Politique

Cameroun : de Chantal Biya aux Israéliens, le secret de la toute-puissance de Ferdinand Ngoh Ngoh

Sans cesse « menacé », jamais écarté, le ministre secrétaire général de la présidence tient les rênes du palais d’Etoudi au côté de Paul Biya. Une influence qu’il doit à ses connexions au plus haut sommet de l’État.

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Mis à jour le 6 mars 2022 à 17:09

Les connexions de Ferdinand Ngoh Ngoh. © Montage JA

Nommé en 2011 secrétaire général de la présidence (« SGPR »), Ferdinand Ngoh Ngoh a déjà passé plus d’une décennie à ce poste. S’il a été pressenti candidat à un remaniement à de multiples reprises, il est parvenu à rester l’un des maîtres du palais d’Etoudi, avec rang de ministre d’État.

Ancien diplomate passé par la représentation du Cameroun à l’ONU à New York, il dispose à la présidence d’une alliée de taille en la personne de Chantal Biya. Mais il s’appuie aussi sur de fidèles soutiens au sein du gouvernement, dans les sphères sécuritaires ou encore parmi les VIP de l’économie.

Il y a onze années, il avait dû sa nomination comme « SGPR » à l’influence de Martin Belinga Eboutou, ancien de la représentation de l’ONU à New York nommé à la direction du cabinet civil deux ans plus tôt, en 2009. Celui-ci cherchait à l’époque à améliorer sa relation avec la Première dame et avait pour cela favorisé le choix de Ngoh Ngoh, proche de Chantal Biya et originaire de la même région (la Haute-Sanaga) que la famille de cette dernière. Il est décédé en 2019.

Ferdinand Ngoh Ngoh peut aussi compter sur sa proximité avec l’actuel directeur adjoint du cabinet civil, Oswald Baboke, lui aussi membre du cercle restreint de l’épouse du chef de l’État. Ce dernier contrebalance la relation plus délicate que le secrétaire général entretient avec le directeur de cabinet Samuel Mvondo Ayolo. Soucieux de se faire des alliés au sein d’Etoudi, Ngoh Ngoh a également veillé à entretenir de bons rapports avec Jean-Claude Ayem, l’influent conseiller économique du président Paul Biya. 

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Ministre d’État, Ferdinand Ngoh Ngoh a souvent été accusé de profiter de sa proximité avec Paul Biya pour s’imposer comme un chef officieux du gouvernement. Plusieurs poids lourds de Yaoundé sont ainsi en délicatesse avec lui, au premier desquels le ministre de la Justice, Laurent Esso, qui s’est régulièrement opposé à lui, ou le Premier ministre, Joseph Dion Ngute.

En revanche, plusieurs autres personnalités lui doivent beaucoup. L’ancien ministre des Sports et actuel titulaire des Arts et de la Culture, Pierre Ismaël Bidoung Kpwatt, originaire comme lui des environs de la ville de Nanga Eboko, en est un exemple. Son épouse Habissou Bidoung Kpwatt est par ailleurs proche de Céline Ngoh Ngoh, la femme du SGPR.

Ferdinand Ngoh Ngoh compte également parmi ses fidèles la prometteuse Célestine Ketcha Courtès, ministre de l’Habitat – laquelle était proche de la mère de Chantal Biya – et le diplomate Achille Bassilekin, aujourd’hui détenteur du portefeuille des PME et formé, comme lui, à l’Institut des relations internationales du Cameroun.

Certes, Ferdinand Ngoh Ngoh ne peut guère se targuer d’imposer ses vues aux poids lourds des services de sécurité camerounais, comme l’inamovible Martin Mbarga Nguele, délégué général à la Sûreté nationale, Léopold Maxime Eko Eko, patron de la direction générale de la Recherche extérieure ou même le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo. Mais il est en bons termes avec Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale, et dispose surtout d’un allié au secrétariat d’État à la Défense (SED), dirigé par Galax Yves Landry Etoga, l’un de ses anciens collaborateurs au ministère des Relations extérieures (dont il a été le secrétaire général d’août 2010 à décembre 2011).

Autres (discrets) relais de poids : les conseillers israéliens de Paul Biya en matière de sécurité et de surveillance, et notamment Eran Moas. Cet homme d’affaires, fournisseur officieux du Bataillon d’intervention rapide (BIR), n’hésite pas à partager une partie de son temps libre avec le secrétaire général de la présidence, notamment dans la station balnéaire de Kribi.

Ferdinand Ngoh Ngoh a également joué de sa position au palais d’Etoudi pour placer quelques-uns de ses proches à la tête de certaines des administrations majeures du pays. Victor Mbemi Nyaknga occupe ainsi la direction générale de la Société nationale de transport de l’électricité, tandis que Bertrand Pierre Soumbou Angoula est toujours un relais précieux à la tête de l’École nationale d’administration et de magistrature.

L’ingénieur Joseph Ngo, à la tête de l’Agence de régulation des marchés publics, l’ancien chargé de mission à la présidence Jean-Paul Simo Njonou, directeur de la Société nationale de raffinage et président du conseil d’administration du port de Kribi, Cyrius Ngo’o, patron du Port autonome de Douala, ou encore le directeur général des Impôts, Modeste Mopa Fatoing – qui permet à Ngoh Ngoh de contrarier certaines ambitions du ministre des Finances, Louis Paul Motaze –, font également partie de ce précieux carnet d’adresses.