parler, le nouveau président du directoire du RHDP sera secondé par deux poids lourds du parti : la ministre des Affaires étrangères, Kandia Camara, et le gouverneur du district d’Abidjan, Robert Beugré Mambé. Il avait présidé le Comité de restructuration du parti à qui Ouattara avait confié la tâche de réfléchir à la nouvelle architecture du parti.

Sa légitimité historique et la confiance que le président a placé en lui lui permettront de trancher des questions cruciales pour le parti. En le plaçant à ce poste stratégique, Alassane Ouattara pourrait également vouloir calmer les ambitions de certains des cadres de sa formation. « Kafana n’est pas là par calcul, il est là pour le parti », assure un des ses proches à Jeune Afrique.

8. Amadou Gon Coulibaly

Au RHDP, Kafana marchera dans les pas de l’ancien Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly décédé en 2020. Ce dernier s’était beaucoup appuyé sur lui pour l’organisation du parti et, au fil des années, les deux hommes ont tissé des liens de proximité forts.

9. Choix stratégique

Alors que le RHDP est traversé de tensions sur fond de bataille de leadership et de grogne d’une partie de la base militante, dont certaines franges estiment avoir été laissées de côté, le choix de nommer Kafana marque la volonté d’Alassane Ouattara de rassembler. Le président ivoirien lui a donné pour mission de rapprocher les cadres de la base dans la perspective des prochaines échéances électorales. « Kafana est engagé et il est loyal. Il n’a montré aucune ambition et n’utilisera pas la machine du parti à des fins personnelles », affirme un cadre du parti.

10. Polémique

À la mi-novembre 2021, l’union des cadres du Grand nord a été lancée en grandes pompes à Korhogo, fief de la famille Gon Coulibaly. Le projet, qui a fait polémique – l’opposition accusant cette organisation de « séparatisme » – , était porté par Gilbert Koné Kafana. Pour lui, c’était une façon de parachever cette initiative lancée par son ami Gon Coulibaly. L’organisation a pour but, selon lui, de contribuer au développement du pays « dans un esprit d’ouverture, sans critère politique ou religieux ».