Politique

Guinée : Mamadi Doumbouya prévoit-il une présidentielle en 2025 ?

Selon un document non authentifié qui pourrait émaner de la junte au pouvoir, celle-ci voudrait prolonger la transition de plus de trois ans.

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Mis à jour le 2 mars 2022 à 17:07

Mamady Doumbouya, le 1er octobre 2021 à Conakry © DR

D’où vient le document qui circule sur les réseaux sociaux guinéens ? Qui pourrait avoir intérêt à le diffuser ? Depuis quelques jours, un « chronogramme de la transition » est détaillé dans huit pages datées du 3 février 2022. Encore non authentifié, il pourrait, selon nos informations, émaner des autorités guinéennes.

Si ce chronogramme est bien le fruit du travail du Comité national du rassemblement pour la démocratie (CNRD), ce serait la première fois qu’un délai de transition serait communiqué. Selon ce qui est indiqué sur le document, le texte est destiné à une « diffusion restreinte ». Outre Mamadi Doumbouya lui-même, ses destinataires sont tous des proches du président de la transition : le chef du Conseil national de transition (CNT), Dansa Kourouma, le chef d’état-major des armées, Sidiba Koulibaly, le ministre secrétaire général de la présidence Amara Camara, le ministre de la Défense nationale, Idi Amin, et le haut commandant de la gendarmerie, Balla Samoura.

Fuite orchestrée ?

Contacté par Jeune Afrique, Dansa Kourouma dément avoir connaissance de ce chronogramme, qui décrit les grands chantiers des autorités de transition jusqu’à la conduite des élections. En tant que président du CNT, c’est lui qui aura la charge de rédiger la nouvelle Constitution et de mettre en place l’organe chargé d’organiser le scrutin. « Ce document n’émane ni du CNRD, ni du CNT », assure-t-il, ajoutant qu’il n’a « pas été saisi » et n’est « pas au courant de sa rédaction ». Selon nos informations, le sujet n’a pas non plus été évoqué lors de la visite conjointe de la Cedeao et des Nations unies à Conakry dimanche 28 février.

Le CNRD tente de préparer les consciences à son calendrier

Pour autant, plusieurs sources évoquent la possibilité d’une fuite orchestrée par le CNRD, un « ballon d’essai », afin de sonder l’opinion. Alors que le texte prévoit une transition d’un peu plus de trois ans et demi en Guinée, « les autorités de la transition pourraient scruter la réaction de la Cedeao suite à l’annonce d’une transition de trois ans au Burkina Faso », avance une source à Conakry. « Le CNRD tente de préparer les consciences à son calendrier », renchérit un autre interlocuteur.

Nouvelle constitution et réforme de la Ceni

Le document pourrait-il être le reflet du plan de Mamadi Doumbouya ? Les premières étapes ont déjà été effectuées, dans l’ordre indiqué par le document : la rédaction de la charte de la transition, la formation et la mise en place d’un gouvernement. La création du CNT, qui a pris du retard par rapport à ce programme, est néanmoins initiée. À en croire le chronogramme, la prochaine étape clé sera la rédaction puis l’adoption d’une nouvelle Constitution et d’un nouveau code électoral. Le document n’est toutefois qu’indicatif : chaque mois, il doit être mis à jour en fonction des avancées.

Plusieurs grands chantiers sont ensuite présentés : la réforme de la Ceni et la création d’un organe technique de gestion des élections. Ceux-ci doivent être clos au mois de mai 2023, afin de laisser place au cycle électoral. Selon le document, le scrutin local devra se tenir en mars 2024, et sera suivi par les législatives au mois de novembre. La date de l’élection présidentielle est fixée au mois de mai 2025.

Pas de concertations

L’établissement d’un tel document pose plusieurs questions. La première concerne la durée de la transition, censée être le fruit de « concertations nationales » selon les promesses du colonel, qui avait jusque-là refusé de se prononcer sur un quelconque calendrier. La seconde est liée aux personnalités qui pourraient avoir travaillé sur le dossier.

Le délai de la Cedeao, qui réclamait six mois de transition, expire cette semaine

La Guinée se dirige-t-elle donc vers une transition de plus de trois ans, alors même que la Cedeao réclamait six mois – un délai qui expirera cette semaine ? Ce 1er mars, des voix commençaient déjà à s’élever contre l’idée d’une présidentielle en 2025. En tête des critiques, le Front national de défense de la Constitution, qui annonce dès à présent « s’opposer avec détermination à toute idée d’une transition longue » et « invite les citoyens à rester mobilisés pour une éventuelle reprise des manifestations » afin de « sauver la transition ».