Politique

Cameroun : Nabil Njoya, le sultan des Bamouns, s’allie au RDPC de Paul Biya

Pour la première fois, le nouveau sultan des Bamouns s’est affiché avec des responsables du parti présidentiel. Un évènement à même de relancer les tensions politiques dans le royaume.

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 2 mars 2022 à 15:02

Nabil Njoya lors de son intronisation, le 11 octobre 2021. © SAABI/ANADOLU AGENCY/Anadolu Agency/AFP

En tant qu’ancien administrateur civil, Nabil Mbombo Njoya était jusqu’à sa désignation comme sultan de Foumban astreint à observer une neutralité politique. Mais le 25 février, le chef traditionnel du peuple Bamoun a mis fin à l’interdit : en participant à l’installation des bureaux des sous-sections du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) dans l’enceinte de son palais, le jeune sultan a publiquement affiché son soutien au parti au pouvoir.

La tradition de proximité du sultanat avec le pouvoir de Yaoundé sera perpétuée

Avec cinq mois de retard en raison du décès du précédent sultan des Bamouns Ibrahim Mbombo Njoya, la cérémonie s’est déroulée dans une salle de réception du palais royal de Foumban. Les membres du RDPC ont ensuite été reçus par Nabil Njoya avant d’être présentés à la cour royale. Une séance photo au cours de laquelle le sultan a posé aux cotés des militants revêtus de tenues aux couleurs du parti a clôturé la séquence.

Le message à destination du peuple Bamoun est sans ambiguïté : malgré les appels d’une frange de la population qui souhaitait que le sultan garde sa neutralité politique afin de préserver l’unité du peuple, Nabil Njoya a choisi de perpétuer la tradition de proximité de son sultanat avec le pouvoir de Yaoundé.

Envoyé de Paul Biya

L’engagement du sultan des Bamouns auprès du RDPC s’est joué deux semaines plus tôt, le 10 février, lorsque Jean Nkuete a été envoyé à Foumban par le président Paul Biya. Le secrétaire général du comité central du parti s’est alors entretenu pendant plusieurs heures avec Nabil Njoya pour le convaincre de s’engager comme l’avait fait son père Ibrahim Mbombo Njoya.

Rivalités au royaume

Cette alliance avec le pouvoir central remonte à 1933 et avait été scellée par le sultan Seidou Njimoluh Njoya : décision avait été prise de se rapprocher du pouvoir central, alors exercé par l’administration coloniale française, afin d’apaiser les tensions après le décès d’Ibrahim Njoya en résidence surveillée à Yaoundé.

À sa suite, Mbombo Njoya poursuit cette relation, développant même une amitié avec le président Paul Biya, et essayant de ravir la mairie de Foumban sous la bannière du RDPC en 1997. Il est battu par son cousin Adamou Ndam Njoya, le leader de l’Union démocratique du Cameroun (UDC). Chef de délégation permanente du RDPC à l’Ouest, membre du comité central, sénateur, Mbombo Njoya était au moment de son décès l’un des baobabs du parti au pouvoir dans le pays.

Depuis le retour au multipartisme en 1992, le royaume bamoun est traversé par de profondes divisions politiques qui opposent militants du RPDC et de l’UDC aujourd’hui dirigé par un autre membre de la famille, Tomaino Ndam Njoya. Lors de son intronisation, et alors qu’il n’avait jamais revendiqué d’appartenance politique, Nabil Njoya avait suscité l’espoir de mettre fin à ces rivalités. En affichant sa proximité avec le RDPC, ces batailles risquent de repartir de plus belle.